Mostra de Venise 2022 : Le bilan de nos membres

Nos six envoyés spéciaux vous font le débrief de tous les films qu’ils ont vus durant cette semaine vénitienne.

A man de Kei Ishikawa

Mattéo :

A man, ou Aru Otoko, raconte l’histoire d’un avocat prenant particulièrement à cœur sa future mission, quitte à en être obsédé. L’intrigue est pertinente, le récit est bien rythmé, l’esthétique est sublime et la fin touchante. Entre traditionalisme et modernité, ce film montre à quel point le cinéma japonais sait se renouveler. Cela se traduit par une émancipation prononcée de certains personnages féminins incarnant une indépendance de plus en plus mise en avant. Intéressant pour un film dont le titre est centré sur un homme. 

Argentina 1985 de Santiago Mitre 

Max :

Une histoire passionnante mise en scène de manière captivante, rappelant à travers des acteurs prodigieux que la démocratie est un combat perpétuel et intemporel vers la liberté.

Mattéo :

Film aussi enrichissant que drôle, aussi bien joué que bien réalisé. L’intrigue nous plonge au sein d’un procès primordial pour l’arrivée de la démocratie en Argentine. La forme et le fond y sont, il ne reste plus qu’à y aller !

Athena de Romain Gavras

Mathias : 4/10

Romain Gavras, fils de l’illustre Costa-Gavras, signe en coopération avec Ladj Ly cette pseudo-tragédie familiale en cité, où une supposée bavure policière déclenche une potentielle révolution. Athena est un film tape à l’œil et pompeux, à l’image de son titre, qui prend l’étrange parti de tourner cette histoire éminemment politique en divertissement Netflix. Les plans-séquences de Gavras, certes très impressionnants, et la BO façon chœurs d’église parachèvent l’esthétisation outrancière dans cette fresque familiale qui perd toute sa force à mesure que se déploient sous nos yeux les magnifiques images sans vie d’Athena. En deux mots : too much.

Max :

Le style tue la substance, si tant est qu’il y avait de la substance au moment de l’écriture. Si Athena est la déesse de la sagesse, le film n’en a aucune. Ce qui relève vraiment de la de tragédie – celle que le réalisateur cherche à atteindre – c’est de faire si insignifiant avec une mise en scène pareille.

Mattéo :

Nom d’une cité devenue berceau d’une guerre civile éclatant entre habitants et policier en raison d’une bavure policière, Athena opte pour une forme stupéfiante qui prend inévitablement le dessus sur un fond plus qu’oubliable. Commençant avec un plan séquence spectaculaire d’une vingtaine de minutes, on se demande comment le nouveau film de Romain Gavras va pouvoir maintenir son intensité au fur et à mesure des minutes, mais il n’y parvient pas. L’intrigue se déroulant uniquement dans cette cité, elle souffre d’une promiscuité mal exécutée qui ne permet pas à celui qui regarde le film de s’attacher à un des quatre frères occupant tous des postes différents dans ce conflit aux dimensions disproportionnées. Une tragédie grecque sans le moindre protagonistes marquant, si ce n’est le cameraman.

Aude :

Ce film divisera énormément par son propos sur les cités et par une certaine glorification de la violence, qui est très esthétique dans le film. Cependant, en termes purement cinématographiques, vous verrez rarement une mise en scène et une photographie aussi prodigieuse que celle d’Athena. Le plan séquence d’entrée me hantera pendant longtemps. Une réussite malgré la polémique qu’il déclenchera sûrement. 

Matthieu : 5/10

Passée la scène d’ouverture en plan-séquence impressionnante, ce spectacle d’une violence physique, verbale et psychologique inouïe finit par épuiser le spectateur à cause de sa mise en scène pyrotechnique tape-à-l’œil doublée d’un scénario sur fond de tragédie fratricide faiblard, ce qui est inhabituel pour un film traitant d’un sujet aussi politique.

Bardo d’Alejandro G. Iñarritu

Mathias : 8/10

Oui, le nouveau film d’Iñarritu est très long (près de trois heures). Oui, il est aussi très personnel. Dans cette séance d’auto-psychanalyse, le réalisateur mexicain filme ses démons dans une mise en scène flamboyante, ultra inventive et virtuose. Entre l’inévitable questionnement sur ses origines et son hypocrisie en tant qu’artiste exilé, Inarritu traite finalement de thèmes profondément universels, dans un film fleuve reçu froidement par la critique mais qui respire pourtant le cinéma et l’amour du 7ème art. Bardo se vit comme un périple dans l’esprit torturé d’un artiste, confus, difficile mais foncièrement drôle et émouvant.

Max :

La grande poésie du film est sublimée par la vision artistique d’Inarritu. On se réfugie dans son imagination, « le seul lieu où l’on est vraiment libre » : on se dit qu’avec lui, la beauté est une donnée objective.

Mattéo :

Ce long métrage dépeint les rêves, l’esprit torturé de Silverno -réalisateur americano-mexicain- à travers une représentation onirique et sensorielle. Malgré de longues scènes rendant le propos chronologiquement inintéressant, le nouveau film d’Iñarritu parvient à être tout aussi personnel qu’universel car les thèmes abordés sont particulièrement bien choisis. Bien que la mise en scène et l’utilisation de certains plans séquences soient bluffantes, Bardo s’épuise parfois et peut perdre son spectateur , d’autant plus qu’il ne sera pas diffusé au cinéma mais sur Netflix. Bardo peut-être mais surtout Bordel. 

Aude :

Que dire d’un film aussi particulier que Bardo, sinon que c’est un chef d’œuvre de mise en scène mais qu’il est volontairement inaccessible. Iñarritu livre un ego-trip brillant, à la photographie léchée, touchant sur le déracinement et la difficulté d’être un réalisateur Mexicain primé aux États Unis. Malheureusement le réalisateur a réalisé ce film pour lui et non pour le public tant il est indigeste par sa longueur et par son scénario.

