Festival de Cannes 2022 : Le bilan de nos membres

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Coupez! de Michel Hazanavicius

Mathias : 6/10

Un premier tiers perturbant, un deuxième tiers assez pénible et un troisième tiers franchement génial. Ce remake presque plan pour plan de Ne Coupez Pas, film japonais connu des amateurs, ne déçoit pas mais ne surprend pas non plus. A son meilleur, il est une excellente comédie doublé d’une déclaration d’amour à l’amateurisme cinématographique. A son pire, ce n’est qu’un remake dispensable. A voir pour les trente dernières minutes donc, toutefois gâchée par une scène finale niaise et inutile. 

Alexandre : 7/10

J’ai vu dans Coupez! un hommage au cinéma et aux tournages, à la débrouille. La dernière demi-heure est sincèrement hilarante. Cependant cela ne suffit pas à hisser le film au-delà d’un divertissement de qualité. Le début du film est laborieux et heureusement que la fin est là pour donner satisfaction sinon il aurait été dur de ne pas sortir du film en colère. Pour donner de la profondeur Hazanavicius a choisi de se concentrer sur l’histoire d’un père et de sa fille, mais sans réussir à tomber dans un vu et revu du père qui décide de changer ses habitudes pour obtenir l’admiration de sa fille. De plus le seul élément intéressant de cette histoire est complètement gâché par un appel de phare explicatif dans les derniers plans du film qui laisse penser que le cinéaste juge que son audience est débile.

Frère et soeur d’Arnaud Desplechin

Mathias : 7/10

Retour d’Arnaud Desplechin en sélection officielle avec cette chronique familiale étrange, qui a laissé de marbre la presse internationale. Une histoire de haine entre un frère et une soeur, où règne une atmosphère presque fantastique et dont la théâtralité presque excessive dérangera les plus réfractaires. Les habitués du cinéaste y reconnaîtront cette patte si particulière, dans une partition solidement portée par Marion Cotillard et Melvil Poupaud.

Don Juan de Serge Bozon

Mathias : 4/10

Serge Bozon adapte Don Juan à sa sauce, après s’être attaqué à la légende Jekyll/Hyde. L’idée n’est pas mauvaise, le casting non plus (mention spéciale à Alain Chamfort et sa prestation surprenante) mais le scénario inutilement alambiqué rend le film trop souvent indigeste quand il n’est pas simplement ennuyeux. La réalisation du cinéaste, ici plus inspirée qu’à l’accoutumée, apparaît pourtant brouillonne. On en ressort avec la désagréable impression d’avoir été floué. 

Alexandre : 8/10

Une réinvention moderne et foncièrement originale de l’histoire classique de Don Juan qui m’a plu pour son originalité autant de la forme que le fond. Le côté méta de l’histoire, le pathétique du héros, l’humour absurde, combinés à une mise en scène aux plans méticuleux et de plans fixes qui peuvent sans doute en dérouter certains mais c’est un parti pris que j’admire et qui pour moi fonctionne. Au-delà du duo Efira-Rahim qui tous les deux livrent de belles performances, mention spéciale à Alain Chamfort dont le personnage presque fantastique ajoute une profondeur au récit qui n’est possible que grâce à son interprétation ultra charismatique. Don Juan est plus un film chanté qu’une vraie comédie musicale, et si les chansons sont belles, il m’en manquait peut-être de ce côté-là.

Tchaikovsky’s wife de Kirill Serebrennikov

Mathias : 8/10

Les Festivals de Cannes se suivent et se ressemblent avec un autre chef d’oeuvre signé Kirill Serebrennikov. Dans cet opéra baroque, le cinéaste russe détourne la figure du célèbre compositeur pour s’intéresser à sa femme, une passionnée engagée trop vite dans un mariage sans amour possible. Un film sublime, porté par la réalisation crépusculaire de Serebrennikov (et ses incroyables transitions), mais aussi et surtout par la prestation démentielle d’Alyona Mikhaylova qui n’aurait pas volé un prix d’interprétation féminine. 

Pierre : 8/10

Après La Fièvre de Petrov présenté l’année dernière, Kirill Serebrennikov est déjà de retour en compétition cette année avec La Femme de Tchaikovsky. Comme son nom l’indique, le film suit la vie d’Antonina Milioukova, sa rencontre, son mariage et ses déboires avec le célèbre compositeur russe. Comme toujours avec Serebrennikov, le film est sublime : éclairage, caméra et montage (notamment les transitions) époustouflent le spectateur de bout en bout. Les acteurs aussi sont épatants, notamment l’actrice principale qui ne volerait pas un prix d’interprétation féminine. En somme, un excellent film.

