The Green Knight : la quête de gloire selon David Lowery

Lecture 4 min. Cet article contient des spoilers.

David Lowery est déjà un réalisateur chevronné quand il s’attaque à The Green Kight. Il a gagné les faveurs du grand public avec son adaptation live de Peter et Elliott le dragon et a conquis la critique grâce à A Ghost Story, long-métrage qui achève d’affirmer son statut d’auteur. 

L’annonce d’une adaptation d’une fable issue de la mythologie arthurienne par le réalisateur, de nouveau en partenariat avec A24, connu pour soutenir des projets très ambitieux artistiquement, a donc suscité une grande excitation.

Celle-ci est allée crescendo à la découverte de la bande-annonce qui donnait un avant-goût du parti pris radical du long-métrage. Le trailer semblait promettre une représentation du mythe chevaleresque non-édulcorée, sans eau de rose et avec un véritable propos narratif. 

Le réalisateur a dépassé ces attentes. Lowery ne se serait pas contenté d’adapter la fable du Chevalier Vert pour réaliser un fantasme personnel. Sa démarche se veut toujours profondément humaniste, comme amorcée dans A Ghost story. Le réalisateur souhaite avant tout apporter quelque chose à son spectateur, une piste de réflexion et d’introspection au-delà de l’image et du son. 

La grande force de Lowery est ainsi d’accorder autant d’importance à son propos qu’au matériau superficiel qui le communique. Il impose ici une vision artistique prononcée, notamment grâce à la liberté que lui laisse A24, quitte à prendre des risques. Dans The Green Knight chacun des plans trouve son importance aux yeux de Lowery qui les travaille et les découpe avec obsession. Le résultat est un film d’une beauté renversante qui absorbe son spectateur au cœur des plans fixes particulièrement longs qui sont la signature du réalisateur. 

Ce geste artistique est le support d’un univers mystique et fascinant construit au fur et à mesure que la quête de Gauvain progresse. Le ton volontairement inquiétant plonge le spectateur dans un monde qui bouscule ses repères et où la foi chrétienne s’entrelace aux rites païens, reproduisant ainsi la dualité centrale des mythes arthuriens. Un monde où le fantastique omniprésent est traité avec une poésie tantôt grandiose et spectaculaire, tantôt douce et délicate.

Le jeune protagoniste, interprété par le très juste Dev Patel, s’aventure sur une route dangereuse qui le mène droit à une mort certaine face au Chevalier Vert. Sa vertu est mise à l’épreuve tout au long de ce voyage initiatique et c’est dans cette épreuve permanente que réside le fil conducteur du film ainsi que le propos de son réalisateur. The Green Knight est un film chargé de symbolique à tel point que l’enchaînement des événements et le lien qui les unit peuvent paraître difficiles à interpréter. Cependant, Lowery veut transmettre une idée toute simple : la mort est inévitable. Aussi faut-il l’accepter pour vivre sa vie avec intégrité et faire le bien autour de soi. 

Gauvain apparaît ainsi pour la première fois aux yeux du spectateur ivre dans un bordel. Le ton est donné et le public comprend que, alors qu’il cherche la gloire, le chevalier se lance en réalité malgré lui dans une quête de morale et de rédemption. Avant son départ, la reine Guenièvre évoque dans son discours les cinq vertus de la chevalerie représentées par l’étoile à cinq branches que portent à leur cou les hommes de la Table Ronde, eux-mêmes incarnant la figure de l’idéal que Gauvain cherche à atteindre. 

La générosité, la courtoisie, la chasteté, l’amitié et la piété sont donc les cinq valeurs cardinales que le protagoniste apprend en les enfreignant au cours du périple vers la Chapelle Verte, son ultime épreuve. C’est ici que Lowery souligne les conséquences de l’égoïsme et du manque de foi du jeune homme. Le Chevalier Vert est l’incarnation de la mort inéluctable et par conséquent du divin qui réside, pour reprendre un des personnages, “dans la terre et dans les racines auxquelles chaque chose finit toujours par retourner”. En refusant de se confronter au Chevalier Vert, Gauvain s’abandonne à un destin tragique et solitaire où il est lui-même source de malheur pour les personnes qu’il aime. C’est ce destin qu’il entrevoit, les yeux rivés sur le sol dans l’attente du coup mortel à la manière de Jésus dans La Dernière Tentation du Christ

En acceptant sa propre fin, le héros parvient à trouver la piété qui lui faisait défaut jusqu’alors et achève sa quête. Avec ses derniers mots, « I am ready now », Lowery marque le triomphe de Gauvain et donne au spectateur une clé d’interprétation aux différents événements du film qui tendent vers ce point culminant. On prend alors toute la mesure de la qualité d’écriture de The Green Knight dont le développement narratif est maîtrisé de bout en bout.

Gaspar Carré

Actuellement disponible sur Amazon Prime.

Découvrez la bande-annonce de The Green Knight ci-dessous :

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