Lui : La Covid ne nous aura rien épargné

Lecture 2 min.

Il est temps que Guillaume Canet cesse de réaliser des films. Alors que Malcolm & Marie semblait s’imposer comme la pire idée de film inspirée par le confinement, Canet, à qui un défi ne fait pas peur, relève ici celui de faire plus mauvais encore. Après la thérapie de couple de Zendaya et John-David Washington, place à la thérapie en solo pour Guillaume Canet qui règle ses comptes avec lui-même dans une dramédie navrante commençant comme un thriller pour virer rapidement à la psychologie de comptoir. 

Dans cet improbable film, un musicien de génie, alter ego à peine voilé de Canet, s’isole sur une île pour s’éloigner de ses problèmes de couple et mettre fin au syndrome de la page blanche. Oui, c’est cliché, mais comme Canet le dénonce explicitement dans son propre script, ça passe. Au fur et à mesure de son séjour, soit dès le premier soir, « Lui » reçoit la visite de son épouse et de sa maîtresse, puis de son meilleur ami, de ses parents et de son fils. Le compositeur fait sa psychanalyse en discutant avec ses proches, ou du moins leur projection mentale, même si l’on comprend qu’il leur fait dire ce qu’il veut, alors même qu’ils sont censés le confronter. Puis il finit par discuter avec lui-même, une version « connard » de lui-même, qu’il ne peut pas tuer mais dont il finit par se débarrasser, après un suicide et un meurtre raté. Pour résumer, on a Canet qui n’est pas vraiment Canet, qui se dispute avec un autre Canet qui n’est pas Canet mais qui est une version de Canet sans être Canet, avec la femme, le fils, les amis, la maîtresse et la fille de ces deux Canet qui ne sont pas tout à fait Canet, mais qui sont indissociables de Canet, qui n’est pas le Canet du film. 

Armé de son scénario foutraque au possible, Guillaume Canet (le vrai) parvient à pondre un egotrip d’une rare nullité, suffisant, égocentrique et totalement inintéressant. Les dialogues s’enchaînent dans une joute verbale aussi prétentieuse qu’ennuyeuse, entre des acteurs peu concernés et rarement drôles, à base de diatribes navrantes sur le mensonge ou l’amour. Là où l’humour et Marion Cotillard sauvaient les meubles dans Rock’n’Roll, cette fois-ci, l’exercice d’auto-fiction est complètement raté. Dans cette crise de la quarantaine qui s’étire à l’infini malgré sa durée réduite d’une heure trente, l’acteur ressasse des idées et poncifs aussi usés qu’affligeants. Un auto-sabotage en règle qui ne ménage pas ses efforts pour vous convaincre de son bien fondé mais qui ne parvient qu’à embarrasser quand il ne consterne pas carrément. Ajoutez à cela une réalisation quasi inexistante, quelques bonnes idées de mise en scène et les amis acteurs de Guillaume Canet, et vous obtenez Lui, la preuve irréfutable que l’acteur aurait dû faire du pain comme tout le monde au lieu de faire un film pendant le confinement. 

Finalement, le film laisse l’étrange impression d’avoir discuté plus d’une heure durant avec un type bourré croisé à la sortie d’un bar. Vous n’en retenez rien, vous n’avez pas particulièrement apprécié, vous n’avez pas pu en placer une, et vous n’avez même pas ri. Entre scènes téléfilmesques, personnages insipides et problématiques peu engageantes, Lui sonne peut-être (l’espoir est permis) le glas de la carrière de réalisateur d’un Canet peu inspiré, qui n’a rien filmé de bon depuis plus d’une décennie. Espérons pour le prochain film Astérix que Canet maîtrise mieux l’histoire que la psychologie. 

Mathias Chouvier

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s