Hadrien : 8/10

Avec son nouveau film, Serebrennikov arrive à se renouveler une nouvelle fois et vient ajouter a sa filmographie un film d’époque à la reconstitution époustouflante tout en continuant à exploiter ses artifices de mises en scènes fétiches, transcendant un exercice souvent ennuyeux.

Armageddon Time de James Gray

Mathias : 8/10

Retour en grâce pour James Gray sur la Croisette, avec ce très beau film en grande partie autobiographique. Gray ausculte l’apprentissage tumultueux de l’ado qu’il était dans une période de troubles mondiaux et hormonaux. Un film sublime, léché et d’une grande justesse, qui vous laisse pourtant l’impression de ne faire que passer. Pas inoubliable donc, mais sans aucun défaut ou presque. 

Pierre : 7/10

Comme son compatriote Paul Thomas Anderson, James Gray réalise cette année un film inspiré de sa jeunesse. Le spectateur suit donc Paul Graff, alter ego du réalisateur, jeune garçon turbulent d’une famille moyenne résidant à New-York au début des années 80. Son comportement lui vaudra d’être passé d’une école publique à une école privée chapeautée par la famille Trump, lui ouvrant ainsi les yeux sur des sujets qu’il ignorait jusqu’alors. Sans être mémorable, le film vaut surtout la peine d’être vu pour la reconstitution de l’ambiance du New-York des années 80 et une touchante relation grand-père/petit-fils. Au milieu d’un très bon casting, on louera notamment la performance d’Anthony Hopkins, que l’on aimerait voir repartir avec le prix d’interprétation masculine.

Alexandre : 8/10

Une histoire classique mais très touchante. Un scénario solide manipulé par un cinéaste qui sait quelle ficelle tirer à quel moment, servi par une mise en scène de maître. Les deux acteurs principaux sont marquants par leur jeu et leur complicité. La psychologie de leur personnage permet une vraie profondeur dans le traitement de l’histoire. Les nombreux détails sur les lieux, les décors et les tenues rendent l’univers palpable, familier et cela permet à l’émotion de s’installer mieux encore. La scène du discours sur les mensch est l’une de celles qui vous donneront au moins les larmes aux yeux. Anthony Hopkins est encore une fois magistral, mais entouré d’un ensemble de comédiens qui ne déméritent absolument pas.

Hadrien : 7/10

La plongée dans dans le New York des années Reagan est méticuleusement mis en scène par un James Gray nous offrant ici sa partition la plus personnelle. La dimension autobiographique évite l’écueil d’un simple flashback s’apparentant à une image d’Épinal de son enfance et au contraire nous emporte dans un univers marqué par la pauvreté et le racisme, nous rappelant intelligemment la réalité de ces années fantasmées.

Sick of myself de Kristoffer Borgli

Mathias : 8/10

Excellente surprise pour ce film norvégien dont on attendait pas grand chose, et qui prouve après Julie en 12 chapitres l’an dernier la vivacité folle du cinéma norvégien. Dans un parallèle parfait avec le film de Joachim Trier, on y suit le portrait d’une trentenaire narcissique qui a tout raté, coincée dans une relation toxique avec un artiste en devenir et prête à tout pour obtenir de l’attention. Une comédie noire brillante, qui ose s’affranchir de tous les tabous et se moque allègrement de notre société. L’actrice principale, Kristine Kujath Thorp, réussit l’exploit d’émouvoir quand on devrait la détester. 

Hadrien : 8/10

Meilleure découverte de ce festival, Sick of myself est une petite pépite norvégienne traitant de la vie d’un couple de trentenaires d’Oslo. Ne cherchez pas plus loin, les ressemblances avec Julie en 12 chapitres s’arrête là, car le film prend un tournant résolument trash et provocateur se moquant allègrement de l’égocentrisme chronique de ses personnages en déployant un humour noire frénétique aussi féroce qu’hilarant.

Fumer fait tousser de Quentin Dupieux

Mathias : 5/10

Nouveau Dupieux, casting brillant (Anaïs Demoustier, Vincent Lacoste, Jean-Pascal Zadi), et film inégal. L’inconvénient du film à sketchs, c’est qu’on prend le risque de décevoir sur certaines parties (cf The French Dispatch). Pas loupé pour Dupieux non plus, qui réussit autant qu’il échoue, dans cet assemblage maladroit de vannes plus ou moins drôles dont l’intérêt apparaît vite comme inexistant. Pas dénué de charme, clairement dénué d’homogénéité. 

