Decision to leave : Le match de nos critiques

Pour : Manon Videau

Hae-joon, enquêteur talentueux à la morale irréprochable se retrouve à enquêter sur la mort d’un alpiniste. Intrigue classique du policier face à l’affaire tourmentant l’entièreté de sa carrière, le policier est alors confronté au personnage ambivalent de la veuve du mort, Seo-rae. Chinoise alors que son mari était coréen, Seo-rae a un passé aussi trouble que le brouillard qui surplombe la ville. Cette belle jeune femme vient alors compromettre l’intégrité professionnelle et déstabiliser la minutie de Hae-joon. Les dépositions de Seo-rae, censées permettre de faire la lumière sur la mort de son mari, prennent au fur et à mesure des accents romantiques. L’enquête devient presque un accessoire de la relation naissante entre les deux individus. La pente glissante sur laquelle s’aventure le policier transporte le spectateur qui au fil des plans ne sait plus vraiment quoi penser ou qui croire. 

Chaque séquence du film nous plonge alors dans la peau d’un enquêteur. C’est avec beaucoup de génie que Park Chan Wook nous ensorcelle à l’instar de l’influence que Seo-rae a sur Hae-joon. Les plans sont d’une beauté déconcertante. Le lugubre et le macabre ponctuent ce film qui pourtant demeure captivant, fascinant, voire magnifique. Les genres se confondent. Decision to leave est marqué par ses influences variées. Entre un thriller et un drame romantique, ce film offre également un voyage en Corée d’une splendeur qui dépasse les limites du dicible. Au fil des scènes, on aime détester Seo-rae. La compromission de Hae-joon et sa descente aux enfers se ressentent intensément par les diverses perspectives de narration. L’enchaînement parfois hectique des points de vue offre par ailleurs une expérience sensorielle et émotionnelle excellente. 

Tout le talent de Park Chan Wook est de rendre romantique le funèbre. Son talent également est de prendre une trame au classicisme évident et assumé tout en rendant l’expérience spectateur relativement incroyable. Le virage artistique de Park Chan Wook ne fait pas toujours l’unanimité mais il reste très largement apprécié. Le gore et le grandiose s’effacent pour un cinéma plein de suggestions qui transporte tout autant. Enfin, les influences de Sueurs Froides et Basic Instinct sont également très largement reconnaissables. Cela donne à Decision to Leave un côté familier et nous offre une exploration nostalgique de notre imaginaire cinématographique. Néanmoins, le film ne manque pas de cultiver malgré tout son unicité. 

La sortie de cette salle obscure marque la fin d’une belle expérience artistique magnifiquement troublante.  

Contre : Mathias Chouvier

Habitué des innovations formelles (tout le monde se souvient de la scène du couloir dans Old Boy), Park Chan Wook revient cette année avec Cannes et ne déçoit pas. Du moins esthétiquement. Passé le bluff des quelques scènes visuellement impressionnantes, Decision to leave s’avère bien décevant, tant il ne parvient jamais à exister au-delà du film noir à esbroufe qu’il voudrait tellement ne pas être.

Hae-joon, un inspecteur chevronné et rigoriste, enquête sur un suicide qui ne ressemble pas à un suicide, mais qui ne peut être qu’un suicide. Problème, l’inspecteur en question tombe peu à peu sous le charme de la suspecte principale, Seo-rae, la femme du suicidé. Si le point de départ est intéressant, le réalisateur prend grand soin de tuer toute forme de suspens dans cet improbable drame romantique, au profit de circonvolutions scénaristiques aussi inutiles que tirées par les cheveux. Dans un scénario à tiroirs dont il a le secret, PCW lorgne outrageusement du côté de Basic Instinct et Vertigo pour en extraire le pire et mixer le tout dans une romance froide et insipide portée par deux très bons acteurs dont l’alchimie est aussi écrasante qu’une plume.

Alors que la solution apparaît clairement sous nos yeux, le film tente de se réinventer en deuxième partie, avant de reprendre un chemin similaire, plus nébuleux encore, dans une seconde intrigue censée relancer l’enquête mais qui se révèle tout aussi mollassonne. Le tout se terminant par vingt minutes de mélodrame pur, dans une scène de fin esthétiquement épatante mais scénaristiquement navrante, qui n’essaye même pas de nous convaincre de son bien fondé. Une illusion ultime traduisant le manque de cohérence d’un long-métrage qui se voulait être un grand film à enquête, et dont le produit fini tient plus de la bluette romantique profondément ennuyeuse, où ni les suspects, ni les victimes, ni même l’enquête n’ont d’importance. Même la mise en scène que l’on trouvait esthétiquement irréprochable au début devient le témoin d’un film qui se cherche, enchaînant les innovations stylistiques sans lien ni recherche de lien.

Alors que reste-t-il de Decision to leave lorsqu’on quitte la salle ? L’impression d’un très beau gâchis, un film frigide et raté pour un réalisateur qui nous avait habitué à filmer la passion et la fureur comme personne.

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