Top 10 des meilleurs films de 2021

Lecture 5 min.

Tradition et passion obligent, la Rédaction vous dévoile ses dix films préférés de l’année 2021, toujours marquée par la pandémie mais aussi par la réouverture (pour de bon) des salles de cinéma.

10 – THE FRENCH DISPATCH, DE WES ANDERSON

Peut-être le plus controversé et le plus personnel des Wes Anderson, The French Dispatch n’a pas fait l’unanimité mais a arraché la dixième place des meilleurs films de l’année 2021. Sans doute le dernier long-métrage de l’incontournable dandy texan a-t-il su charmer par ses dialogues toujours plus abscons, ses merveilles de mise en scène, son casting fabuleux et ses cadres d’orfèvre. Presque pas un film, The French Dispatch est un cabinet de curiosités stylistiques, une mosaïque de photographies, maquettes, figurines, acteurs, actrices, animations. Une farandole sauvage qui cristallise tout le génie d’un Wes Anderson déchaîné qui touche (enfin ?) à la limite de son œuvre.

9 – West side story, de steven spielberg

À l’heure des énièmes remakes et continuelles (ré)adaptations, la pertinence de celle du célèbre musical, racontant dans le New York des années 1950 l’amour naissant et interdit entre l’ex-chef du gang des Jets, rebus de la société, et la sœur du leader de celui des Sharks, formé par l’immigration portoricaine, se posait, qui plus est quand son homonyme de 1961 est unanimement culte. En dépit de l’échec commercial du film au box-office, le défi, à la hauteur de l’homme, est magistralement relevé par Steven Spielberg qui signe à soixante-quatorze ans un film magnifique en réussissant le tour de force de l’ancrer dans notre époque sans trahir celle dans laquelle il se déroule. Servi par une réalisation brillante venant magnifier les scènes musicales et un casting féminin incandescent, West Side Story ne souffre comme la musique de Leonard Bernstein, d’aucune fausse note.

8 – TITANE, DE JULIA DUcourneau

À la suite d’un accident de voiture avec son père, Alexia (Agathe Rousselle) ressort traumatisée, avec une cicatrice bien visible sur le crâne qui influencera et définira à jamais sa vie. Dépourvue de sentiments, Alexia se nourrit de colère et de ressentiment. Elle finit par rencontrer le chef des pompiers Vincent Legrand (Vincent Lindon) et les deux ont quelque chose de gros à cacher. Lauréat de la Palme d’or à la 74ème édition du Festival de Cannes, Titane est le deuxième long métrage de Julia Ducournau. Titane parle de vie et de mort, de naissance et de renaissance et la réalisatrice parvient à le faire d’une manière brute, vraie et déchirante. Julia Ducournau décide de ne rien cacher, de mettre à nu, dans tous les sens du terme, les âmes de deux personnes perdues. La violence est montrée dans toute son horreur, tout comme la douleur. La critique de la réalisatrice à l’égard d’une société machiste, homophobe, violente et parfois misogyne est plus qu’évidente. Titane est un film psychédélique où les atmosphères sombres et la photographie parfois claustrophobe frappent le spectateur en plein visage.

7 – The last duel, de ridley scott

Seul enfant vivant et viable mis au monde par Sir Ridley Scott cette année, The Last Duel raconte l’antagonisme primitif grandissant entre deux hommes ayant d’abord combattu côte à côte et s’achevant sur un duel (à mort) judiciaire les opposant. Du moins le pense-t-on, mais le film, plus subtil à bien des égards que ses protagonistes, place en son centre Marguerite, femme de l’un d’eux et objet de leur querelle et incarnée par Jodie Comer qui confirme ici les promesses entrevues de son immense talent. La réalisation, immersive lors des scènes de combats, est également appuyée par un découpage narratif repris de celui de Rashōmon de Kurosawa. Si celui-ci offre à ses interprètes l’opportunité d’un jeu fait de légères nuances et à ses spectateurs de les apprécier d’un point de vue à l’autre, ce n’est pas dans une quête de vérité dont le film n’a cure. Un des grands films féministes de l’année.

6 – the father, de florian zeller

The Father est l’adaptation par son propre dramaturge du huis clos familial qui avait rencontré déjà un succès fulgurant. Florian Zeller offre à Anthony Hopkins l’un des plus grands rôles de sa carrière dans un personnage de patriarche atteint d’Alzheimer, accroché aux bribes de réalité que sa fille (Olivia Colman) tente de conserver. Le monde entier de cet homme autrefois fier et indépendant est réduit à un appartement, théâtre angoissant de transmutations permanentes. À chaque entrée de personnage, les visages, les décors et les temporalités se déforment et contredisent ce que l’on croyait tenir pour vrai. Inutile d’essayer de démêler le vrai du faux, le passé du futur. Seul reste pour ce père l’amour d’une fille et l’abandon dans lequel le premier et le dernier âges de la vie ne font plus qu’un. Magistralement incarné et mis en scène, The Father est un voyage bouleversant vers l’au-delà. 