Pierre : 3/10

Passez votre chemin, n’allez pas voir le nouveau nanar signé Dupieux. Ultra prolifique ces dernières années (presque deux films tournés par an), le DJ-cinéaste ferait mieux de privilégier la qualité à la quantité. Fumer fait tousser est un enchaînement de sketchs sans intérêt. L’humour, supposément absurde, du film donne surtout l’impression que les vannes ont été écrites en 20 minutes par deux lycéens sous cannabis tant leur niveau est affligeant. Même si on y retrouve une pléiade d’acteurs en vue, ils sont en tel sous-régime que le plus convaincant reste encore Alain Chabat prêtant sa voix à un rat atteint d’hypersalivation. Naze.

Alexandre : 5/10

C’est quelque chose d’encourageant de voir que l’on continue de donner autant de moyens à un cinéaste comme Dupieux qui offre si ce n’est des bons films, des idées vraiment originales. Cependant l’originalité ne suffit pas et Fumer fait tousser en est l’illustration parfaite. Le film ne présente pas grand intérêt, l’humour est à peine drôle et souvent facile, mis à part certains passages. On sent un vrai manque d’inspiration. Un film très oubliable, dans la lignée de Mandibules, la fraîcheur en moins.

Hadrien : 7/10

Dernière réalisation en date d’un Quentin Dupieux résolument actif, cette comédie surréaliste met en scène un groupe de super héros inspiré directement des séries super sentai nipponne qui avaient connu leurs heures de gloires en France avec la série Bioman (1987). Reprenant les codes de ces séries, Dupieux parviens à construire un univers coloré ultra kitsch, terrain idéal pour y déployer sa folie comique. S’articulant comme un film à sketchs, on a le droit à une poignée d’histoires très drôles tout en rendant hommage au slasher et d’autres genres cinématographiques qui lui tiennent à cœur.

Holy Spider d’Ali Abbasi

Mathias : 7/10

Thriller solide mais classique dans sa construction, Holy Spider suit la traque d’un tueur de prostituées à Mashhad en Iran, alors qu’une journaliste prend tous les risques pour découvrir son identité. Sur le fond, le film est captivant, tant sur ce qu’il dit de l’hypocrisie iranienne que du portrait de femme qu’il dresse. Sur la forme, rien de neuf, des scènes très crues et parfois gratuites, et quelques trous dans la raquette niveau scénario. Mention spéciale toutefois à la scène finale qui se révèle glaçante. 

Pierre : 8/10

Le nouveau film d’Ali Abbasi, qui avait reçu le prix un certain regard pour Border en 2018, suit une journaliste enquêtant sur les meurtres de plusieurs prostituées à Mashhad, ville sainte iranienne, au début des années 2000. D’emblée, le film est ultra glauque, entre une violence très graphique et une musique très réussie mais particulièrement dérangeante. Mais l’horreur atteint son paroxysme lorsqu’une partie de la population loue le meurtrier qui « purifie » par son action la ville de femmes dépravées. Véritable coup de poing, on voit mal ce thriller se transformant avec brio en film politique repartir les mains vides.

Hadrien : 8/10

Plongée fascinante dans les nuits iraniennes marquées par la violence et le désespoir. Le film met en scène une journaliste marginale enquêtant sur une série de meurtres commis sur des travailleuses du sexe. Au lieu de se focaliser uniquement sur l’enquête, on suit de près les atrocités commises par le meurtrier, montrant sans concession le visage d’une société iranienne profondément violente à l’égard des femmes. Le film se démarque grâce au contexte politique iranien qui s’insinue dans l’enquête donnant au film une dimension sociétale inédite pour un film du genre.

Stars at noon de Claire Denis

Mathias : 2/10

Il est là, le navet de la sélection officielle. On s’y attend souvent de la part de Sean Penn, mais venant de Claire Denis c’est une vraie surprise. Stars at noon est une quête interminable et incompréhensible, un ballet de personnages tous plus inutiles les uns que les autres, et portés par deux acteurs au charisme quasi inexistant. Des dialogues navrants à la musique d’ascenseur en passant la réalisation fade, le film est un plantage total. Qu’il ait obtenu le Grand Prix reste encore à cette heure un mystère.

Pierre : 3/10

Claire Denis en roue libre. Après l’OVNI High Life, voici le navet Stars at Noon. Une journaliste américaine ne pouvant quitter le Nicaragua car son passeport est détenu par les autorités rencontre, tombe amoureuse et s’enfuit avec un anglais. Enfin peut-être, parce que le scénario est si peu clair que l’on n’a strictement rien compris. Paraît-il que c’est fait exprès, en tout cas c’est sans intérêt. Rajoutez à cela des dialogues affligeants («You’re so white… It’s like being fucked by a cloud »), une musique digne de la ligne téléphonique de la caisse primaire d’assurance maladie, et une scène de sexe toutes les quinze minutes pour tenter de rythmer le tout, et vous obtiendrez 2h15 qui en paraissent 5.

