Spencer before Lady Di

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Il existe une célèbre interview de la princesse Diana et du prince Charles dans laquelle le journaliste pose une question assez simple à un couple qui vient de se fiancer officiellement : « Êtes-vous amoureux ? ». Les deux réponses, qui auraient dû être évidentes, différèrent cependant, annonçant ce que serait leur mariage. Si Lady Diana répondait promptement par l’affirmative, Charles sifflait un inconfortable « whatever love means ». Le sentiment de désolation, de vide intérieur que peut générer une telle réponse a été parfaitement transposé à l’écran par Pablo Larraín avec Spencer, son nouveau film qui se concentre précisément sur la personne, avant même le personnage, de la défunte princesse.

Le choix du titre, qui fait référence au nom de jeune fille de Diana, est en ce sens explicatif, et contraste fortement avec l’œuvre précédente de Larraín pour laquelle il avait retenu Jackie, le surnom de la Première Dame de John Fitzgerald Kennedy. Un choix qui souligne immédiatement un aspect prédominant dans la vie de l’ancienne princesse de Galles : elle ne s’est jamais sentie membre de la Couronne.

Tout au long du film, le mot « parfait » est souvent répété, témoin d’une tradition royale qui accompagne les résidents de Buckingham Palace depuis des centaines d’années. Diana Spencer – bien qu’elle soit également issue d’une famille aisée entretenant d’excellentes relations avec la Couronne – rejette constamment ce mode de vie où tout est décidé, où l’avenir est inexistant car déjà écrit dans le présent. Larraín insiste beaucoup sur les détails de la vie quotidienne à l’intérieur du palais royal. L’équipe de chefs est ainsi organisée comme une armée afin d’être prête à toute éventualité ou bien les robes de la princesse sont systématiquement choisies, prédéterminées pour accompagner chaque repas.

Les premières minutes peuvent donner l’impression d’un film redondant. Or, après le premier acte, il est clair que le réalisateur d’Ema veut nous faire vivre l’angoisse de la vie quotidienne de Lady Diana au premier degré : celle d’une routine épuisante, visant à changer les habitudes et le mode de vie de la princesse afin d’effacer une fois pour toutes la moindre imperfection. Le réalisateur expose ce “conte de fée basé sur une véritable tragédie”, l’histoire de Diana, écrasée “sous la lentille d’un microscope”. 

Spencer devient alors un drame angoissant qui frôle parfois le thriller psychologique, dans lequel la mise en scène grandiose de Pablo Larraín construit des séquences étouffantes, poursuivant constamment Diana dans des couloirs claustrophobes et s’attardant souvent sur le visage glacé d’une âme qui se meurt lentement. Le visage, le physique et l’image de Lady D. sont soumis à une attention médiatique sans pareille, le fait qu’elle ne puisse pas se changer avec les rideaux ouverts est symbolique, ce qui ne fait qu’amplifier sa souffrance, défigurant également la mère de William et Harry à cet égard.

Rien de tout cela n’aurait été possible, bien sûr, si l’actrice principale avait été une interprète dépourvue de la physionomie et des compétences appropriées. Heureusement, Kristen Stewart nous offre ce qui est probablement la meilleure performance de sa carrière, ce qui lui a valu la nomination aux Oscars. Avec une présence scénique surdimensionnée et une capacité à créer de la mélancolie par un simple regard, la performance Stewart, qui fonctionne à merveille en soustraction, s’inscrit parfaitement dans l’histoire, dans une danse avec la mort, au son de la partition obsédante de Jonny Greenwood qui peut être libératrice ou tombale selon la façon dont on a vécu Spencer.

Larraín ne s’est jamais intéressé à la création d’un biopic, même si l’histoire suit la réalité, mais plutôt à la création d’une œuvre qui fait vivre au spectateur toute l’angoisse d’une vie qui est sur le papier un conte de fées, où les quelques éclairs de lumière du film, presque tous les moments avec William et Harry, sont instantanément émouvants. Peut-être parce qu’ils sont parfaits dans leur normalité.

Sara Karim

Spencer est disponible sur Prime Video. Découvrez la bande-annonce ci-dessous :

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