Gossip Girl 2.0 : un reboot chaotique 

Lecture 5 min. Cet article contient des spoilers majeurs.

On a beau chercher d’autres adjectifs pour décrire ce nouveau cru de Gossip Girl, la mythique série pour ados, on ne trouve pas. Ni véritablement péjoratif, ni proprement dithyrambique, chaotique est l’épithète idéale pour qualifier le reboot d’une série qui aura durablement marqué la culture populaire. La série s’achève ainsi sur un bilan mitigé, partagée entre bonnes idées, réactualisations bienvenues et travers classiques des séries pour ados. Bilan de cette première saison, dont la suite est déjà programmée.

Gossip Girl 2021, c’est quoi ? 

Ici, on prend les mêmes et on recommence. Retour à Constance Billard-St Jude, prestigieux lycées du non moins prestigieux Upper East Side. La reine Blair n’est plus, place à l’influenceuse star du lycée, Julien Calloway alias JC. Elle et sa suite, Luna, Monet, Audrey, Max, Aki et Obie, règnent d’une main de fer sur le microcosme des ultra riches. Leur vie à tous est d’abord chamboulée par l’arrivée au lycée de Zoya alias Z, demi-soeur de Julien venue de Brooklyn, comme Dan Humpfrey en son temps. Julien et Zoya partagent une mère mais ne se connaissent que très peu, en raison de la haine mutuelle que leurs pères respectifs se vouent. Z est donc l’outsider de cette cuvée, la version 2021 du garçon solitaire. 

Et Gossip Girl dans tout ça ? Elle constitue la première innovation de la série, une idée intéressante mais à double tranchant. En effet, le reboot fait le choix intelligent de ne pas taire l’identité de Gossip Girl six saisons durant comme son prédécesseur, afin d’éviter toutes les incohérences qu’avaient entraînée la révélation de celle-ci en son temps. Ici, on assiste à la naissance du monstre. Malheureusement pour les scénaristes, un tel choix entraîne nécessairement quelques ajustements. Vous ne pouvez pas en effet faire de l’un des protagonistes principaux de la série un influenceur manipulateur et vicieux sans sacrifier une partie de l’intrigue. Il faut donc choisir un personnage crédible dans le rôle mais suffisamment en dehors des intrigues adolescentes pour ne pas les sacrifier sur l’autel de la cohérence.

Face à ce dilemme intervient le deuxième choix intelligent des scénaristes : les profs. Quasi inexistants dans la version 2000, à tel point qu’on se demandait bien si les personnages avaient réellement des cours, ils tiennent dans le reboot une place centrale. Kate Keller, jeune professeure d’anglais, en a assez d’être chaque jour rabaissée par des élèves mille fois plus riches qu’elle et tout aussi inconséquents. Elle et les autres professeurs, quotidiennement au cœur de l’action et des drames sans que leur présence ne soit remarquée, décident de s’allier pour faire renaître de ses cendre l’antique blog de Dan Humpfrey, sous la forme d’un compte Instagram, 2021 oblige. Au début ignorée de tous, Gossip Girl 2.0 fait du triangle amoureux JC/Zoya/Obie son fonds de commerce et devient rapidement très influente. Une bonne idée qui se retourne quelque peu contre la série, obligée de développer une intrigue parallèle autour des professeurs, pas toujours intéressante, mais qui permet aussi de saisir la complexité du sentiment qui anime l’entité Gossip Girl, entre revanche sociale et pur sadisme. 

Ce qui fonctionne dans le reboot 

Sans aucun doute, le gros atout de cette cuvée est d’avoir su, comme peu avant elle, s’ancrer dans son époque. Si l’originale était un reflet imparfait des années 2000, cette version-là est parfaitement au fait de toutes les tendances. Les réseaux sociaux sont omniprésents, le blog originel est devenu une page Instagram, les lycéens sont des influenceurs, Tik Tok est un outil de communication banal et surtout le contrôle de l’image est permanent. La série n’hésite pas d’ailleurs à ironiser fortement sur le sujet, quitte à se moquer de ses personnages principaux. Les memes sont partout, tout le temps, à tel point que la série elle-même semble vouloir en fournir quantité à ses spectateurs. 

Logiquement donc, la série est ultra référencée. Les allusions à la pop culture sont quasi permanentes et plus que contemporaines. Par exemple, lorsqu’Audrey pousse sa mère à présenter sa collection à une styliste connue (la mère de Blair pour les puristes, qui fait ici une apparition remarquée), celle-ci lui rétorque qu’il ne suffit pas de se présenter avec de bonnes idées pour réussir car « nous ne sommes pas dans Emily in Paris ». Un tacle amusant à la série Netflix, qui avait déchaîné les passions en son temps. Et Gossip Girl 2.0 fait constamment référence à des émissions de télé-réalité, à la politique américaine, à la pandémie de Covid 19 (heureusement terminée dans leur univers) et au confinement prolongé de New York, à tel point que la série semble se dérouler en même temps qu’on la regarde, ce qui contribue à renforcer sa crédibilité mais aussi son ancrage dans une réalité partagée avec le spectateur. 

