Notre-Dame brûle, et nos rétines aussi

Lecture 3 min.

Tirer un film de fiction de l’impressionnant incendie qui a ravagé Notre-Dame en 2019 semblait être un pari risqué. Pari relevé par Jean-Jacques Annaud avec son Notre-Dame Brûle. Trois ans plus tard, force est de constater que l’émotion reste vive autour de Notre-Dame. Jean-Jacques Annaud tire de ce drame un téléfilm mièvre et embarrassant qui échoue presque sur toute la ligne. 

Le titre dit tout. Notre-Dame brûle. Partagez la vie d’un groupe de pompiers qui tentent de sauver la cathédrale la plus célèbre du monde 1h50 durant. Si ça ressemble à un reportage 7 à 8, c’est que c’en est un. À la différence près que celui-ci aura coûté près de trente millions d’euros qui auraient sans doute mieux fait d’être investis dans la reconstruction du monument. Ici, pas ou très peu de cinéma, beaucoup d’images d’archives mélangées à des reconstitutions fictives avec les vrais protagonistes de cette histoire, dont Anne Hidalgo qui livre sa meilleure performance depuis longtemps.

Face à la maigreur narrative de l’histoire, Annaud tente maladroitement d’ajouter de l’intensité dramatique et des personnages souvent quelconques. Dès qu’il sort de l’incendie, le film perd presque tout son intérêt et donne lieu à un nombre incalculable de scène inutiles quand elles ne sont pas gênantes de surcroît ; la grand-mère et son chat, le running-gag du chewing-gum, sans compter toutes les autres incohérences et fausses péripéties qui ponctuent l’incendie. 

Etrangement, c’est dans son dénuement que le film se fait le plus captivant, quand il se balade au cœur de l’incendie et de ces siècles d’histoire qui s’envolent en fumée. Citons par exemple la scène incroyable où deux jeunes pompiers rentrent dans des combles envahis par la fumée et avancent à l’aveugle avant de faire demi-tour, écrasés par la chaleur. La scène est bien pensée, très cinématographique et particulièrement anxiogène. C’est malheureusement la seule du film. Le reste n’est qu’un vague mélange entre un clip de campagne pour les pompiers et un téléfilm catastrophe. Un ramassis de bondieuseries ultra pompeux et lourdingue.

Le symbolisme de Jean-Jacques Annaud ne fait pas que frôler le ridicule, il franchit allègrement la limite avec quelques scènes d’un grotesque messianique. Pour ne citer qu’elles, la fillette et son chouchou, la chorale de gospel dans la rue, la statue de la Vierge qui pleure, et tant d’autres malheureusement. Le tout souligné par une musique ampoulée et trop présente, et des dialogues dont l’auteur devrait être arrêté sur le champ, sans parler des performances d’« acteurs ». 

Dans cette semi-reconstitution du tragique incendie de Notre-Dame, Jean-Jacques Annaud se perd, entre documentaire et film, entre tragique et comique. Et comme un écho à la réalité, la seule chose qui résiste à ce film dévastateur, c’est Notre-Dame l’éternelle. Tu es né poussière, et tu redeviendras poussière, dit la Genèse. Une leçon que ce film devrait apprendre assez rapidement. 

Mathias Chouvier

Notre-Dame Brûle est actuellement au cinéma. Découvrez la bande-annonce ci-dessous :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s