Mes frères et moi, una furtiva lagrima

Lecture 4 min. Cet article contient des spoilers.

Présenté au dernier festival de Cannes et sorti en salles début janvier, Mes frères et moi est librement inspiré de la pièce de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre Pourquoi mes frères et moi on est partis… . Une première adaptation sur grand écran pour Yohan Manca : un pari réussi. 

Tragédie familiale sur un air de Pavarotti  

Nour a quatorze ans. L’été débute à peine dans sa cité du Sud de la France, aux alentours de Sète, et l’adolescent s’apprête à le passer à repeindre les murs de son collège vêtu de son gilet du TIG (travaux d’intérêt général). Une mélodie de Pavarotti résonne dans le couloir blanc. Nour, intrigué, découvre le chant lyrique de Sarah qui anime un cours d’été pour la maison de quartier. Se souvenant de son père qui entonnait l’air d’opéra Una furtiva lagrima de Donizetti pour séduire sa mère, Nour s’enivre déjà à longueur de journées de prestations des plus grands ténors. 

Le pitch du premier long-métrage de Yohan Manca est a priori simple, sans prétention. Dans un film où la lumière d’été crève l’écran, la chaleur semble ralentir la cadence sans pour autant perdre les réalités du quotidien. Alors que les touristes remplissent la plage et que les parties de foot pieds et torses nus se multiplient, derrière les murs d’un immeuble de cité, où les rayons de soleil ne passent pas, la réalité de la situation familiale est tout autre. 

Mes frères et moi dresse ainsi le portrait d’une fratrie à la dérive qui porte à bout de bras la maladie de leur mère. En refusant de la laisser « crever » loin de ses fils en soins palliatifs, chacun essaie, à sa manière, de « joindre les deux bouts » afin de financer le lourd traitement médical. Le film pourrait facilement glisser vers le mélodrame ou le misérabilisme. Et pourtant, non. Les situations sont toujours traitées de manière subtile, dédramatisées par des touches d’humour habiles qui ne décrédibilisent jamais le propos. On retient par exemple la scène d’évasion de l’hôpital, qui n’est pas sans faire penser à celle de Little Miss Sunshine (réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris).

Grandir sans s’en apercevoir

Pas de doute à l’écran : la tragédie familiale se vit à travers les yeux de Nour (Maël Rouin Berrandou, remarquablement juste et tendre). Sa voix ouvre et clôture ainsi le film. Dans la première scène, le benjamin parle fièrement de ses grands frères, qui jouent sur une plage ensoleillée, à une enfant de son âge, désintéressée par ses louanges. L’amour que les frères se portent est clair. Le réalisateur explore par ailleurs intelligemment certains aspects de la  masculinité « traditionnelle » et de ce que peut représenter la « virilité » : une pudeur dans le fait d’exprimer ses sentiments, de souffrir et d’aimer ou des conflits entre frères qui passent parfois par l’altercation physique. 

Pourtant, une chose différencie nettement Nour des autres : il est le seul qui semble pouvoir échapper non seulement à la crise familiale mais aussi à sa condition, par son innocence et son talent pour le chant (son personnage aurait bien pu être inspiré de celui de Billy Eliot). Les autres ont déjà abandonné ou seront toujours retenus ; par les responsabilités d’un aîné, Abel, qui mène la barque en comptant les billets d’un air dur ; ou par les problèmes des réseaux trafiquants desquels Hédi pourrait difficilement s’extirper. 

Pendant ce temps, dans une salle de classe, qui n’a rien de la grandeur des salles d’opéra classiques, le petit dernier découvre une potentielle porte de sortie qui pourrait bien changer sa vie. 

SPOILERS :

On pourrait alors s’attendre à une happy end où Nour arrive à réaliser ses plus grands rêves en se produisant sur une grande scène. Mais cette fin n’aurait rien de réaliste. Oui, Nour a un talent, reconnu par une cantatrice qui ne cessera de le porter et de le guider tout au long du film et même sa famille, malgré les premières incompréhensions, finit par le soutenir. Toutefois ses possibilités de sorties de la cité, notamment quand on pense à l’aspect financier d’une vie d’artiste, sont maigres. La fin reste néanmoins ouverte. Seul un été est passé et, après tout, Nour n’a que quatorze ans. 

FIN SPOILERS.

À voir, absolument. 

Marie Guennou

Mes frères et moi est encore actuellement au cinéma. Découvrez la bande-annonce ci-dessous :

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