Matthieu : 6,5/10

Oeuvre-somme vertigineuse, comme en témoigne littéralement la scène d’ouverture, le film se noie dans une mise en scène surabondante de l’histoire personnelle et nationale du réalisateur. Les nombreuses fulgurances cinématographiques et le traitement intéressant du thème de l’immigration s’effacent malheureusement derrière ce trop-plein autobiographique et la durée monstre du film (2h54). 

Blonde d’Andrew Dominik

Mathias : 9/10

Faux biopic sur Marilyn Monroe, véritable adaptation du roman de Joyce Carol Oates, Blonde est un choc total. Un film polymorphe, organique, qui dénonce l’objectification incessante dont fut victime Norma Jean sans jeter un voile pudique dessus. En regardant l’atroce réalité de son parcours dans les yeux, le film choque et répugne par moments mais impressionne aussi pas sa maîtrise formelle et sa folie plastique. Ana de Armas, incandescente, n’interprète pas vraiment Marylin mais plutôt une version fantasmée et romancée de l’icône, pour mieux dresser le parallèle avec la vraie Norma Jean qui s’efface peu à peu. Blonde est une descente aux enfers flamboyante, tragique et magnifique, le portrait brûlant d’une femme qui rejeta toute sa vie ce qu’elle désirait pourtant le plus. 

Max :

Andrew Dominick a adapté la vie de Marilyn de la manière la plus ultra-stylisée, bruyante, hystérique et perverse possible. Malgré les dialogues consternants de bêtise qu’elle doit réciter, l’excellente Ana de Armas sauve ce film de la catastrophe : elle mérite – autant que celle qu’elle incarne – le statut de star.

Mattéo :

Ana de Armas parvient à incarner à la perfection une actrice, une idole mais avant tout une femme cruellement victime de ses expériences passées : Marilyn Monroe. Plus connu sous ce nom mondialement célèbre, c’est pourtant Norma Jeane qui est incarnée d’une manière spectaculaire et cruelle par l’actrice cubaine. Le film repose sur des contrastes visuels, sensoriels à tel point que les émotions ressenties sont puissantes, peu importe leur nature positive ou négative. Des scènes sont dérangeantes mais leur succession est évidente. 

Matthieu :

Que dire de ce long-métrage qui bouleverse autant qu’il dérange par sa mise en scène crue et hallucinée des parties les plus sombres et les plus violentes de la vie, en partie romancée, de Marilyn Monroe ? La performance à fleur de peau d’Ana de Armas et le montage du film nous rapprochent au plus près, parfois à regret, des horreurs vécues par cette icône, de son enfance, où la violence se fait la plus inouïe, à sa mort, filmée toute en douceur, en passant par les nombreux abus sexuels dont elle est victime, entre lesquels elle parvient à glaner quelques moments de bonheur. La nature volontairement choquante et trash du film risque donc de perdre des spectateurs en chemin, mais elle aura le mérite de ne pas les laisser indifférents, loin de là. 

Bones and all de Luca Guadagnino

Mathias : 7/10

Retour sur le Lido pour Guadagnino, qui présente cette année la fuite en avant d’un couple de cannibales, incarnés par Timothee Chalamet et Taylor Russell. Un teen movie savamment exécuté, sublimé par la caméra tout en légèreté du cinéaste italien, à mi-chemin entre Grave et La Ballade Sauvage. Une épopée amoureuse toute en délicatesse, même lors de ses moments de pure barbarie, qui replace le sentiment amoureux, plus que simple le désire charnel, au cœur de la chaire dévorée. 

Max :

Ce road-movie cannibale est une bouffée d’énergie et d’inventivité. Le plat est un peu lourd et le ridicule parfois frisé, mais l’expérience vaut les étoiles Michelin.

Mattéo :

Avec un scénario des plus effrayants, Bones and All confirme avec brio le duo Chalamet-Guadagnino. Interprétant une cannibale errante pour satisfaire ses pulsions et son désir d’être comprise par autrui. Taylor Russel peine néanmoins à trouver sa place entre Chalamet et Mark Rylance qui brillent par leur justesse. L’ambiance 80’s et le charme esthétique mis en œuvre par le réalisateur nous choque car cela dessert un propos inhumain, répugnant mais qui attise viscéralement notre curiosité. À dévorer sans modération. 

Aude :

Après s’être attaqué au genre horrifique avec Suspiria et au film romantique avec Call me by your name, Luca Guadagnino a décidé de mélanger ces deux genres pour nous livrer une romance cannibale. Le sujet est parfaitement maîtrisé et traité de façon très juste, ce qui est une réussite tant ce projet était risqué. La photographie est sublime, la mise en scène réussie. Malheureusement, j’en attendais plus et je suis restée sur ma faim. Le scénario ne décolle jamais et le rythme est trop calme à mon goût. 

Matthieu : 8/10

L’alchimie des genres fonctionne à merveille dans ce long-métrage, à mi-chemin entre une fuite romantique à travers le Grand Ouest américain, à la manière de La Ballade Sauvage de Terrence Malick, et un trip cannibale gore assumé, qui n’est pas sans rappeler Grave de Julia Ducournau. La rencontre entre ces deux êtres marginalisés à la fois socialement et en raison de leur nature cannibale ravit autant qu’elle émeut, grâce à une réalisation impeccable du cinéaste à l’origine de Call Me By Your Name, et un dénouement aussi jouissif que tragique. 

Chiara de Susanna Nicchiarelli 

Max :

Tout est si daté, étrange et visuellement laid qu’on est prêts à crier à la parodie, ou au mauvais goût. Le film a le mérite – que l’on soit croyant ou non – de nous faire prier : pour que ça se termine.