Hadrien : 4/10

As Bestas de Rodrigo Sorogoyen

Mathias : 8/10

Retour gagnant pour Rodrigo Sorogoyen, la nouvelle star du cinéma espagnol, avec As Bestas, thriller rural âpre mais sublime. Porté par Marina Foïs et Denis Ménochet, surprenants en paysans exilés, le film suit la tension qui monte entre voisins dans un village perdu de Galice. Suspens redoutable, structure narrative étonnante et réalisation magistrale, As Bestas réunit tous les éléments d’un très grand thriller. Reste que le film est sans doute un peu trop long pour son propre bien. 

Pierre : 8/10

Dommage que le film n’ait pas eu les honneurs de la compétition, car il aurait largement eu ses chances pour la récompense suprême. Un couple de français (Denis Ménochet et Marina Foïs) reconverti dans l’agriculture s’est installé dans un petit village de Galice. Sauf que certains voisins ont du mal à accepter ces nouveaux habitants et leur refus de vendre leurs terres pour installer des éoliennes. Ce « Petits secrets entre voisins » version thriller est épatant : les acteurs sont excellents (mention spéciale pour Luis Zahera, terrifiant), la musique haletante, la mise en scène au cordeau, les difficultés de la vie rurale passionnantes… Seul petit bémol, le film perd un peu de son souffle dans les 35 dernières minutes. Un défaut mineur pour un excellent film.

Hadrien : 6/10

Revoir Paris d’Alice Winocour

Mathias : 5/10

Difficile travail que celui d’Alice Winocour dans Revoir Paris, qui avait pour ambition de dresser le portrait d’une survivante des attentats du 13 novembre pour mieux suivre sa reconstruction, du moins ses tentatives. Résultat, le film est sans doute touchant mais un peu anecdotique, la faute à un scénario qui privilégie l’enquête au sentiment, et le futile à l’essentiel. Trop de petites pistes narratives inutiles, trop de péripéties inconséquentes et une réalisation académique pour ne pas dire inexistante. Reste la performance assurée, comme toujours, de Virginie Efira.  

Pierre : 7/10

On avoue y être allé quelque peu à reculons. Mais chaque Festival de Cannes amène une bonne surprise inattendue : cette année il s’agit de Revoir Paris d’Alice Winocour, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. On y suit Mia (Virginie Efira), tentant de reconstruire sa vie après avoir avoir réchappé à un attentat. Sujet lourd, mais le film ne plonge pas dans le pathos pour autant (à de très mineurs écarts près). Le scénario est erratique, comme la vie de Mia, entre tentative d’oublier et besoin de se souvenir. Un beau film sur la difficulté de surmonter un traumatisme.

Alexandre : 7/10

Avec un sujet pareil, il était difficile de ne pas foncer la tête baissée dans le tire-larmes, l’émotion appuyée avec outrance. Pourtant le dernier film d’Alice Winocour réussi à être sensible, touchant sans jamais être larmoyant. Virginie Efira tient encore une fois avec talent le rôle principal. Après un début assez incroyable de tension, le film souffre parfois de baisse de rythme, et les interludes avec des personnages secondaires qui sont moins captivants que d’autres. La dernière scène est un symbole fort, elle conclut parfaitement un film bouleversant.

Hadrien : 5/10

Si le film démarre de manière impressionnante en nous plongeant au cœur de l’horreur des attentats du 13 novembre 2015 comme cela n’a été jamais montré jusqu’à lors, l’intensité retombe pour laisser place à un récit de reconstruction des victimes qui échoue à éveiller l’intérêt chez le spectateur malgré la présence de Virginie Efira et Benoit Magimel au casting.

Men d’Alex Garland

Mathias : 8/10

Très attendu, le nouveau film d’Alex Garland (Ex Machina) ne déçoit pas et propose une horreur réinventée, qui se saisit des problèmes de société tout en parvenant à effrayer. Dans Men, les monstres sont les hommes avec un petit h, ceux de la vie de l’héroïne qui l’ont poussée dans ses retranchements. Un film véritablement terrifiant, qui vire à la folie pure dans les 20 dernières minutes. Le propos aurait cependant pu être légèrement moins appuyé. 

Pierre : 5/10

Nous sommes un peu déçus, il faut l’admettre. Après Ex Machina et Annihilation, Men, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, était un des long-métrages que l’on attendait le plus de ce Cannes 2022. Après la mort de son (ex?)-mari, Harper se réfugie dans la campagne anglaise pour tenter de surpasser ce traumatisme. Malgré la beauté des environs, les choses tournent rapidement au cauchemar… Comme son nom l’indique, Men se rêve en critique acerbe du comportement des hommes à l’égard des femmes. En résultent quelques moments d’horreur très bien pensés et franchement réussis. Mais le film pêche toutefois par excès et se perd dans un symbolisme sans nuance. Moyen, sans être mauvais.

