Dix films injustement encensés, Volume 2

No country for old men (Les Frères Coen)

Incompréhension face à la hype monumentale autour de ce film. Peut-être parce qu’il s’agit des Frères Coen, qui ont pourtant montré leur aptitude à se vautrer (O’Brother, pour ne citer que lui). No Country for old men, sans doute pas dénué de qualités visuelles, laisse pourtant une impression de vide sans doute intentionnelle mais foncièrement désagréable. Le film, à la lenteur exacerbée et exaspérante, tourne en rond autour de personnages inintéressants, monodimensionnels et finalement assez manichéens. La performance de Javier Bardem, à juste titre saluée par la critique, ne sauve pas le film de l’ennui profond qu’il suscite. Un océan de vide ponctué de quelques meurtres brutaux avec divers instruments. « Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme« , comme le dit le titre québécois, car il mourra sans doute avant la fin du film.

Disponible sur Prime Video

American Beauty (Sam Mendes)

Le film de Sam Mendes, devenu mythique, se veut une peinture fidèle de la banlieue américaine et de l’ennui qui la gangrène. Seulement problème, les tribulations de cette famille dysfonctionnelle ont plutôt mal vieilli. Les portraits caricaturaux des différents protagonistes se révèlent très vite lassants, quand ils ne sont pas totalement agaçants. Si le film dispose tout de même de quelques qualités objectives, sa BO ou sa réalisation (parfois) inspirée, le reste nous semble aujourd’hui un peu désuet et sans profondeur, un ramassis de poncifs un peu usés. La présence de Kevin Spacey en papa pervers finit d’achever ce film qui n’aurait jamais dû passer à la postérité. Quand la scène la plus réussie met en scène un sac plastique, la messe est presque déjà dite. 

Disponible sur CanalVOD

Lolita (Stanley Kubrick) 

Le film de Stanley Kubrick n’est pas en soi mauvais, il est simplement sans intérêt. Evidemment, quand Kubrick réalise, difficile de qualifier un film de mauvais. Lolita dispose de qualités formelles indéniables, mais il pêche par son scénario insipide qui met en scène une adolescente aguicheuse séduisant son beau-père. Preuve que Kubrick n’a rien compris à l’immense roman de Vladimir Nabokov. Qu’il massacre Stephen King dans Shining passe encore, mais s’attaquer à Nabokov et passer complètement à côté du message du roman est inexcusable. Kubrick livre une histoire d’une platitude confondante sur une jeune fille vaguement aguicheuse avec une passion troublante pour les sucettes là où le roman de Nabokov est un chef d’oeuvre de complexité morale, raconté du point de vue d’Humbert qui imagine totalement une romance avec sa belle-fille. Le plus raté des Kubrick. 

Disponible sur LaCinetek

Dheepan (Jacques Audiard)

Film de la maturité pour Jacques Audiard, Dheepan se voulait être un brûlot politique sur la crise des migrants. Le film met en scène une famille de réfugiés sri lankais pris dans les tirs croisés d’une cité sensible où ils vivent. Hésitant constamment entre le reportage et la fiction pure, Dheepan ne réussit à exister sur aucun plan. Trop timide ou pas assez narratif, Dheepan ressemble à une entreprise de déculpabilisation pesante pour réalisateur citadin en mal de misère. On s’ennuie ferme alors qu’on voudrait vibrer ou au moins s’indigner, et les dialogues lourdingues et trop nombreux parachèvent cette quête un peu vaine de propos teinté de bons sentiments. Que ce pétard mouillé soit parvenu à rafler la Palme d’Or reste encore à ce jour un mystère.

Disponible sur UniversCiné

American Bluff (David O. Russell) 

La légende raconte que David O. Russell et Quentin Tarantino se sont lancés dans une course au film le plus inutilement bavard possible. Russell ne démérite pas avec cet imbitable film trop long, trop pénible, trop joué. La pléthore de stars qui défilent dans le film n’arrange pas vraiment son cas, car même si tout le monde joue très bien, le film ne fait finalement que cacher ses énormes faiblesses scénaristiques derrière un casting luxueux pour mieux faire avaler la pilule de ses 2h20 de blabla interminable. Dix nominations aux Oscars plus tard, tout le monde a oublié cet immonde bubon cinématographique à la mise en scène d’une platitude consternante.