Mattéo :

Le scénario de ce film est pourtant intéressant : il retrace la vie de Sainte Claire d’Assise, fondatrice de l’ordre des Pauvres Dames dans un contexte religieux extrêmement machiste (années 1200). Néanmoins la réalisation approximative et le jeu assez désastreux des acteurs ne permet pas de passer un moment enrichissant ou même divertissant. Il est conseillé de découvrir l’histoire de Sainte Claire dans les livres.

Dead for a dollar de Walter Hill

Mathias : 2/10

Kitsch malgré lui, mal joué, constamment gênant, jamais crédible, toujours ennuyeux. Rien à dire de plus sur cet immondice, où même Willem Dafoe et Christopher Waltz sont à jeter. Un navet, en bonne et due forme.

Mattéo :

Si Christoph Waltz était un « dentiste » convaincant dans Django Unchained, il manque clairement à l’appel dans ce film. Western moderne au scénario plus que moyen, le protagoniste chasseur de prime devra effectuer une mission pour de l’argent et retrouvera un ennemi de longue date au dénouement.  Entre enchaînement banals de plans et interprétation douteuse du casting oubliable, le film est tout de même divertissant avec un Willem Dafoe pas aussi mauvais que toute la bande. À voir avec hésitation et sans attente. 

Don’t Worry Darling d’Olivia Wilde

Mathias : 5/10

En dépit des drames entourant le film, Don’t Worry Darling n’est pas l’objet subversif attendu mais un énième thriller au féminisme convenu, qui ne semble prêt à innover que sur le plan formel. Harry Styles patauge dans le rôle titre, face à une Florence Pugh qui surnage et le reste du casting qui n’offre pas grand chose. Un film facile, déceptif, qui se termine sur une note amère et attendue. Ni raté, ni réussi, simplement passable. 

Mattéo :

Dans ce « teenage-thriller » , Harry Styles et Florence Pugh incarne un couple qui semble mener une vie de couple parfaite au sein d’une ville particulièrement énigmatique. Le dénouement final n’est pas inintéressant, bien qu’il souffre d’une exécution très douteuse avec un côté « too much » peu appréciable. Il n’existe que certains individus qui souhaiteraient que le film ne se termine pas, mais ça vous le comprendrez après votre visionnage.

Dreamin’ Wild de Bill Pohlad

Mathias : 7/10

Inspiré d’une hallucinante histoire vraie, Dreamin’ Wild raconte le succès tardif d’un groupe ayant publié un album passé totalement inaperçu trente ans plus tôt. Porté par Casey Affleck, le film est un produit typique du cinéma indépendant américain, plutôt intéressant, bien filmé et solidement interprété. Rien d’inoubliable, beaucoup de bons sentiments, mais l’assurance de passer un moment agréable et touchant. 

Mattéo :

L’histoire de deux frères musiciens dans leur jeunesse, pourtant inconnus, qui se retrouve à nouveau sur scène car le duo devient populaire sur internet. Les deux protagonistes vivent différemment le fait d’être sur le devant de la scène et l’un d’eux, interprété par Casey Affleck, sera particulièrement dérangé. Le fait que ce soit une histoire vraie rend le propos du film plutôt touchant mais, mis à part quelque scène live de musiques, le film n’a clairement pas un grand intérêt. C’est très compliqué de s’attacher aux personnages et très facile de vite passer à autre chose.

Il signore delle formiche de Gianni Amelio

Mathias : 4/10

Biopic du poète italien Aldo Braibanti, Il Signore delle formiche est un film trop classique pour son propre bien. Sur un sujet tel que le procès de l’homosexualité et les thérapies de conversion, le film adopte un angle beaucoup trop timide, évitant soigneusement la moindre proximité entre les deux protagonistes, et manque cruellement de passion. Trop long, trop académique, trop prévisible, le film ne vaut que pour quelques scènes fortes, noyées dans un océan d’ennui et de fadeur.

Max :

Si le film – remarquablement interprété et mise en scène – est formellement classique, il suscite un intérêt de fond, rappelant les injustices d’une soi-disante justice fasciste.

Mattéo :

Issu d’une histoire vraie entre un professeur italien et son élève, une relation amoureuse et passionnée va voir le jour dans un contexte italien des années 60, formellement opposé à l’homosexualité. Étant considéré comme un criminel par la famille conservatrice de ce jeune élève, le professeur va subir un traitement juridique qui va révolter de nombreux citoyens italiens. Des acteurs justes, une reconstitution fidèle à l’Italie des années 60, ce film regroupe pleins de bonnes idées et les met correctement en scène. 

Innocence de Guy Davidi

Mathias : 8/10

Documentaire édifiant sur le service militaire israélien, Innocence se construit de manière implacable autour de quatre témoignages de jeunes ayant mis fin à leurs jours en raison du service militaire obligatoire. Une vraie claque, qui utilise la force des images et la ferveur des témoignages pour dénoncer le patriotisme toxique qui étouffe Israël depuis des décennies. Stupéfiant, et bouleversant.

Mattéo :

Documentaire poignant retraçant la vie de 4 soldats israéliens avec une authenticité rare. Cette authenticité peut déranger mais elle est nécessaire pour mieux comprendre le propos pacifiste du film qui permet d’éveiller les consciences à ce sujet. 