Alexandre : 8/10

Un film A24 comme on l’attend. Après un début plutôt mou qui permet au cadre de s’installer on retrouve un film angoissant, original et parfois amusant qui traite de son sujet avec une certaine intelligence. L’auteur puise énormément dans les références bibliques et païennes et donnent un côté mystique rafraichissant pour un récit qui aurait pu être terne autrement. Si le titre et l’objet du film sont évidents, le traitement de l’histoire parvient à éviter de tomber là où on aurait pu l’attendre. La fin est particulièrement intéressante, inattendue et donne toute sa substance au film en faisant briller l’écriture méticuleuse d’Alex Garland. Les performances des deux acteurs principaux élèvent aussi le niveau du film et permettent à l’ambiance d’être très crédibles.

Hadrien : 7/10

Récit imparfait des tourments d’une trentenaire venant de traverser une séparation difficile. Le film brille par instants grâce à l’atmosphère oppressante insufflée par le réalisateur, entachée cependant par la présence d’iconographies cliché du cinéma d’horreur mélangeant allègrement catho porn, rites païens et home invasion venant alourdir l’ensemble inutilement. Défauts vite balayés par un final intense qui restera sans doute imprimé dans vos rétines pour longtemps.

War Pony de Riley Keough et Gina Gammell

Mathias : 7/10

Une caméra d’or méritée pour cette première réalisation signée Riley Keough et Gina Gammell qui met en lumière le destin de deux adolescents vivant dans une réserve indienne aux Etats Unis. Un film légèrement inconséquent mais qui a le mérite de mettre en lumière une minorité pratiquement inexistante dans le cinéma américain, et qui sait surtout construire des personnages forts et attachants, dont on suit les péripéties avec envie. 

Pierre : 6/10

Riley Keough (avec Gina Gammell) passe de l’autre côté de la caméra dans War Pony. Le film suit en parallèle Bill et Matho, deux jeunes américains de 23 et 12 ans, vivant dans la réserve indienne de Pine Ridge. Le premier veut tenter de réussir, le second ne pense qu’à imiter les grands, toutes dérives en tête. A l’instar de ceux d’Andrea Arnold, le long-métrage cherche à mettre la lumière sur des laissés pour compte trop peu représentés. Sans révolutionner le cinéma américain indépendant, le film touche parfois, notamment dans ses scènes avec Bill (Jojo Bapteise Whiting). Il traîne malheureusement un peu en longueur et manque de profondeur sur la place des réserves indiennes aux Etats-Unis.

Alexandre : 8/10

War Pony est un film particulier. N’allant jamais trop loin dans une direction où une autre il nous invite à suivre la vie d’un enfant et d’un très jeune père dans des quartiers oubliés du fin fond de l’Amérique. La force du film ce sont ses personnages, et l’empathie que l’on développe pour eux. À la frontière du docu-fiction, le film est saisissant par son honnêteté, ne portant jamais de jugement sur ses personnages.

Hadrien : 5/10

Triangle of Sadness de Ruben Östlund

Mathias : 9/10

Palme d’or surprise pour ce film qui a divisé, entre partisans de la farce potache et détracteurs du vulgaire et de l’inconséquent. Triangle of Sadness est un pur délice d’humour noir, qui assume frontalement son manque de finesse pour se vautrer dans la fange et mieux revendiquer sa vulgarité. On y voit au choix une satire brillante qui n’épargne personne ou un coup d’épée dans l’eau. Pour les plus réceptifs, le film est un pur régal. 

Pierre : 4/10

Après sa palme pour le déjà pas terrible The Square, Ruben Östlund revient en compétition officielle (et décroche une nouvelle fois la Palme d’or) avec Triangle of Sadness. Comme à son habitude, le metteur en scène s’amuse à ridiculiser la société capitaliste, cette fois-ci à travers un couple de mannequins qui s’embarque sur une croisière de luxe. Le film s’en sort à merveille et se révèle très drôle pendant la première heure. Sauf que suite à une séquence pipi-caca digne d’un enfant de cinq ans, les cartes sont rebattues et le film s’enfonce dans les méandres du ridicule. Dommage, pas sûr qu’il y avait vraiment là de quoi permettre à Ruben Östlund de rejoindre le club très sélect des doubles-palmés.

Hadrien : 6/10

Les Amandiers de Valeria Bruni-Tedeschi

Mathias : 7/10

Il y avait des raisons d’avoir peur au regard des précédentes réalisations de Valeria Bruni-Tedeschi, mais Les Amandiers est finalement une excellentes surprise. Loin de l’autosatisfaction que l’on pouvait craindre, le film, largement autobiographique, est une belle ode à la jeunesse et à l’insouciance. Le récit de l’initiation au théâtre de la cinéaste par Patrice Chéreau s’inscrit dans un récit plus large, celui d’une époque de liberté et de risques, qui souffre de quelques faiblesses d’écriture certes (cf le personnage d’Etienne), mais réalisé avec amour et nostalgie. Le jeune Nadia Tereszkiewicz y livre une prestation remarquable. 