Disponible sur Orange

Tu ne tueras point (Mel Gibson)

Ce n’est un secret pour personne, Mel Gibson est sans doute ce qui est arrivé de pire au cinéma ces dernières années. Adepte de l’ultra violence, mais aussi d’une forme candide, voire abrutie, de mysticisme, le réalisateur mélange allègrement les deux dans ce carnage catho à la sauce Seconde Guerre mondiale, véritable boucherie dont surgit la figure christique d’Andrew Garfield en saint sauveur des soldats blessés. Le film, d’un ridicule parfois amusant s’il n’était pas délibéré, se trouve être l’exposition la plus parlante de l’Amérique schizophrène, puritaine et vulgaire, complaisante et contestataire. Et Mel Gibson de signer ici son pire film, alors qu’on le croyait incapable de faire pire que La Passion du Christ. Un coup de génie, un pas de plus vers la médiocrité absolue. 

Disponible sur Prime Video

Blade Runner 2049 (Denis Villeneuve)

Blade Runner premier du nom n’était déjà pas un chef d’oeuvre, mais Ridley Scott avait au moins le mérite de soulever quelques questionnements intéressants, qu’il se gardait toutefois bien d’approfondir. La suite, réalisée par Denis Villeneuve, est sans doute l’entreprise la plus vaine de ces vingt dernières années. Le cinéaste canadien n’apporte rien au concept si ce n’est quelques péripéties inutiles, une esthétique de papier glacé, un Ryan Gosling qui a perdu sa langue et quelques très bonnes idées de mise en scène. Finalement, Blade Runner 2049 est un film glacial, esthétiquement trop maîtrisé, qui n’a rien de plus à dire mais prend tout de même 2h30 pour le faire. Une suite totalement inutile, terne, qui laisse un arrière goût amer tant elle s’apparente à une occasion manquée. 

Disponible sur Netflix

The Artist (Michel Hazanavicius)

Qui se rappelle encore de The Artist ? Au delà de sa performance historique aux Oscars, The Artist fait partie de ces films que tout le monde a oublié, pour la simple et bonne raison que le film n’est qu’un exercice un peu désuet de nostalgie, qui fleure bon les films d’antan mais qui ne parvient jamais à en renouveler la méthode. Jean Dujardin cabotine, Bérénice Béjo surjoue. Une performance d’imitation impressionnante de mimétisme, mais qu’y a-t-il derrière ? Pas grand chose sans doute, si ce n’est un chien ultra convaincant et un hommage appuyé et très personnel aux comédies musicales de l’âge d’or du genre. Un film destiné à séduire Hollywood, qui a certes réussi son pari mais qui a échoué à transcender son ambition, devenu dès sa sortie un pur anachronisme. 

Disponible sur CanalVOD

Les Petits Mouchoirs (Guillaume Canet)

Guillaume Canet réunit ici pour la première fois sa bande de potes, pour filmer des vacances entre amis riches au Cap Ferret. Les parisiens débarquent sur la côte, et ça va faire mal. Sauf que l’un d’entre eux a un accident qui gâche quelque peu l’ambiance. Les Petits Mouchoirs est un film d’une niaiserie presque amusante qui oublie totalement le second degré pourtant espéré. Canet a réuni ses amis et tourné un film larmoyant, enchaînant les engueulades et les accolades dans un script dépourvu d’’intérêt si ce n’est celui de réunir les gens qu’il aime. Le réalisateur ouvre grand les vannes à pathos, vous interdisant de ne pas pleurer, alors que c’est bien souvent la gêne qui l’emporte. On se dispute, on se bagarre, mais au final on s’aime, car l’amitié est plus forte que tout le reste. Qui a bien pu faire croire à Canet que ses films de vacances avaient un intérêt quelconque ? 

L’intégralité (ou presque) de la filmographie de Woody Allen 

J’exclus Match Point de cette liste, car Woody Allen n’est jamais aussi bon que lorsqu’il ne fait pas du Woody Allen. Le reste de sa filmographie suscite une véritable incompréhension. Aussitôt vus, aussitôt oubliés, les films de Woody Allen, réputés pour leur humour léger, parfois grinçant, se ressemblent pourtant tous. Il y a toujours un homme plus âgé, une relation malsaine, quelques niaiseries bien senties et un joli décor. Des films jetables, interchangeables, sans ambition et sans conséquence. Même la mise en scène du cinéaste semble endormie, comme paralysée par une banalité recherchée et finalement toxique. Il n’a pas grand chose à dire, mais il le fait une fois par an. En résumé, Woody Allen est un peu au cinéma d’auteur ce que Phillipe Lacheau est à la comédie française, inutile mais trop présent.

Mathias Chouvier

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