L’Immensità d’Emanuele Crialese

Mathias : 7/10

Film largement autobiographique selon les dires de son réalisateur, L’Immensità est une jolie chronique familiale de l’Italie des années 70, où la jeune Adriana se sent plus comme le jeune Andrea. Le personnage va alors tenter de s’épanouir dans un environnement familial tendu, coincé entre un père autoritaire à l’extrême et une mère aimante mais immature. Penélope Cruz y est rayonnante, face à une jeune Luana Giuliani qui ne démérite pas. Le film ouvre cependant quelques pistes non résolues et prend parfois l’allure d’un journal intime déguisé qui empêche de s’y fondre pleinement. Reste que L’Immensità est un très bon film, touchant et solidement mis en scène.

Max :

Une très belle poésie traverse le film, même si tout n’est pas immensément captivant. Un tendre éloge à celle à qui on doit tout : la mamma.

Mattéo :

Se sentir homme dans un corps de femme, voilà ce qu’Adriana aimerait exprimer à sa famille, plus particulièrement à son père italien (très) conservateur. La seule personne qui semble la comprendre est sa mère, Penélope Cruz, touchante et remplie d’imagination parfois démesurée dans un monde rempli d’adultes qui n’en ont que faire. Le film dépeint avec subtilité la vie de cette famille qui semble être l’enfance d’Emanuele Crialese, réalisateur transgenre. Une ode à l’immatériel et à l’acception de ce qu’autrui ressent au fond de lui-même. 

Matthieu : 7/10

Tableau intimiste d’une famille dans la Rome des années 1970, d’ailleurs superbement reconstituée, le film vise juste dans sa mise en scène du contraste entre l’instabilité de la cellule familiale, due à un père abusif, et ses moments de joie résiduels. La question de la transidentité (que le réalisateur a révélé à la première du film être un écho à sa propre expérience) est traitée avec authenticité et bienveillance, ne constituant qu’une seule facette de l’identité naissante du jeune protagoniste, qui tente de se construire en cherchant du réconfort auprès de sa mère, jouée par l’irréprochable Penélope Cruz, à une époque et dans un milieu où il était difficile voire impossible de parler de ces choses-là. 

La Syndicaliste de Jean-Paul Salomé

Mathias : 7/10

Jean Paul Salomé retrouve Isabelle Huppert après La Daronne en 2018. Dans ce rôle taillé sur mesure, l’actrice incarne une syndicaliste d’Areva victime d’une violente agression alors qu’elle tente de faire éclater un scandale. Si le film a le mérite de nous entraîner sur d’autres pistes que celles attendues à l’annonce du pitch, le scénario pèche toutefois par excès de thématiques, et laisse l’étrange impression qu’aucune d’entre elles n’a réellement été traitée. Ceci dit, La Syndicaliste a le mérite de suivre un fil rouge, celui de la place des femmes à tous les échelons de la société, et trouve en Isabelle Huppert son interprète idéale.

Mattéo :

Inspiré de faits réels, La Syndicaliste met en scène une syndicaliste qui deviendra lanceuse d’alerte afin d’avertir une fusion de deux sociétés entraînant la suppression de postes des salariés qu’elle défend. Alors qu’Attal ou Demaison ferait mieux de rester derrière la caméra, Gadebois parvient à nous montrer avec simplicité et humour que ce film est tout aussi divertissant qu’enrichissant. Isabelle Huppert défend aussi bien les salariés que sa perpétuelle envie de se renouveler. 

Les enfants des autres de Rebecca Zlotowski

Mathias : 6/10

Le nouveau film de Rebecca Zlotowski est une réflexion moderne sur la parentalité, à travers ce portrait de femme qui s’attache contre son gré à une famille qui n’est pas la sienne. Porté par une Virginie Efira très juste, le film souffre pourtant de quelques longueurs et clichés, et peine ainsi à dépasser le statut de drame oubliable pour s’inscrire dans la longue tradition des films français touchants mais anecdotiques. 

Max :

Rebecca Zlotowski traite ici de la maternité : dommage qu’elle accouche d’un film aussi vain, qui multiplie les situations futiles. Loin d’être un heureux événement.

Mattéo :

Ni bon ni mauvais, ce film met en scène Virginie Efira qui ne parvient pas à trouver sa place au sein d’une relation père/fille déjà existante. Roschdy Zem, troublé par le fait que sa nouvelle compagne puisse être considéré comme la mère de sa fille, livre une prestation oubliable bien que juste. Ne pas voir ce film si vous n’êtes plus en âge d’avoir des enfants, ça pourrait être frustrant.

Les Miens de Roschdy Zem

Max :

Un film très réussi de Roschdy Zem dans le registre du réalisme familial : il a l’œil, le tact, le talent d’écriture. À la fin, on se dit que les « siens » sont aussi les « nôtres ».

Mattéo :

Moussa, père de 3 enfants, divorcé et au bord du burn-out, tombe littéralement sur la tête après une soirée très arrosée. Un accident qui aura des conséquences sur l’ensemble de sa famille et les propos qu’il peut porter à leurs égards. En faisant ce film, Roschdy Zem parvient à capter subtilement des moments de joie, de tristesse mais surtout d’authenticité rendant le film poétique et pertinent au regard des relations entre membres familiaux. Un long métrage touchant qui a sûrement permis au réalisateur de nous montrer qui sont « les siens » .

Love life de Koji Fukada

Mathias : 6/10

Sans doute le film le plus sensible de Koji Fukada, Love Life explore la vie d’une jeune femme qui vient de se remarier, quand un drame personnel ramène dans sa vie le père de son enfant et ex mari. Un drame sensible mais trop froid pour pleinement satisfaire, qui se termine sur une note terne et mitigée. Si les acteurs brillent tous dans leur rôle, le script totalement dénué de passion empêche le spectateur de pleinement s’impliquer dans leur vaudeville. 

Max :

Au fur et à mesure, l’élégance du film se transforme en mollesse, et le côté apaisant devient assommant. Such a boring life.