Pierre : 5/10

Il nous est difficile d’avoir un avis tranché sur Les Amandiers, le nouveau film de Valeria Bruni-Tedeschi, présenté en compétition. On y suit une troupe d’étudiants au sein de l’école du théâtre des Amandiers à Nanterre. D’abord, il faut remarquer le mieux par rapport à son film précédent, Les Estivants : l’esthétique du film est très soignée, les années 80 sont fidèlement retranscrites et la mise en scène épouse parfaitement les élans de vie incontrôlables des jeunes acteurs et actrices. Toutefois, le fond nous a semblé très faible, si ce n’est affligeant. Même si le scénario est inspiré de la vie de la réalisatrice, tous les rôles des étudiants acteurs sont caricaturaux au possible : parmi d’autres, on notera la jeune ultra-riche qui s’émeut de découvrir la misère au sein de sa promotion, l’adolescente enceinte dont le mari est mort, le jeune papa de 19 dont la femme est atteinte du SIDA (et qui l’a peut-être transmis au reste de la promotion), le beau brun camé, plus torturé qu’un Edward Cullen des grands soirs, et dont ne peut s’empêcher de s’éprendre l’héroïne… Au milieu ce bestiaire grotesque, seul Louis Garrel épate, en campant un odieux Patrice Chéreau. Pas suffisant pour en faire un bon film toutefois.

Alexandre : 6/10

Je suis entré dans la salle pour voir Les Amandiers avec beaucoup d’attente, suite à l’excellent bouche à oreille qui a entouré sa projection officielle. C’est peut-être pour cela que je n’ai pas su être touché par un film qui propose d’excellents éléments, notamment la performance intense et impressionnante de Nadia Tereszkiewcz avec un ensemble d’acteurs très solides. Une photographie élégante et quelques belles fulgurances dans l’écriture : les scènes de répétitions, le casting au début du film, les déboires avec le SIDA… Mais le personnage d’Étienne et l’histoire d’amour au cœur du récit m’ont laissé de marbre avec peu de choses qui nous permettent d’avoir de l’empathie et de la sympathie. Ce personnage ne montre que la même facette tout le long, et il est dur d’imaginer que Stella et Étienne avaient la moindre chose en commun, ou la moindre discussion puisque ce dernier ne fait que baisser la tête en murmurant comme un gangster pendant 2h06 et en la forçant presque à l’embrasser lors de leur rencontre… Le film ambitionne également de montrer l’essence du métier de comédien mais avec trop peu de nuances et en ne montrant que le côté exubérant de ces personnalités-là : tous sont très extravertis et égoïstes, drogués, comme si être fou ou torturé était la condition sine qua none pour pouvoir se livrer avec abandon et intensité au métier de comédien. Un film inégal, mais pas inintéressant.

Hadrien : 8/10

Eo de Jerzy Skolimowski

Mathias : 10/10

On pouvait craindre un remake non nécessaire d’Au Hasard Balthazar, mais Eo en est au contraire une relecture contemporaine explosive et visuellement hallucinante. A hauteur d’âne, l’immense Jerzy Skolimowski livre un plaidoyer pour la vie animale autant qu’une déclaration d’amour au cinéma. A 84 ans, le cinéaste n’a rien perdu de sa ferveur, et signe ici un trip visuel totalement dingue, qui ausculte les travers dans notre société dans une course folle à travers l’Europe. Un chef d’oeuvre instantané. 

Pierre : 7/10

Quel bonheur d’apprendre le retour de Jerzy Skolimowski au Festival de Cannes, qu’il n’avait pas fréquenté depuis 1989. Il y présente Eo, un long-métrage suivant les pérégrinations d’un âne de cirque dans la Pologne contemporaine. Accrochez-vous, le film est abrupt, notamment par sa mise en scène et le peu de dialogues qu’il contient. S’il vous est possible de dépasser cela, vous serez probablement happés par un film fascinant qui montre en creux tous les travers de l’espèce humaine. Un beau film percutant qui réussit brillamment à nous attacher à un âne.

Decision to leave de Park Chan-wook

Mathias : 5/10

Dans ce thriller peu inspiré, Park Chan-wook met en scène un inspecteur qui se prend de sentiments pour la suspecte dans une affaire de suicide douteux. Si la mise en scène est effectivement bluffante d’inventivité, d’où le prix, le film en lui-même s’avère plutôt fade et souffre la comparaison avec ses pairs. Sans l’ambiguïté de Basic Instinct, ni la maestria narrative de Vertigo, Decision to leave n’est qu’un thriller sans ampleur, parfois confus et souvent ennuyeux. 

