HFR : c’est quoi cette technologie utilisée par James Cameron dans Avatar La Voie de l’Eau ?

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Depuis plusieurs mois, la notion de HFR a le vent en poupe, notamment sur les réseaux sociaux. Pour cause, la ressortie d’Avatar et la sortie d’Avatar : La Voie de l’Eau dans les salles obscures. Pour ces deux films, James Cameron a fait le choix d’utiliser le HFR sur certaines séquences, chose inédite pour lui puisqu’il n’avait pas eu recours à cette technologie lors de la sortie d’Avatar en 2009.
Cette technologie n’est qu’au début de son exploitation mais pourrait bien prendre une place croissante dans le cinéma et accompagner le développement des CGI (Computer-Generated Imagery), d’où l’importance de mieux la comprendre. 

Qu’est-ce que cette technologie ?

Les améliorations liées au numérique entraînent l’émergence de nouvelles notions. Si certaines sont plus ou moins connues de tous (3D, 4K), certaines posent encore problème et c’est le cas du HFR. Contrairement à ce que beaucoup pensent, le HFR n’a rien à voir avec la qualité de l’image. Cette fausse idée est due à une confusion avec le HDR (High Dynamic Range). Le HDR (pour le vulgariser) permet d’étendre le spectre de couleur de l’image et d’avoir une meilleure luminosité ainsi que des couleurs qui ressortent plus. Le HFR, quant à lui, est relié à la fréquence de l’image. Historiquement, le cinéma a un standard de 24 images par seconde : on parle de Frame Rate per Second (FPS). Ce standard a été défini à l’apparition du cinéma parlant afin de mieux coordonner l’image et le son. 
Le HFR, High Frame Rate, c’est lorsqu’on pousse le frame rate au-delà de 24. En l’occurrence, James Cameron a choisi d’adopter le 48 images par seconde pour les films Avatar. Contrairement à certains, Cameron n’applique pas le HFR à tout le film mais à des séquences définies. On parle alors de VFR (Variable Frame Rate).

À quoi sert le HFR ? 

Le principal avantage du HFR, c’est une plus grande fluidité de l’image. Plus le frame rate est poussé loin, plus l’image sera fluide. L’exemple des jeux vidéos est parfait pour illustrer cela. L’importance d’avoir un support qui supporte un gros frame rate est énormément mise en avant. Pour résumer, un joueur qui joue avec 120 FPS sera plus avantagé qu’un joueur qui joue avec 30 FPS. Cela prend toute son importance dans les jeux de tirs où avoir une plus grande fluidité d’image peut donner un avantage considérable. Le mouvement du joueur en 120 FPS sera beaucoup moins saccadé que celui du joueur en 30 FPS.
L’intérêt pour le cinéma dépend de l’effet que le cinéaste souhaite donner à sa scène ou à son film. Pour reprendre l’exemple d’Avatar : La Voie de l’Eau, ce sont majoritairement les scènes d’action et les scènes dans l’eau qui sont en HFR. Concernant les scènes d’action, la fluidité du HFR permet de mieux accompagner l’action et d’éviter la saccade que l’on retrouve en 24 images / seconde. Pour les scènes sous l’eau, l’utilisation du HFR vise à mieux développer l’univers aquatique de Pandora avec un fort intérêt esthétique.
Le HFR élargit donc le champ des possibles dans l’univers cinématographique à condition de bien maîtriser la technologie.

Quels sont les films ayant utilisé le HFR avant Avatar ?

Bien que révolutionnaire, le HFR a été très peu utilisé dans l’histoire du cinéma. Les deux utilisations les plus populaires en dehors d’Avatar sont celles de Peter Jackson et Ang Lee. Comme James Cameron, Peter Jackson utilise la technologie dans un univers fantastique pour une plus grande fluidité d’images notamment dans ses scènes d’action. L’usage d’Ang Lee se démarque de celui des autres cinéastes. Si Peter Jackson et James Cameron ont poussé le frame rate jusqu’à 48 images secondes, Ang Lee a, lui, fait le choix d’aller jusqu’à 120 FPS. Cela en fait l’exploitation la plus poussée du HFR à ce jour. Ce sont d’ailleurs ses deux derniers films, Un jour dans la vie de Billy Lynn (2016) et Gemini Man (2019) qui ont été tournés en HFR, s’inscrivant ainsi dans la continuité de la trilogie du Hobbit. L’usage du HFR dans Gemini Man est cohérent avec le concept du film à savoir la duplication de Will Smith avec un rajeunissement numérique. Le 120 FPS sert ce concept en visant à fluidifier le rajeunissement de l’acteur.