Mattéo :

Un couple subit brutalement un événement dramatique qui viendra rompre leur équilibre sentimental et faire revenir chacun de ses membres dans leur vieux démons. Présenté comme cela le film peut valoir le détour mais on s’ennuie quand même beaucoup pendant 2h.

Matthieu : 8/10

Oeuvre touchante par sa mise en scène épurée et toute en retenue d’un deuil parental dans une banlieue tranquille du Japon. La poésie du film naît du regard calme et sans jugement qu’il pose sur ses personnages endeuillés qui, par la mort, s’éloignent et se rapprochent, entre ville et campagne, Japon et Corée, intérieurs chargés de souvenirs et extérieurs désertiques, où une simple promenade devient le symbole d’une marche lente vers l’acceptation d’une situation que nul ne devrait avoir à vivre. 

Luxembourg, Luxembourg d’Antonio Lukich

Mathias : 7/10

Comédie ukrainienne loufoque, Luxembourg, Luxembourg raconte le périple de deux frères que tout oppose, obligés de coopérer après le décès de leur père au Luxembourg. Souvent très drôle et très habilement construit, le film souffre cependant de quelques longueurs mais reste une comédie solide, portée par de vrais jumeaux extrêmement convaincants.

Master Gardener de Paul Schrader

Mathias : 7/10

Paul Schrader est un réalisateur atypique, et le prouve encore une fois avec Master Gardener, un film sur un jardinier au passé sombre qui noue une relation étrange avec la nièce de son employeur. Le film, qui refuse de choisir son camp, tient sur un créneau propre à Schrader, le thriller romantique de la vie quotidienne, les péripéties ordinaires d’un homme troublé qui cherche désespérément la renaissance, à l’image des plantes dont il s’occupe. À bien des égards, Master Gardener est une réussite, qui tire le meilleur de son acteur Joel Edgerton.  Mention spéciale à la BO de Blood Orange.

Mattéo :

Véritable immersion sensorielle au sein d’une relation amoureuse complexe et touchante d’un couple que tout oppose. Schrader parvient à donner de la profondeur et de l’intérêt à un protagoniste pourtant froid et au passé irrécupérable. On sent que le film est le résultat de nombreux éléments très bien exécutés, à l’image des fleurs d’un jardin parfaitement arrosées. 

Monica d’Andrea Pallaoro

Mathias : 7/10

Une jeune femme trans revient dans sa ville natale pour s’occuper de sa mère mourante. Problème : celle-ci ne sait que sa fille est une fille désormais. À travers cette peinture atypique d’une relation mère-fille qui s’ignore, Andrea Pallaoro dresse un portrait extrêmement touchant de l’amour filial, par delà les préjugés et les absences. La réalisation léchée, tout en plans fixes, finit de sublimer le parcours initiatique de Monica, qui redécouvre sa mère et son identité par la même occasion. Dommage que le manque de rythme entraîne quelques longueurs évitables.

Max :

Même si ce film tourne en rond au début, il retrouve une dynamique une fois la famille réunie, et mérite sa place en sélection par l’élégance avec laquelle le metteur en scène filme celle dont on espère qu’elle gagnera le prix d’interprétation (Trace Lysette).

Mattéo :

Homme devenu femme, l’actrice Trace Lysette incarne l’enfant qui retourne dans le foyer familial pour aider quotidiennement sa mère mourante. Si le film prend du temps à commencer avec des plans fixes parfois trop longs, il monte progressivement en intensité grâce à la place progressive que se (re)fait Monica auprès de sa famille. Andrea Pallaoro parvient à dépeindre le portrait d’une femme tout aussi confiante que fragile qui parvient à transmettre de belles énergies autour d’elle. 

On the fringe de Juan Diego Botto

Mathias : 6/10

On the fringe raconte l’histoire de 24h dans la vie de différents personnages, avec pour fil rouge les expulsions économiques en Espagne. Même s’il n’échappe aux inconvénients que lui impose son style décousu, le film trace une trame plutôt claire et plus ou moins agréable à suivre. Penélope Cruz est crédible, comme d’habitude, et donne une âme à ce film qui en manque parfois cruellement en dépit du sujet. Malgré la fin surprenante, le film manque un peu de souffle et d’ambition.

Pearl de Ti West

Mathias : 7/10

Pensé comme un préquel sur l’antagoniste de son film précédent (X, inédit en France), Pearl de Ti West est un ovni du genre, à mi-chemin entre La Vie est belle et Scream, conçu comme un produit parodique et terrifiant au service de son actrice Mia Goth. Pearl ne s’épargne aucune extravagance, sans oublier pourtant d’apporter de la profondeur à son personnage principal, et offre à Mia Goth un monologue digne de l’immense tirade de Toni Colette dans Hereditary. En refusant de s’inscrire dans un genre codifié, Ti West prend un risque payant et signe un film troublant mais réussi.

Aude :

Prequel du film d’horreur X, sorti uniquement aux États Unis par A24 et privé de date de sortie en France pour l’instant, Pearl est un petit bijou du cinéma d’horreur contemporain. Ti West dépoussière et revisite complètement le genre du slasher, avec une photographie géniale, une mise en scène alléchante et une Mia Goth absolument hypnotisante. Qu’il est agréable de voir que le genre de l’horreur est renouvelé avec brio avec  ce film de genre pensé comme un Mary Poppins horrifique. 

Matthieu : 7,5/10

Véritable OVNI d’A24, ce film est porté par la performance oscillant entre folie et vulnérabilité de Mia Goth, habituée des films de genre plutôt confidentiels (A Cure For Life, le remake de Suspiria ou encore X de Ti West). La magie de ce slasher déguisé en drame d’époque opère lorsqu’il laisse son héroïne assouvir ses pulsions meurtrières en réponse à une nécessaire frustration due à ses échecs successifs d’accéder à une vie plus grandiose, sous le feu des projecteurs. 