Pierre : 5/10

Avec Men, Decision to Leave de Park Chan-wook était le film que nous attendions le plus de ce festival. Sauf que lui aussi nous a déçu. Hae-Joon, policier expérimenté, est chargé d’enquêter sur la mort suspecte d’un homme en montagne et en vient à suspecter Seo-rae, la veuve du défunt. Régulièrement comparé à Vertigo et Basic Instinct, il nous semble que Decision to Leave est loin d’un tel niveau. Le film ne développe en effet aucun suspens et le spectateur sait rapidement qui est le tueur, ce qui réduit l’enjeu dramatique du film à une histoire d’amour. Sans être un navet complet, le film traîne, de plus, trop en longueur pour réellement convaincre. Dommage.

Hadrien : 5/10

Close de Lukas Dhont

Mathias : 8/10

Après Girl et sa Caméra d’or, Lukas Dhont revient à Cannes et aux thèmes qui lui sont chers. Le Xavier Dolan belge signe ici une belle histoire d’amitié fusionnelle entre deux garçons qui bascule dans la tragédie quand l’homophobie les sépare. Close est un mélo touchant, sincère, et esthétiquement très réussi. C’est surtout la prestation d’Eden Dambrine, parfaite de nuance, qui éblouit sincèrement tout au long du film. 

Pierre : 7/10

Auréolé de la Caméra d’Or (qui récompense le meilleur premier film) pour Girl en 2018, Lukas Dhont était cette année pour la première fois en compétition avec Close. On y suit deux jeunes adolescents d’une douzaine d’année très amis et très proches, au point d’éveiller les soupçons de leurs camarades de collège, qui commencent à les interroger sur la nature de la relation. Cela conduira l’un des deux garçons à s’écarter de l’autre, ce que ce dernier ne supportera pas. Le film, malgré une mise en scène lumineuse, vaut surtout la peine d’être vu pour la situation qu’il dénonce et le jeu de ses acteurs (et surtout celui d’Emilie Dequenne, poignante en mère éplorée). Le scénario aurait toutefois gagné à être étoffé en développant mieux le harcèlement en milieu scolaire, à l’instar de ce qui a pu être fait dans Un monde récemment. On retiendra toutefois un film important, qu’il serait sage de projeter dans les écoles.

Hadrien : 9/10

Showing Up de Kelly Reichardt

Mathias : 7/10

Kelly Reichardt était pour la première fois en compétition officielle à Cannes, et elle ne dévie pas de sa trajectoire. Dans ce beau portrait d’une artiste solitaire, la réalisatrice laisse parler son naturalisme évident et aborde l’art et la création sans fioritures. Un film simple mais magnifique, porté par une Michelle Williams au sommet de son art. 

Un petit frère de Léonor Serraille

Pierre : 5/10

Nous avons clôturé ce Festival 2022 par la projection d’Un petit frère, deuxième film de Léonor Serraille après Jeune femme, lui aussi récipiendaire de la Caméra d’Or en 2017. Le film narre l’arrivée en France de Rose et ses deux enfants, Jean et Ernest, en provenance de la Côte d’Ivoire. Évidemment, l’installation est difficile et le film touche lorsqu’il met en scène les difficultés financières de Rose et son intransigeance sur les résultats scolaires de Jean et Ernest, pour s’assurer qu’ils aient un meilleur avenir. Malheureusement, le film ne décolle jamais et finit par ressembler à une fable familiale comme beaucoup d’autres. En résulte un film oubliable, ni bon, ni mauvais.

Les Crimes du futur de David Cronenberg

Mathias : 7/10

Retour au body horror par le maître du genre. Si l’on pouvait le penser fatigué, Cronenberg prouve qu’il n’a rien perdu de son énergie, mais surtout que son propos n’a rien perdu de son intelligence. Obsédé du corps, obsédé par le corps, le cinéaste le place une nouvelle fois au centre de cette oeuvre organique qui interroge la création autant la dimension charnelle et sa survie lors de l’évolution. Un film somme pour Cronenberg, compilation de tous les motifs qui lui sont chers, mais qui aurait sans doute mérité quelques minutes de plus. 

Un beau matin de Mia Hansen Love

Alexandre : 6/10

Cette histoire d’amour entremêlée d’un drame familial avait du potentiel : le couple Seydoux – Poupaud, les dialogues assez captivants ou encore la performance de Pascal Greggory qui sublime l’histoire sans jamais aller dans le tire larmes malgré le sujet. Mais la forme n’apporte rien de novateur, ni dans la mise en scène, ni dans les procédés narratifs. Si quelques éléments du scénario comme le journal qui est lu à la fin, ou encore tout l’aller-retour avec la philosophie ajoutent de la personnalité, il est difficile de sortir de la salle en ayant l’impression d’avoir vu quelque chose de nouveau et c’est dommage.

