The Batman : c’est génial

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Les problématiques sont toujours les mêmes. Comment renouveler, réinventer le super-héros le plus adapté sur grand écran ? Est-ce encore possible ? Peut-on se débarrasser de l’empreinte puissante de The Dark Knight ? Peut-on espérer mieux que des pastiches inavoués des Avengers ? 

Matt Reeves a pris le matériau Batman à bras le corps et a réussi à dépasser l’alternative longtemps laissée entre l’ultraréalisme inégalable de Christopher Nolan et la comédie blockbuster assumée de Marvel. 

Le réalisateur des deux derniers opus de la trilogie La Planète des singes accomplit la formidable prouesse de relégitimer l’homme chauve-souris. Celui-ci avait été abandonné dans son propre univers au profit de figures plus complexes (Joker) ou noyé dans la masse de l’écurie DC Comics (Justice League et tout le DC cinematic univers). The Batman revient à l’origine des figures légendaires, au symbolisme brut des super-héros. 

Dans le sillon creusé par Joker, The Batman intègre une dimension sociale. Gotham City est plus que jamais divisée, entre une classe dominante auto-légitimée et les autres. De cette société torturée émergent alors des êtres violents et surhumains qui partagent un même objectif : la vengeance. Thriller, The Batman permet, tout au long d’une enquête sordide, de découvrir toutes les faces d’un justicier autoproclamé, défenseur involontaire d’un ordre illégitime. Bruce Wayne est un gosse de riche traumatisé qui découvre avec horreur que le seul impact qu’il a sur le monde est de créer la haine. 

The Batman est ainsi un film intime. Intime dans ses dimensions, dans l’enclos de la chauve-souris. Là où le héros de Snyder ouvrait continuellement des portes sur des univers infinis, le Batman de Reeves est prisonnier des frontières glauques, géographiques et héréditaires de Gotham. Prisonnier d’une introspection vaine, matérialisée par les pages griffonnées d’encre d’un journal intime. Le super-héros n’a rien d’extraordinaire. Il est désespérément tellurique, brut. Loin de transcender l’humanité, Bruce Wayne émerge des entrailles rongées par le sang et la corruption d’un système. Le Chevalier noir se déconstruit petit à petit, pour mieux renaître. 

The Batman emprunte au romantisme noir aussi bien le narcissisme de son héros qu’une magnificence, une sublimation du réel. Le film parvient, enfin, à arracher l’homme chauve-souris des griffes de Nolan, en iconisant le Chevalier noir. Batman est terrifiant. Il porte une armure bien trop lourde, est pâle comme la mort, disparaît dans les ténèbres pour mieux surgir des flammes. Matt Reeves réussit l’exploit d’ancrer dans la société une figure mythique. Robert Pattinson est un excellent interprète d’un Bruce Wayne presque nervalien. Les rares scènes d’action sont extrêmement brutales et les phases d’enquête d’un glauque inédit pour un film de « super-héros ». 

The Batman est un excellent film, une superbe appropriation d’un personnage ô combien déjà exploré dans toutes ses dimensions. Matt Reeves signe un vrai chef-d’œuvre angoissé, violent, beau et allégorique. Permettez que l’on fanboy fort mais la scène de la Batmobile à elle seule justifie tous les éloges.

Timothée Wallut

The Batman est peut-être encore au cinéma. (Re)Découvrez-en la bande-annonce ci-dessous :

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