Pour la France de Rachid Hami

Mathias : 7/10

Rachid Hami adapte un drame très personnel sur un étudiant de Saint Cyr mort lors d’un bahutage dans Pour la France, qui met en scène Karim Leklou et Shaïn Boumeddine entre autres. Le film prend le contrepied des attentes du spectateur pour recentrer l’histoire sur la victime et sa famille, et observer les causes pour mieux comprendre les conséquences de ce drame. Un chouïa déceptif quand le combat attendu contre l’armée est finalement avorté, mais pleinement réussi dans sa construction habile des personnages et sa reconstitution de l’implosion familiale. 

Mattéo :

La cruauté de certains étudiants de Saint Cyr provoque le décès d’un élève en plein « bahutage » loin d’être traditionnel. Le film, réalisé par le frère de la vraie victime de cet acte meurtrie, retrace l’enfance de cet étudiant brillant né en Algérie, voyageant à Taïwan et finissant sa vie sur le sol français. Suite à cet événement, la famille est en quête de reconnaissance de l‘établissement tricolore mais tout ne se passe pas comme prévu… Un réalisme juste mais parfois lourd et éprouvant sur la durée malgré quelques scènes de joies.

Saint Omer d’Alice Diop

Mathias : 8/10

Premier essai du côté de la fiction pour Alice Diop, documentariste reconnue, Saint Omer brouille les cartes et propose une relecture captivante du mythe de Médée, mêlée à une réflexion tout aussi maîtrisée sur le racisme et les stéréotypes. Les deux actrices principales, qui ne s’adressent jamais la parole, crèvent l’écran dans ce drame judiciaire qui interroge nos idées toutes faites et remet en permanence nos certitudes en question. 

Mattéo :

Suivi immersif d’un procès pour condamner l’infanticide qu’a commis une mère sur son nouveau-né. La protagoniste principale, assistant assidûment à ce procès, pour s’en inspirer pour son futur livre, sera témoin d’un retournement de situation convaincant et inattendu. Le rythme global du film se caractérise par sa lenteur qui dilue parfois un scénario intéressant sur une vision très particulière de la maternité.

ShabDakheliDivar de Vahid Jalilvand

Max :

Une telle maestria de scénario se doit d’être saluée : si quelques passages sont plus compliqués à suivre par instants, le film nous tient tout de même accrochés d’un bout à l’autre. Dans les yeux quasi-aveugles du personnage principal, on y voit toute la bonté du monde.

Mattéo :

Une jeune femme recherchée par la police entrera par effraction chez un homme presque aveugle qui avait pourtant décidé de mettre fin à ses jours. Une relation unique se créera entre les deux protagonistes et sera mise en scène d’une manière remarquable. Les acteurs sont justes, les décors sont parfaits et la musique marquante. Une claque monumentale qui m’en a mis plein la vue.

Siccità de Paolo Virzì 

Mattéo :

Rome manque d’eau potable depuis 2 ans car la pluie n’est pas tombée ! Panique générale au sein de la capitale italienne, plus particulièrement chez différents couples ou individus qui vivent la situation différemment mais pourtant, le destin va les unir autour de ce même problème écologique. Dystopie absurde et contemporaine, Siccita est agréable à regarder, drôle par moment mais les attentes que l’on doit avoir à son égard ne doivent pas être élevées. 

Tár de Todd Field

Max :

Cate Blanchett interprète brillamment cette cheffe d’orchestre, mais tous les instruments ne suivent pas. La musique de Mahler retentit, et comme dans le film de Visconti, nous mourrons à Venise (d’ennui).

Mattéo :

À travers une maîtrise quasi-parfaite de son rôle, Cate Blanchett parvient à incarner très justement la vie d’une cheffe d’orchestre, entre ses succès et ses échecs, entre son épanouissement et sa décadence. Le film brille de part son esthétisme, sa réflexion sur l’art et les artistes ainsi qu’une utilisation géniale de la musique. À aller voir absolument au cinéma pour une immersion audiovisuelle plus que réussie. L’envie d’être un violoncelliste dirigé par Lydia Tár n’a jamais été aussi grande.

Matthieu : 9/10

Une œuvre maîtrisée de bout en bout, portée par un montage incisif et millimétré ; Cate Blanchett est transfigurée et littéralement magistrale dans le rôle d’une cheffe d’orchestre se reposant outre-mesure sur son génie. Le film, qui situe son action dans un Berlin ultra-contemporain et aseptisé, brille lorsqu’il confronte son personnage aux bruits, aux menaces sourdes de la ville auxquels elle croit échapper du haut de son pupitre.

The Banshees of Inisherin de Martin McDonagh

Mathias : 8/10

Surprenant que le nouveau film de Martin McDonagh. Après l’immense succès de Three Billboards, le cinéaste plante sa caméra sur les terres hostiles d’une île irlandaise, en pleine guerre civile. Il y filme la fin d’une histoire d’amitié entre Colin Farrell et Brendan Gleeson, impériaux dans ce duel fratricide en forme de parabole. Le film joue sur tous les tons, et se permet quelques exubérances bien venues et parfaitement maîtrisées. La réalisation soignée et les décors naturels parachèvent cette entreprise saugrenue mais réussie.

Max :

C’est toujours un plaisir de voir un film malin, notamment sur le plan de la direction d’acteurs. Cependant, le scénariste se repose trop sur la virtuosité de ses dialogues, et l’histoire aurait gagné à être moins répétitive, plus marquante.

