Pieces of a woman : un film nécessaire

Trop souvent passée sous silence, elle génère culpabilité, incompréhension, syndrome post partum violent et laisse de nombreux parents face à un vide abyssal. En 2021, la fausse couche ou la mort d’un nouveau-né à l’accouchement restent encore un drame peu discuté, bien que les témoignages de nombreuses femmes ayant perdu leur enfant pendant leur grossesse ou à la naissance commencent à prendre de l’ampleur, notamment sur les réseaux sociaux (comme Meghan Markle ou Chrissy Teigen, la femme de John Legend, qui a partagé sur Instagram les clichés déchirants de la naissance de son fils).

C’est avec une extrême justesse que le réalisateur Kornél Mundruczó, qui signe ici son premier film en anglais, s’essaye à l’exercice difficile de dépeindre la détresse émotionnelle et psychologique d’un couple ayant perdu leur bébé.

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Martha (Vanessa Kirby, interprète de la princesse Margaret dans The Crown), jeune femme active, arrive au terme de sa grossesse. Après avoir salué tous ses collègues lors de la traditionnelle baby shower, elle quitte le bureau, carton sous le bras. Son compagnon, Sean (Shia LaBeouf), directeur de chantier, la rejoint. S’ensuit alors un huis clos en plan-séquence des plus efficaces : tout juste rentrés chez eux, Martha perd les eaux et les contractions commencent. Le jeune couple ayant décidé d’un accouchement à domicile, le plan ne se passe pas comme prévu quand leur sage-femme attitrée ne peut se rendre à leur domicile. Eva la remplacera. Le travail de caméra est ici excellent à l’instar du jeu de Kirby qui, n’ayant jamais accouché, a assisté à de nombreuses naissances pour simuler la douleur propre aux instants précédant l’accouchement. C’est intime, touchant, on se sent presque de trop à regarder ainsi en temps réel un accouchement des plus réalistes. Après 23 minutes de plan-séquence presque documentaire, sans musique, Martha donne naissance à une petite fille. Mais le bonheur des parents sera de courte durée.

Quelques mois plus tard, Eva, la sage-femme, est accusée au civil d’homicide involontaire et sa responsabilité en tant que professionnelle de santé est remise en cause. Martha peine à se remettre de sa fausse couche et n’en parle pas, même avec son compagnon. En plein poussée d’hormones, la simple vue d’un enfant dans un centre commercial suffit à entraîner une montée de lait et les plans qui se veulent innocents mais lourds de sens se répètent (aux toilettes avec une culotte absorbante post accouchement ou la chambre vide du bébé). Sean se renferme aussi de son côté et a de violentes pulsions sexuelles alors que Martha s’efface de plus en plus, se coupant de son partenaire mais également de sa famille et particulièrement de sa mère qui la pousse à tout prix à attaquer Eva en justice pour que cette dernière « paye » de son incompétence.

Bouleversant, réaliste, ce film peut se targuer de contribuer à la libération de la parole autour du traumatisme de la fausse couche. Aujourd’hui, une femme sur quatre a déjà expérimenté la perte d’un embryon ou d’un bébé à la naissance, or on en parle si peu…

La fin du générique communique une adresse Web à consulter pour quiconque serait touché par ce drame directement ou non, http://www.wannatalkaboutit.com.

Disponible sur Netflix.

Philippine Bouilly

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