Ces films sont les seuls à avoir été tournés en HFR et commercialisés à ce jour.

Pourquoi le HFR a-t-il été un échec ? 

Pourtant prometteuse, la technologie du HFR n’a indéniablement pas réussi à s’imposer et cela pour plusieurs raisons. La première est purement technique. Un très grand nombre de cinémas ne sont pas équipés pour pouvoir projeter de tels films. La technologie étant relativement nouvelle, la plupart des salles ne disposaient pas de projecteurs pouvant gérer la 4K et le HFR était donc souvent abandonné pour une meilleure qualité d’image. Cette dualité se ressentait encore plus avec les films d’Ang Lee puisque le 120 FPS est bien plus contraignant techniquement que le 48 FPS. 

La deuxième raison se place du côté du spectateur. L’œil du spectateur est habitué au format 24 images par seconde. Bousculer ce standard n’a pas été vu d’un très bon œil et c’est en partie pour cela que la trilogie du Hobbit a été parfois décriée là où la trilogie du Seigneur des Anneaux a davantage fait l’unanimité. Il est historiquement compliqué de bousculer un standard établi et cela dans tous les domaines. Les spectateurs développent des attentes et sont souvent assez critiques quand la réalité n’est pas conforme à celles-ci. On retrouve cela avec la 3D, que James Cameron avait tenté de populariser avec le premier Avatar il y a 13 ans. Le constat que l’on peut établir aujourd’hui est celui d’un échec. La 3D est uniquement réservée à certains films et se fait très rare hors projections premium (Dolby Cinema, IMAX, 4DX).
La question de la démocratisation du HFR est donc légitime. 

Le HFR peut-il s’imposer ?

La sortie du deuxième opus d’Avatar semble être l’occasion parfaite pour lancer la démocratisation du HFR. Un grand nombre de salles se sont d’ailleurs dotées d’un matériel de dernière génération dans l’optique de passer le film en HFR ce qui lève en partie la contrainte technique. Pour ce qui est de l’acceptation du public, les premières critiques sur le film sont dithyrambiques. James Cameron semble avoir parfaitement compris l’usage du HFR. Le fait de varier le frame rate peut être un bon moyen de proposer de la nouveauté tout en rattachant le spectateur à des choses qu’il connaît. 
Cela est étroitement lié à la réussite du film en salle. Plus de spectateurs iront voir le film, plus les retours sur le HFR seront nombreux. Avatar : La Voie de l’Eau peut être une porte d’entrée pour la grande majorité des spectateurs. Par sa maîtrise technique et son ambition, le film de James Cameron peut contribuer à ancrer cette technologie dans le paysage cinématographique à condition que le public soit au rendez-vous.
Cependant, ses expériences précédentes ne laissent pas présager que du bon. Avatar a peiné à faire de la 3D un vrai standard et ses utilisations sont très limitées. Rares sont les films et les séances qui utilisent la 3D. La majorité des films utilisent une 3D passive, en se contentant du minimum sans fournir un vrai travail sur l’image comme l’avait fait Cameron. Peut-être la 3D a-t-elle échoué car les expérimentations suivantes n’étaient pas au niveau d’Avatar. Il pourrait en être de même avec le HFR qui pourrait être utilisé par défaut, sans réelle intention artistique, pour faire “comme Avatar 2”. Les usages non travaillés et non réfléchis sont les ennemis de ces nouvelles technologies. Si le public découvre des œuvres qui maîtrisent la technologie et la pensent comme une composante à part entière du film, cela le poussera davantage à découvrir des films ayant cette technologie. À l’inverse, si le public découvre des œuvres qui ont un usage minimaliste de la technologie, cela ne peut que lui être défavorable.

Avatar : La Voie de l’Eau n’est qu’une porte d’entrée. L’industrie doit prendre le relais en proposant des œuvres travaillées qui pourront convaincre le public. 
Le numérique a ouvert le champ des possibles et il est évident que des nouvelles technologies feront leur apparition. Des films comme La Voie de l’Eau peuvent en être des vecteurs mais la normalisation de la technologie dépend des usages qui en seront fait ensuite. 
Le HFR a l’occasion de réussir là où la 3D a échoué et la sortie d’Avatar sera décisive pour l’avenir de cette technologie.

Hugo MALOJO

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