Mattéo :

Deux hommes étaient meilleurs amis jusqu’à ce que l’un d’entre eux décident subitement de ne plus parler à l’autre ! Vivant sur une île isolée irlandaise, les deux meilleurs ennemis optent pour deux visions de la vie bien distinctes et les exprime avec un humour cynique parfaitement maîtrisé. Je mettrai mon doigt à couper que ce film sera apprécié par le public.

Matthieu : 8/10

Ce long-métrage d’époque sur fond de guerre civile irlandaise engage totalement le spectateur grâce son idée de départ aussi simple que déroutante : un homme, du jour au lendemain, déclare à son meilleur ami qu’il ne veut plus lui parler, sans raison apparente. Le duo d’acteurs qui campe des personnages fonctionne parfaitement : l’un étonne par son impassibilité et son attitude extrême face à sa volonté de rompre l’amitié, l’autre émeut par ses tentatives de faire changer d’avis son ancien ami. Il en résulte une œuvre réussie, souvent très drôle et au parti pris esthétique convaincant, qui fait un commentaire intéressant sur l’ennui et la détresse des populations insulaires. 

The Eternal Daughter de Joanna Hogg

Mathias : 7/10

Tilda Swinton se dédouble dans cet étrange film, à la croisée du film d’horreur et du drame familial. Une fille et sa mère séjournent dans un hôtel qui fut autrefois leur maison, et se confrontent à leurs souvenirs alors que la fille réalisatrice tente d’écrire un script sur sa mère. Joanna Hogg poursuit ici son travail d’exploration de la mémoire, dans un film plus sombre et en même temps plus optimiste que The Souvenir. Tilda Swinton brille dans ce double rôle, qu’on dirait écrit pour elle. Un film cryptique mais captivant.

Max :

Après The Souvenir, Joanna Hogg nous condamne de nouveau à un ennui éternel. Une histoire présentée comme un mystère dramatique dans un hôtel hanté : le seul drame, c’est la superficialité du sujet, et le seul mystère, c’est le succès critique du film.

Mattéo :

Ennui éternel devant ce film tout aussi perturbant que soporifique qui a pour seul qualité l’acting de Tilda Swinton. Cette dernière va passer une semaine assez particulière dans un hôtel en compagnie de sa mère. Pourrait endormir le moindre hyperactif.

Matthieu : 6,5/10

La versatilité de Tilda Swinton, ici dédoublée, fait à nouveau mouche dans ce long-métrage qui reprend avec brio l’esthétique de la littérature gothique et fantastique. Le film souffre néanmoins de certaines longueurs et d’un dénouement très cryptique qui font que le spectateur peine à comprendre son intérêt au-delà de sa réussite esthétique, la réalisatrice usant quelque peu en vain des codes des films de fantôme. 

The Son de Florian Zeller

Mathias : 4/10

Après le succès critique de The Father, Florian Zeller échoue complètement à recréer l’exploit et accouche d’un film aussi navrant que raté. Au-delà d’évidentes faiblesses d’écriture, le film tombe trop souvent dans les clichés les plus éculés du cinéma de ce genre, et Florian Zeller fait montre d’une faiblesse criante de mise en scène, inexistante quand elle n’est pas tout simplement mauvaise. Les acteurs n’y croient pas, le jeune Zen McGrath n’y arrive pas, et tous livrent une piètre performance. Pire encore, le film prend le spectateur pour un abruti. Parmi les revirements de situation invraisemblables, il faut particulièrement signaler la fausse fin, cruelle, stupide et totalement ratée. La cerise pourrie sur un gâteau déjà indigeste. 

Max :

Florian Zeller adapte à nouveau une de ses pièces à succès, mais c’est cette fois-ci un échec. The Father était ingénieux et envoûtant, mais The Son n’a pas hérité de ses gènes ; le pathos est dégoulinant, et le tout très décevant.

Mattéo :

Entre musique répétitive d’Hans Zimmer et plans classiques sur des bureaux d’affaires de New York, Hugh Jackman a du mal à être juste quand il s’agit de sauver son fils de la dépression. Le fond du film n’est pas inintéressant mais la volonté d’en faire un blockbuster lui faire perdre de sa substance. Certaines scènes sont touchantes, d’autres sont ridicules voire sadiques. Aller le voir avec son fils serait une erreur que je vous déconseille fortement. 

Matthieu : 5/10

Les tentatives du réalisateur de représenter de manière réaliste les difficultés et les injustices de la dépression à la fois pour celui qui la vit et son entourage tombent à plat en raison d’un jeune acteur principal peu convaincant et d’un dénouement qui se permet de jouer à outrance avec les émotions du spectateur en plus d’être cruel avec ses personnages, les laissent dans un désarroi complet, là où The Father s’achevait sur une note d’espoir.

The Whale de Darren Aronofsky

Mathias : 8/10

Darren Aronofsky revient en forme et clivant avec ce huis clos captivant sur Charlie, un homme atteint d’obésité morbide ne sortant plus de chez lui, avant que la visite de sa fille perdue de vue ne vienne raviver en lui la vigueur qu’il pensait éteinte à tout jamais. Un dernier tour de piste pour un film qui tend à explorer la libération de l’entrave corporelle, au sens propre cette fois, et qui suit un homme que le malheur a piégé dans son propre corps. Très émouvant, The Whale évite pourtant le piège du tire larmes en jouant sur d’autres registres et introduit des personnages secondaires qui contrastent avec la tragédie de l’immobilité. The Whale, c’est enfin ce personnage principal monstrueux et pourtant si humain. Brendan Fraser, constamment juste et à l’aise dans tous les registres, devient ici un sérieux concurrent pour les Oscars. 

Max :

Absolument bouleversant. Tout est immense chez Brendan Fraser, son talent par-dessus tout. Les baleines sont d’une grandeur prodigieuse, le film aussi.

