La Femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre, parodie ingénieuse

Lecture 4 min.

Les thrillers domestiques constituent un genre à part entière. Aussi connu sous le nom de domestic noir, le genre a tendance à mettre au cœur de l’histoire des héroïnes dévorées par leurs maux. Ces dernières évoluent toujours dans un milieu largement dysfonctionnel et, bien que leur santé mentale instable amène souvent à douter de la narration, la découverte d’un terrible secret ou l’embarquement dans une aventure hors normes fait osciller le récit entre incrédibilité et envoutement. Ces ouvrages désormais adaptés sur grand et petit écran laissent de nombreuses choses à dire et l’étude de cette mini-série permet d’effectuer un retour sur ce genre dont les intrigues s’invitent dans nos maisons. 

Quand espionner ses voisins par la fenêtre constitue un passe-temps plus amusant que nécessaire, le voyeurisme ne revêt que les caractéristiques d’une bonne comédie tout droit venue des Etats-Unis. Néanmoins, quand l’histoire tourne au drame, le spectateur se transforme en complice des catastrophes qui défilent à l’écran. Cette sensation se fait très rapidement sentir à l’occasion du visionnage de La Femme à la fenêtre de Joe Wright sorti sur Netflix l’année passée. Le problème avec La Femme à la fenêtre est que l’on n’y croit pas. Le livre est pourtant captivant mais son adaptation n’a rien d’ambitieux. 

Etrangement, dès les premières scènes de La Femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre (LFQH), le spectateur replonge immédiatement dans l’ambiance du film de Joe Wright. Il faudra quelques minutes pour réaliser que LFQH n’est pas qu’une pâle copie de La Femme à la fenêtre mais bien une parodie ingénieuse de ce genre de thrillers domestiques.

LFQH est une série qualifiable de binge worthy. Tout commence avec une narratrice dont la fiabilité pose question dès les premières minutes. L’ambiance du thriller s’installe et l’accent britannique d’Anna (Kristen Bell), pourtant américaine, déstabilise. Les clichés du domestic noir sont présents mais cette fois-ci ils font sourire. Ajoutez à la recette de cette parodie réussie divers indices amusants ponctuant les scènes (comme la tombe de la fille de notre personnage principal). Enfin, la femme au foyer des thrillers classiques est très rapidement déconstruite ce qui vient renforcer la qualité de cette mini-série. Anna, femme tourmentée par la mort de sa fille, collectionne les bouchons des bouteilles de vin qu’elle boit à longueur de journée et sa « casserole », digne d’une house-wife américaine, n’a rien d’appétissant. Pour couronner la moquerie, les répliques rendent cette parodie d’autant plus divertissante. La plus marquante repose sûrement sur la mort de la fille de la narratrice qui, perdue dans son imagination, se demande : « comment ça se fait que j’oublie constamment cela ? ». Les métaphores sur les couches de son plat cuisiné et les diverses couches que l’on retrouve dans tout un chacun sont également à souligner. Un peu de psychologie de comptoir et une relation relativement compliquée avec son ex mari, voilà tout ce qu’il faut pour venir nourrir l’absurdité de cette série. 

La Femme à la fenêtre était un joli clin d’œil à Fenêtre sur Cour de Hitchcock mais la seule différence, et pas des moindres, c’est que Fenêtre sur Cour, restera toujours tant dans son style que dans son intrigue relativement incroyable alors que l’on tentera tant bien que mal d’oublier La Femme à la fenêtre. Fenêtre sur Cour est la matérialisation de l’adage « la curiosité est un vilain défaut », poussé à l’extrême. Ce sont des jeux de lumières brillants, la patte de Hitchcock, du suspens et une intrigue prenante ; alors que le scénario du film de Wright est aussi bancal que les sièges dans un cinéma indépendant. Alors LFQH rappelle très largement ce dernier constat par la satire plus que pertinente de ce genre qui séduit. 

Le domestic noir manque souvent de suspens et le développement des personnages est la plupart du temps insuffisant. Finalement, ceux qui aiment le cinéma et les thrillers retrouveront dans cette mini-série toutes les critiques qu’ils auraient soulevées lors du visionnage d’un énième film se rapprochant de l’intrigue de Gone Girl.  

LFQH tourne les codes classiques du thriller domestique en ridicule et c’est bien cela qui donne à cette parodie toute sa qualité et la rend à sa façon presque culte. Les fausses pistes de l’intrigue notamment autour de Buell, l’homme à tout faire au passé sombre, entretiennent très largement l’ambiance thriller et donnent suffisamment de matière à la série pour tenir captivé pendant huit épisodes. 

Finalement, LFQH nous plonge dans la confusion totale et c’est peut-être ce qui rend la série si désopilante à voir. Certes, c’est un parfait dérivé de La Femme à la fenêtre et par conséquent elle échoue parfaitement dans la création d’un thriller de qualité. Néanmoins, cet échec se transforme en succès en ce qu’elle excelle dans son rôle de parodie domestique. 

Malgré un excellent moment, la scène de fin qui pourrait potentiellement annoncer une saison 2 n’enchante guère. Il sera, en effet, difficile de recréer l’ambiance de cette première saison dont la pertinence et l’humour marquent grâce à la surprise et la confusion qu’elle génère.  

Manon Videau

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