5 – Compartiment n°6, de Juho Kuosmanen

Adaptation du roman finlandais éponyme, Compartiment n°6, réalisé par Juho Kuosmanen est l’une des découvertes les plus inattendues de 2021. Aussi inattendue que la rencontre entre les deux personnages principaux, Laura, étudiante finlandaise partant à la découverte de pétroglyphes, et Ljoha, un Russe particulièrement alcoolisé et aux remarques déplacées faciles. Quand les deux protagonistes doivent partager une voiture-couchette pour un long trajet de train, le spectateur ne peut que craindre le pire. Pourtant, c’est une chaleureuse relation qui se tisse entre ces deux individus que tout oppose. Magnifiée par un travail en profondeur sur l’esthétisme, la Russie des années 1980 est le théâtre d’une histoire d’amour innomée. Si les deux acteurs principaux ne sont pas des habitués des écrans français, Youri Borissov, interprétant Ljoha, avait déjà fait ses preuves dans de nombreux films russes. Quant à l’actrice Seida Haarla, c’est avec ce film qu’elle se révèle, et on ne peut que saluer sa performance remplie d’humilité, à l’image de son personnage.

4 – ANNETTE, de Leos Carax

Avant la sortie du dernier film de Leos Carax en juillet 2021, malgré une réouverture des salles de cinéma, il manquait encore une œuvre grandiose. Annette comble ce manque. Le film est non seulement l’un des meilleurs de l’année mais apporte également de l’originalité et de la fraîcheur. Annette pose des réflexions pertinentes sur des sujets éminemment actuels et notamment sur la question de la dissociation entre l’homme et l’artiste, la vie réelle et la vie artistique. Sur ce thème, Carax semble montrer un certain pessimisme. Alors que le monde de Holy Motors souffrait d’un manque de cinéma, Annette est un univers où le spectacle est omniprésent, où il est difficile pour ses personnages de faire preuve d’une très grande clairvoyance. Henry McHenry, personnage principal du récit, incarné par Adam Driver, se retrouve happé par des événements finissant par tourner au cauchemar et à sa propre destruction. Finalement, la seule échappatoire possible pour le spectateur est la mise en scène baroque, volontairement artificielle, du cinéaste pour produire une mise à distance entre son objet et le public. Un film splendide, impressionnant et tout à fait surprenant de la part de Leos Carax.

3 – Illusions perdues, de Xavier Giannoli

L’adaptation du célèbre roman de Balzac n’en finit pas de séduire. Avec ses quinze nominations aux Césars, dont celles du Meilleur film et de la Meilleure réalisation, Illusions Perdues se place comme grand favori de l’Académie. Par son casting cinq étoiles, son immersion sensuelle dans le Paris de la Restauration et sa critique acerbe du pouvoir, l’œuvre de Xavier Giannoli est un de nos grands favoris de l’année 2021. Illusions Perdues donne à voir un récit déjà moderne sur le monde des médias et les penchants vicieux de la gloire. En Lucien de Rubempré finalement désabusé, Benjamin Voisin termine de nous convaincre de son talent (déjà repéré dans Été 85 de François Ozon). Ils forment avec Vincent Lacoste et Xavier Dolan, un trio électrique et vivifiant, à l’humour pinçant toujours très juste. Laissez-vous porter par la narration frappante de cet ouvrage, souvent considéré comme le meilleur d’Honoré de Balzac.

2 – Dune, de denis villeneuve

Après la discutable suite de Blade Runner, Denis Villeneuve, le chef de file de la SF contemplative, réitère avec l’adaptation d’un monument de la littérature, Dune. Un chef d’oeuvre sur lequel nombre de grands réalisateur s’étaient déjà cassé les dents, y compris Lynch et Jodorowski. S’il ne faisait aucun doute que le film serait esthétiquement sublime, et il l’est, Villeneuve réussit aussi le pari de nous faire comprendre un univers tout entier en à peine 2h30. Dune évite soigneusement la pente didactique pour trouver un souffle épique à la mesure de l’oeuvre originale. La chute de la maison Atréides devient un spectacle grandiose, porté par un Timothée Chalamet en grande forme, entouré de seconds rôles prestigieux (Jessica Ferguson, incandescente) et soutenu par la BO d’ores et déjà culte de Hans Zimmer, qui convoque les cornemuses dans un voyage intergalactique. Un chapitre introductif qui devrait laisser place à un second volet tout aussi grandiose, prévu pour fin 2023.

1 – Julie (en 12 chapitres), de Joachim Trier

La vie est courte, elle peut tenir en douze chapitres, un prologue et un épilogue. Mais loin d’être un drame, c’est au contraire le plus beau des cadeaux. Le film du norvégien Joachim Trier, porté par la fantastique Renate Reinsve, arrive sans surprise, mais avec grand mérite, à la première position de ce top, acclamé chaleureusement tant par la critique que par les membres de Salles Obscures. La vie de Julie, presque trente ans, se déroule en deux heures sous nos yeux fascinés, entre passions et déceptions, doutes et résolutions. Un seul fil conducteur dans ce cirque envoûtant, traversé par des personnages secondaires hauts en couleur, la quête, que ce soit celle du bonheur ou de l’amour mais surtout celle de son identité. Le film, captivant tant par sa forme que par les sujets abordés, laisse le spectateur les larmes aux yeux, le cœur chargé d’espoir et surtout profondément marqué par une envie indélébile de profiter de chaque instant qu’offre la vie. 

La Rédaction de Salles Obscures Assas

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