Don’t look up : et même la fin du monde passera

Lecture 3 min. Cet article contient des spoilers.

Dont Look Up est le neuvième long métrage d’Adam Mckay qui, après avoir signé Vice, revient pour une satire écologique à charge contre la société américaine et les dérives du capitalisme. 

Le film narre l’histoire du docteur Randall Mindy et de sa doctorante Kate Dibiasky découvreuse d’une comète de dix kilomètres de diamètre se dirigeant droit vers la Terre et qui entraînera l’extinction de l’espèce humaine et d’une bonne partie de la biosphère. Peu pris au sérieux par les autorités, le duo se lance dans une croisade médiatique pour informer le peuple américain et le reste du monde de la catastrophe à venir. 

Portée par une distribution cinq étoiles (Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence, Meryl Streep, etc.), la toute dernière diffusion Netflix dépeint une société américaine rongée par la bêtise et la méfiance envers la science. Outre les habituels conspirationnistes qui croient dur comme fer que la comète est une fake news destinée à interdire le port d’arme, le film expose avec brio la récupération politique des sujets scientifiques. L’opinion publique est incapable de se mettre d’accord sur une évidence : une comète fonce sur la Terre et l’humanité court à sa perte. L’astéroïde sert d’abord les intérêts politiques des uns et des autres. Le parti présidentiel minimise ainsi l’impact qu’aurait la chute d’un astéroïde tueur sur Terre jusqu’à ce qu’il se rende compte que dévier la comète de sa trajectoire pourrait avoir une influence positive sur l’opinion publique et l’aider lors des prochaines élections. 

Les médias sont également pris à partie par le réalisateur qui leur reproche d’être passifs face à l’information. Les journalistes du film passent leur temps à édulcorer les faits scientifiques et la gravité de la catastrophe à venir. Ils sont réduits à un simple rôle de présentation plutôt que d’investigation. 

Le film culmine quand la mission de sauvetage de la Terre est annulée à la dernière minute pour privilégier le projet de Peter Isherwell (interprété par Mark Rylance), ponte de la Silicon Valley qui souhaite laisser la comète s’approcher pour pouvoir en extraire de précieux minerais. Ce PDG fictif, à mi-chemin entre Steve Jobs et Elon Musk, premier donateur de la présidente en place, a alors carte blanche pour réaliser son projet fou, et cela, contre l’avis de la communauté scientifique et le bon sens le plus élémentaire.

C’est l’appât du gain qui motive alors nos antagonistes. Le projet est vendu à la population comme un progrès indispensable pour la race humaine qui en tirera dans son ensemble un profit énorme, notamment grâce à l’hypothétique création d’emplois que le minage entraînera (la fameuse théorie du ruissellement).

À ce moment, le film fait rire jaune. La satire est trop parfaite. Malgré l’imminence de la catastrophe, les rouages capitalistiques ne s’arrêtent jamais et aucun responsable politique ne souhaite les arrêter. Chez Mckay la classe bourgeoise a conscience d’elle-même et sait qu’elle est protégée. Si la classe dominante arrive à exploiter les ressources de la comète, elle en sortira plus fortunée, si elle échoue, fuir la planète reste une option qui s’offre à elle. 

En plus de la critique capitalistique, le film met à mal la croyance selon laquelle le progrès industriel et technologique nous permettra d’empêcher l’accélération du réchauffement climatique. Ce progrès, s’il peut être souhaitable, est en réalité très incertain et constitue un pari risqué sur l’avenir de l’espèce et de la planète. Le film remet aussi en cause la position de pouvoir des PDG et autres grands industriels qui ne sont ni des génies ni de grands visionnaires, mais plus simplement des businessmen à l’égo démesuré. Scientifiques et industriels sont d’ailleurs mis en opposition à travers les personnages du Docteur Mindy et de Peter Isherwell et le rapport de force est largement en faveur du PDG, de celui qui peut rapporter le plus de valeur à court terme. Les scientifiques sont alors présentés comme impuissants, incapables d’infléchir les décisions politiques. Ils ne font pas le poids face à la machine capitaliste, pas plus que le reste de la population. 

Il en ressort un long-métrage assez sombre, voire catastrophiste malgré l’humour disséminé tout du long. Difficile toutefois de lui reprocher ce défaitisme, tant il est rafraichissant de voir un film qui prend autant au sérieux la question écologique et la traite avec la gravité qu’elle mérite. 

Dont Look Up est une parabole de la crise écologique et montre l’absurdité du comportement des dirigeants face à la crise climatique. Tout comme la comète, le réchauffement climatique est remis en cause et pris à la légère, sujet à controverse sur les plateaux télés alors que le consensus scientifique est clair sur la question. Tout comme la comète, l’écologie n’est que trop rarement le sujet au cœur des programmes et des politiques publiques. C’est une question secondaire qui peut être remise à plus tard. Tout comme la comète, le réchauffement climatique touche d’abord les personnes les plus pauvres. Pourtant, tout comme une comète qui fonce à toute allure sur la Terre, si le réchauffement climatique n’est pas pris au sérieux, lui aussi entrainera une extinction de masse des espèces et rendra les conditions de vie sur Terre impossible pour la survie de l’espèce humaine.  

Bonne année et bonne fin du monde, 

Fehri Bouden

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