Un Varón de Fabián Hernández

Alexandre : 5,5/10

Un Varón est film à la démarche admirable qui possède quelques réelles forces : un acteur principal captivant, des décors mystérieux et bruts, un message pertinent qui est traité avec suffisamment de l’intelligence mais surtout un réalisme saisissant. Malheureusement le film ne fait qu’effleurer son sujet et on sent parfois un peu trop les intentions de mise en scène, la volonté de composer de beaux cadres un peu gratuitement. Le scénario manque d’évènements et d’enjeux et à tendance à se répéter. Mais le film ne démérite pas totalement grâce à l’immersion qu’il offre dans les quartiers de Bogota qui sont montrés ici comme rarement au cinéma.

La Montagne de Thomas Salvador 

Alexandre : 7/10

Un film touchant, assez particulier mais dont l’univers est réellement fascinant. La complicité de Thomas Salvador et Louise Bourgoin était assez émouvante jusqu’au virage sur le chemin de la romance qui m’a moins convaincu. Le film pose son histoire sans tenir par la main le spectateur qui va devoir par lui-même interpréter le film et pour ce genre d’histoire où dans un cadre réel intervient un événement mystique, c’est agréable. On sort de la séance en réflexion, questionnant ce que l’on vient de voir. Cependant le film souffre de quelques longueurs et ne transcende pas non plus émotionnellement.

Pacifiction d’Albert Serra

Alexandre : 4/10

Ayant dormi pendant la séance, je n’ai pas vu le film dans son entièreté. Mais je n’ai pas su être touché par une histoire se voulant mystérieuse, m’empêchant ainsi de m’y intéresser et d’y comprendre quoi que ce soit, des plans contemplatifs qui s’enchainent pour le style, des discussions entre les personnages qui ne présentaient aucun intérêt… La photographie est magistrale, la scène dans le bar vers la fin également offre une certaine virtuosité, mais pour le reste je dois dire qu’il m’a été dur de rester dans la salle jusqu’au bout du film.

Le Parfum vert de Nicolas Pariser

Alexandre : 6/10

Quand l’on prend les éléments qui composent le nouveau film de Nicolas Pariser (une aventure inspirée par les bandes dessinées de Tintin, Vincent Lacoste et Sandrine Kimberlain, une histoire qui parle de théâtre…) et que l’on voit le résultat à la Quinzaine des réalisateurs, il est difficile de ne pas être déçu par un film qui n’est pas mauvais mais qui aurait pu être tellement meilleur. Le duo principal porte le film avec charisme mais ni l’enquête qui manque d’originalité et d’inventivité, ni l’humour qui s’essouffle ne parviennent à faire décoller ce film pour l’amener à la hauteur de nos espérances.

Leila’s Brothers de Saeed Roustayi

Alexandre : 7/10

Leila’s Brothers est un film poignant. L’histoire se complexifie de minute en minute, les enjeux semblent toujours plus lourds et le dilemme qui va presque détruire une famille sont absolument magnifiés par les performances magistrales des acteurs principaux (cf la scène de l’aéroport). Le film n’est jamais trop dramatique, jamais trop léger, le ton est toujours maitrisé. Cependant il souffre de quelques longueurs, d’autant plus qu’il repose énormément sur les dialogues entre les acteurs. Dur de le suivre sans ressentir une lassitude au bout d’un certain moment. Les cadres sont très bien composés mais le manque de variation dans le procédé narratif empêche d’être complètement absorbé par le film.  

Palmarès idéal : 

Mathias
Palme d’or : Eo
Grand Prix : Armageddon Time
Prix du 75ème : Les Amandiers
Prix d’interprétation masculine : Eden Dambrine dans Close
Prix d’interprétation féminine : Alyona Mikhaylova dans Tchaikvosky’s wife
Prix de la mise en scène : Decision to leave
Prix du scénario : Les Crimes du futur
Prix du jury : Triangle of Sadness

Pierre
Palme d’Or : Tchaikovsky’s wife
Grand-Prix : Holy Spider
Prix d’interprétation masculine : Anthony Hopkins dans Armageddon Time
Prix d’interprétation féminine : Emilie Dequenne dans Close
Prix de la mise en scène : Eo
Prix du scénario : Tchaikovsky’s wife
Prix du jury : Close

Par Alexandre Hamzawi, Pierre Barthélemy, Hadrien Pigache et Mathias Chouvier

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