The Power of the Dog : le meilleur film de l’année

Lecture 2 min. Cet article contient des spoilers.

Douze ans que Jane Campion n’avait pas réalisé de long-métrage. La metteuse en scène néo-zélandaise avait bien effectué un crochet par la télévision pour sortir la série Top of the Lake (2013) et sa suite Top of the Lake : China girl (2017) mais sur grand écran c’était le silence. Silence aussi pour son grand retour puisque The Power of the Dog ne bénéficie d’aucune distribution en salles en France et d’une sortie limitée dans les pays anglo-saxons. Malgré un triomphe à la Mostra, consacré par un Lion d’argent de la meilleure réalisatrice, le film sort directement sur Netflix le 1er décembre 2021 et ne fait plus aucun bruit parmi le grand public.

Pourtant quel fracas. Quel déchirement. The Power of the Dog, sublime adaptation du roman éponyme de Thomas Savage, est animé par un souffle de violence, une beauté macabre, une tonitruance qui entend tout balayer sur son passage. Western contemplatif, le dernier long-métrage de Jane Campion est l’un des si ce n’est le meilleur film de l’année.

Au milieu du Montana, entre des monts chauves, la plaine aride et la forêt de conifères, les frères Burbank sont propriétaires du plus grand ranch de la région. Lorsque le cadet, George (Jesse Plemons), homme doux et sensible, s’éprend de la veuve Gordon (Kirsten Dunst) et finit par l’épouser, il bouleverse l’équilibre imposé par son aîné, le brillant et cruel Phil (Benedict Cumberbatch). Misanthrope, magnifique, pervers, cultivé, colérique, masculiniste, Phil fait peser sur le ranch et ses habitants une ambiance poisseuse, engloutit sa belle-sœur dans l’alcool et fait du fils de celle-ci, le soi-disant fragile et efféminé Peter (Kodi Smit-McPhee), son souffre-douleur.

Sept nominations aux Golden Globes 2022 dont les convoitées Meilleur film dramatique, Meilleure réalisation et Meilleur scénario. Aucune n’est déméritée. The Power of the Dog dégage une telle impression de puissance maîtrisée. Campion multiplie les cadres époustouflants, pose sa caméra pour que se découpent sur ce paysage fauve des personnages délicats de retenue tout en étant perpétuellement à vif. Toujours sur le fil, Kirsten Dunst et Benedict Cumberbatch s’affrontent sans jamais s’opposer ouvertement. L’actrice américano-allemande livre une performance merveilleuse de fébrilité et d’impuissance. Kodi Smit-McPhee est fascinant dans son rôle de sujet et de témoin de l’intrigue. Toutefois, c’est bien Cumberbatch qui magnétise tout le film. Sans jamais écraser ses partenaires par sa prestance toute shakespearienne, Cumberbatch déploie enfin la férocité de son jeu. Éblouissant d’autorité, Phil est une entité complexe qui permet à l’acteur britannique de révéler l’entièreté d’un talent qu’on aurait pu croire émoussé par un passage chez Marvel. La voix d’outre-tombe de Cumberbatch s’abat comme une sentence épouvantable sur la veuve et son fils.

Dans une ère post#MeToo, Jane Campion explore les origines de la masculinité toxique qui règne dans l’univers ultra viril des cowboys, celui où l’on émascule à mains nues des taureaux au rythme des éperons qui claquent au bout des jambes arquées. Phil est le seigneur de cet univers, ses hommes le révèrent presque, les bêtes s’écartent sur son passage. Lui refuse de se laver, refuse d’évoquer son passé d’universitaire brillant en lettres classiques et philosophie, refuse d’affronter qui il est vraiment, lui qui conserve sous son pantalon, au plus près de son sexe, le foulard de son prétendu mentor, Bronco Benny.

The Power of the Dog impose une image prodigieuse et des performances profondes. Jane Campion confirme un génie qui lui est tout particulier et peut prétendre à plusieurs sacres non seulement lors des Golden Globes mais, on l’espère, surtout lors de la 94ème cérémonie des Oscars le 27 mars prochain.

Timothée Wallut

Actuellement disponible sur Netflix. Découvrez la bande-annonce ci-dessous :

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