Gagarine : Vers l’infini et au-delà

Labellisé Cannes 2020 suite à l’annulation du Festival cette année-là, Gagarine est enfin sorti en salles le 23 juin dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le film n’aurait pas volé une sélection officielle. Réalisé par Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, dont c’est le premier long-métrage, Gagarine est le passage au long d’un court-métrage antérieur des deux réalisateurs, dans lequel ils avaient recueillis les témoignages d’habitants de la Cité Gagarine d’Ivry-sur-Seine avant sa démolition. Pour ce grand format, les deux réalisateurs mettent à nouveau en scène le personnage principal de leur court-métrage, Youri, un fervent défenseur de la Cité Gagarine qui rêve d’aller dans l’espace. Alors que la démolition approche, Youri et ses amis tentent tout pour sauvegarder le quartier qu’ils aiment tant. 

Gagarine est un vrai bijou de premier film. Il est la preuve que le passage du court au long peut être un franc succès si l’on sait renouveler et étirer son propos. Liatard et Trouilh mettent en scène une population cosmopolite attachée à un endroit qu’ils connaissent depuis toujours, et vue à travers les yeux du jeune Youri, incarné avec justesse par la révélation Alseni Bathily. Le film, sous forme de métaphore filée, vous transporte dans une univers onirique et poétique, et parvient à sublimer la ville et les immeubles HLM trop longtemps relégués au rang d’immondices architecturaux. Comme Youri qui parvient à trouver l’espace là où il le souhaite, les deux réalisateurs trouvent la beauté dans le commun, dans le RER et dans les cages d’escalier. Gagarine réussit à toucher le spectateur sans pathos, en dressant le portrait fidèle d’un quartier partagé entre la joie de quitter des locaux quasi insalubres et le chagrin de couper (pour beaucoup) leurs premières racines françaises. Tout ce que les deux réalisateurs ont ajouté à leur script pour l’enrichir et tenir sur presque deux heures fonctionne, sans que l’exercice ne paraisse forcé. Ou comment étoffer sans dénaturer. 

La réalisation particulièrement inspirée de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh impressionne pour un premier long métrage. Entre les bonnes idées de mises en scènes (la scène finale en apesanteur pour ne citer qu’elle) et les trouvailles architecturales qui servent particulièrement la scénographie, le duo signe un film quasi impeccable, parfois un peu maniéré mais franchement réussi. Ils peuvent aussi s’appuyer sur une musique habilement composée, aux sonorités très aériennes, pour accompagner les nombreux moments de poésie du film. L’ensemble du casting fournit un travail remarquable, à l’image de Lyna Khoudri, révélée dans Papicha et qui confirme ici qu’il faudra compter avec elle à l’avenir.

Finalement, Gagarine est un film d’une beauté à couper le souffle, poétique, onirique, qui nous parle de rêve, d’espoir et d’avenir, qui nous montre comment tout raser peut être un début autant qu’une fin, qu’il vaut mieux parfois réparer que renoncer. Le spectateur prend de la hauteur sans jamais quitter la terre ferme, et en cela, Gagarine est déjà un petit exploit. 

Mathias Chouvier

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