Mattéo :

Devenu obèse au stade où il est sur le point de mourir, Charlie renoue un ultime lien avec sa fille qu’il a pourtant abandonnée. Dans ce huis-clos très théâtral, le réalisateur Darren Aronofksy a réussi à concevoir mon film préféré du Festival. Entre authenticité dérangeante et amour inavoué entre un père et sa fille, le film est un moment inoubliable de cinéma porté par une prestation fantastique de Brendan Fraser. À voir sans collation à se mettre sous la dent. 

Matthieu : 7/10

Tout à la fois bouleversant et léger, monstrueux et profondément humain, ce huis-clos met en scène un homme dans ses derniers retranchements, aliéné à son corps et défait par une tragédie personnelle, mais qui essaie malgré tout, dans un dernier élan de vie, de s’accrocher aux choses/personnes qu’il n’a pas encore perdues. La force du film réside alors dans la résolution, la sagesse et la compassion dont fait preuve le protagoniste vis-à-vis de lui-même et de ses proches. À cet égard, la performance saisissante de Brendan Fraser touche le spectateur en plein cœur et empêche le film de tomber outre-mesure dans le tire-larmes. 

Un couple de Frederick Wiseman

Mathias : 6/10

Grand habitué des documentaires, Frederick Wiseman fait ici un (presque) pas de côté pour signer une fiction qui touche aux limites du documentaire, du théâtre et du cinéma. Un film expérimental dans lequel l’actrice, Nathalie Boutefeu, déclame face caméra son amour à Tolstoï, aux travers des missives que le célèbre couple a échangé de son vivant. Un film âpre, forcément bavard, qui expose au grand jour les affres d’un couple et qui trouve un écho universel surprenant et se transforme graduellement en exposé sur le sentiment amoureux. Difficile d’accès mais formellement expérimental. 

Max :

Si Usain Bolt défie la vitesse de pointe du corps humain, Frédérick Wiseman nous propose l’inverse : 60 minutes mortelles qui semblent en durer 300, au cours desquelles il filme mollement une série de monologues. Un film à aller voir en couple si vous voulez punir votre partenaire.

Mattéo :

1h de cinéma ressenti 1 journée : à fuir si vous estimez que 64 minutes au sein de votre journée semblent être précieuses à vos yeux. 

White Noise de Noah Baumbach

Max :

Ce film d’ouverture est un spectacle ambitieux, dont Adam Driver est la pièce centrale. Cependant, ce scénario contraste avec les précédents du réalisateur, marqués par leur originalité et subtilité, tandis qu’on s’interroge cette fois-ci sur l’envie de Noah Baumbach de nous proposer cette étrange adaptation, allant dans tous les sens (et pas souvent les bons).

Mattéo :

C’est avec un film au titre intriguant et sensoriel qu’Adam Driver incarne le père d’une famille traversant doutes existentiels et catastrophes naturelles. Noah Bumbach tente de trop solliciter son spectateur qui, malgré une mise en scène singulière, peine à trouver une homogénéité à toutes les idées mises en œuvre. C’est bien dommage que le réalisateur n’ait pas réussi à nous driver correctement.

Aude :

Film d’ouverture de la 79ème édition de la Mostra de Venise, casting alléchant avec Adam Driver et Greta Gerwig comme duo parental, affiche et synopsis intrigants, White Noise avait tout pour plaire. Malgré une mise en scène intéressante, le film est déplaisant à regarder tant l’histoire confuse et le rythme effréné viennent perdre le spectateur. On en ressort avec entre nos mains un mélange des genres raté. Cependant, le générique de fin est absolument superbe et nous rappelle que la seule chose intéressante que l’on peut garder de ce film est bien son esthétique. 

Matthieu : 5/10

Ce film d’ouverture dissonant, qui se veut être un miroir, entre autres, de nos réactions contemporaines face à la crise du COVID-19, est desservi par un ton inconsistant et un côté très bavard et explicatif de ses intentions, malgré un récit par moments convaincant centré autour d’un couple tentant désespérément de remédier à une angoisse existentielle liée à la peur de la mort. 

World War III de Houman Seyyedi

Mattéo :

Ayant perdu sa femme et sa fille dans un tremblement de terre, un ouvrier iranien tente de subvenir aux besoins de sa nouvelle compagne sourde et muette. Pour y parvenir, il va devoir être figurant sur un tournage dépeignant la cruauté d’Hitler pendant la WW2. Rassurez vous, le film monte en intensité et c’est entièrement pour nous déplaire.

Le palmarès rêvé de Max :

  • Lion d’or (meilleur film) : The Whale
  • Lion d’argent (meilleur réalisateur) : Alejandro G. Inárritu (Bardo)
  • Grand prix du jury : Argentina, 1985
  • Prix spécial du jury : Shab, Dakheli, Divar (Beyond the wall)
  • Golden Ostella (meilleur scénario) : L’immensita
  • Volpi cup acteur : Brendan Fraser (The Whale)
  • Volpi cup actrice : Trace Lysette (Monica) ou Ana de Armas (Blonde).
  • Meilleur espoir : Leonardo Maltese (Il signore delle formiche)

Le palmarès rêvé de Mathias :

  • Lion d’or (meilleur film) : Blonde
  • Lion d’argent (meilleur réalisateur) : Alejandro G. Inárritu (Bardo)
  • Grand prix du jury : The Banshees of Inisherin
  • Prix spécial du jury : Saint Omer
  • Golden Ostella (meilleur scénario) : L’Immensità
  • Volpi cup acteur : Brendan Fraser (The Whale)
  • Volpi cup actrice : Trace Lysette (Monica)
  • Meilleur espoir : Leonardo Maltese (II signore delle formiche)

Merci à nos envoyés spéciaux, Max, Mattéo, Matthieu, Mathias, Aude-Charlotte et Madeleine.

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