Wednesday : comment réussir un classique réinventé 

Teasé tout l’été par Netflix comme sa série majeure de fin d’année, Wednesday, réalisée en partie par Tim Burton, avait de quoi interroger avant sa sortie : comment réussir à ne pas dénaturer l’œuvre originale ? Le choix de Tim Burton, aussi cohérent soit-il de par l’esthétique de l’univers, avait également de quoi faire peur, tant le réalisateur semble à bout de souffle dans sa créativité (Dumbo est un mauvais film), et à des années lumières de la qualité de ce qu’il a pu produire au début et au milieu de sa carrière. Pourtant, force est de constater que ça marche, et plutôt bien. Focus sur la dernière série Netflix qui fait parler en cette fin d’année.

La structure narrative de la série est celle d’un whodunnit, terme inspiré par les romans à énigme du début du XXème siècle dont les plus célèbres sont ceux d’Agatha Christie. Les caractéristiques de ce genre sont de limiter le cadre de l’intrigue à un lieu précis et de délivrer des indices pouvant être associés aux différents personnages présentés au cours du récit. Le jeu est donc, pour le spectateur, de réfléchir tout au long du visionnage et de se prétendre enquêteur (l’exemple récent le plus représentatif du genre au cinéma est Knives Out de Rian Johnson). Une telle structure fonctionne très bien pour la série de Tim Burton. Le récit se découpe comme une chasse au monstre menée par Wednesday, limite au maximum les suspects et nous présente tous les personnages impliqués dès le premier épisode. 

La mise en scène est simple et épurée et reprend les teintes de La Famille Addams. Le noir prédomine mais la palette est modernisée, notamment avec les tenues contemporaines des personnages. Tim Burton insiste sur l’aspect gothique de l’univers tout en le mélangeant avec un style plus actuel. La réalisation joue avec les couleurs. Le vitrail qui orne la chambre que Wednesday partage avec sa colocataire, Enid, est divisé entre des carreaux aux couleurs vives et une moitié sombre, symbole de la froideur émotionnelle de l’une et de l’envahissante pétillance de l’autre. Sans être révolutionnaire, la mise en scène est efficace. Tim Burton n’a de toute manière jamais été vraiment connu pour ses plans mais surtout pour ses décors qui sont encore très beaux. 

Mais la force majeure de la série, la raison pour laquelle Wednesday est une incontournable de 2022, c’est la performance de Jenna Ortega. Aperçue pour la première fois dans Jane the Virgin (oui, c’est vrai), la jeune actrice apparaît en 2019 dans la saison 2 de You, avant de réellement exploser en 2022 en enchaînant Scream et X de Ti West (l’un des meilleurs films de 2022) et fini donc l’année avec Wednesday

Wednesday. Jenna Ortega as Wednesday Addams in episode 104 of Wednesday. Cr. Courtesy of Netflix © 2022

Ortega incarne à merveille le personnage. Chaque réplique fait mouche, la froideur extrême de Wednesday se transforme souvent en puissant ressort comique et la scène de danse est déjà devenue culte en témoignent les innombrables pastiches, hommages et répliques sur les réseaux sociaux.

Avec cette performance rafraîchissante, Jenna Ortega montre, au fil des rôles, qu’elle est capable d’incarner différents registres (regardez The Fallout) et s’impose déjà comme la nouvelle rising star du grand et du petit écran.

Les fêtes approchent, il commence à faire très froid, et cette série se déguste sous un plaid avec un chocolat chaud ou un café noir, très noir.

Lucas Bouchara

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