Malcolm & Marie : Huis clos raté

Le confinement donne des idées, pas que des bonnes malheureusement. Tourné de façon confidentielle pendant l’enfermement forcé, et réalisé par Sam Levinson, l’homme derrière Euphoria, Malcolm & Marie met en scène Zendaya et John David Washington, dans un face à face amoureux stylisé à outrance sur fond de rancœurs trop longtemps tues. 

Malcolm, réalisateur, et Marie, sa compagne mannequin, rentrent d’une avant-première. Il sent qu’elle est énervée, elle refuse de dire pourquoi. Finalement, elle crache le morceau : il ne l’a pas remerciée sur scène, et ça Marie ne l’a pas digéré, d’autant plus que le film raconte son histoire… S’en suit alors une véritable joute verbale essentiellement composée de longs monologues préfabriqués où le couple se crache enfin au visage les vérités potentiellement destructrices. Pour incarner le déchirement, Sam Levinson rempile avec la très bankable Zendaya, déjà électrisante dans Euphoria, et John David Washington, le fils de Denzel, révélé il y a peu dans Tenet

Entre existentialisme pour les nuls et nihilisme narratif, Malcolm & Marie est un étrange exercice de style pour un réalisateur habitué à travestir son propos sous une élégante couche d’artificiel. Si la technique fait mouche dans Euphoria ou même Assassination Nation, ici, la mayonnaise ne prend pas. Sam Levinson perd son chemin entre de grandes envolées lyriques qui évoquent tout sauf une dispute de couple et un noir et blanc factice et superflu, qui souligne plus encore le dualisme du film, comme si le fait de n’avoir que deux personnages n’était pas assez clair pour le spectateur. Un film destiné aux fans d’Instagram qui se gorgeront des innombrables gifs et autres citations inspirantes que le film va susciter, sans même avoir à rajouter de filtre noir et blanc pour paraître mélodramatique.  

Ce n’est pas tant les performances d’acteurs, globalement bonnes, ou la réalisation, inspirée et inventive, qui posent problème. Dans ce film, rien ne s’agence véritablement. Les dialogues téléphonés au service d’une intrigue pour le moins rasoir finissent de rendre le tout assez indigeste. Dire les choses avec conviction ne les rend pas pour autant authentiques. Et c’est peut-être là la plus grande erreur du film, faire reposer sur ses acteurs la responsabilité de donner corps à des dialogues préfabriqués, semi-vivants. Si la première dispute intrigue, l’on comprend vite que le film ne peut vraisemblablement construire sa dynamique que sur un enchaînement cyclique et plutôt pénible de disputes et de réconciliations, rajoutant ça et là quelques remarques très inspirées sur l’art en profitant de la profession de Malcolm. 

Finalement, Malcolm & Marie est plus une diatribe un peu mièvre sur les difficultés de la vie à deux qu’un véritable examen des dynamiques du couple. Le film se perd quelque part entre l’exploration sociologique et l’exercice de style franchement vain, comme si Bourdieu avait écrit le script d’un Godard. Sam Levinson n’a pas grand chose à dire, alors il jette ses acteurs en pâture dans un océan de rancœurs où, chacun leur tour, dans une bataille rangée, ils s’envoient des reproches au visage. Puis on découvre que finalement, leurs problèmes ne sont pas si insurmontables, puisqu’il suffisait de dire merci. Si cela vous rappelle une chanson de Patrick Bruel, c’est normal, car le film en partage le lyrisme outrancier et la profondeur abyssale. Finalement, l’ouragan promis n’était qu’une petite dépression tropicale, dont on ressort à peine mouillé. Tout ça pour ça. 

Mathias Chouvier

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