Autre aspect capital de cet contemporanéité : la bande-son. Très travaillée, résolument actuelle, elle brasse les genres et célèbre les jeunes artistes à l’image de la génération Tik Tok qui déterre de vieux morceaux et consacrent en quelques semaines de nouvelles superstar. Ici se côtoient The Killers, Olivia Rodrigo et Dua Lipa, pour notre plus grand plaisir. La réalisation est aussi plus léchée dans l’original, HBO oblige. On peut noter ici et là quelques plans remarquables qui font globalement de la série un beau produit fini. 

Pour terminer, la série se saisit enfin des thèmes de son époque. Là où la Gossip Girl d’origine avait raté des dizaines de rendez-vous d’actualité, sur l’homosexualité d’Eric ou la critique du patriarcat, la version 2021 corrige le tir et dézingue tout sur son passage, avec plus ou moins de subtilité. Ici, la diversité est de mise à chaque instant (les deux personnages principaux étant afro-américains), la bisexualité n’a plus rien de choquant, le polyamour est envisagé sans complexes, la masculinité toxique est battue en brèche et surtout la série ne fait pas l’impasse sur les grands combats menés ces dernières années. Dans l’épisode 9, sans doute le plus réussi, la série s’empare du mouvement #MeToo pour faire peser sur le père de JC des soupçons d’agression sexuelle. Etant une personnalité publique, la jeune fille se retrouve dans une position délicate que la série met parfaitement en scène. Après l’apparition de preuves concordantes, JC fuit le cocon familial et se retrouve accusée par Gossip Girl de défendre son père au détriment de la parole des victimes. Un épisode très réussi, qui traite habilement de thèmes difficiles, et qui s’ouvre sur une scène parfaite où chacune des femmes de la série est questionnée sur son rapport à la parole (sur l’incroyable Boys will be boys de Dua Lipa). 

En ce sens, Gossip Girl 2021 réussit à faire plus que du marketing et du queer baiting en s’emparant de thèmes actuels et parfois difficiles pour les moderniser : faut-il se servir des plateformes médiatiques pour obtenir une forme de justice ? Est il juste de vilipender quelqu’un sur la base de rumeurs ? Là où Gossip Girl se fait la plus intelligente, c’est encore dans les dilemmes moraux qu’elle pose. Est il justifié d’humilier les autres quand on est soi-même une victime ? Est il moral de vouloir préserver son image à tout prix ? Une série de questionnements très actuels que la série pose intelligemment. 

Ce qui ne fonctionne pas dans le reboot 

Paradoxalement, être aussi actuelle est parfois une épine dans le pied de cette nouvelle mouture. On croule tellement sous les références à la pop culture et à l’actualité qu’on ne sait plus où donner de la tête, et cela rend certains dialogues véritablement risibles. L’écriture des dialogues tranche souvent avec le style très premier degré qu’HBO a voulu donner au projet, au point que la comédie prend souvent le pas sur le drame et donne à voir un étrange spectacle, extrêmement méta donc comique, dans un carcan trop sérieux pour son propre bien. 

De la même manière, certaines problématiques contemporaines sont traitées avec une telle lourdeur qu’on en viendrait presque à regretter l’époque où tout le monde s’en fichait. Le trouple Audrey-Max-Aki en est le parfait exemple. Sur le papier, l’idée est intéressante. Aki apprend à vivre avec sa bisexualité et la réaction d’Audrey offre une vision positive des relations de couple. Mais quand Max s’en mêle, le propos devient trop appuyé et franchement lassant. Offrir une nouvelle vision de la sexualité est une noble cause, mais mêler tous les styles de relations autour de ces trois personnages rend le tout assez indigeste, d’autant que les autres personnages ont des vies de couple plus que classiques qui auraient pu se prêter à d’autres types d’innovations. 

Autre gros point noir : le scénario. La série veut tellement bien faire qu’elle en oublie qu’il faut raconter quelque chose. Ici, passés les quelques dilemmes moraux évoqués plus haut, on retombe très rapidement dans les travers de ce genre de séries, avec une intrigue assez plate, répétitive et globalement bâclée. Tout n’est que chutes de JC et tentatives de redorer son blason. Tout n’est que disputes entre soeurs qui s’apprivoisent. Les personnages sont pour la plupart monolithiques et ne dévoilent que très rarement leur complexité. Leurs problèmes se révèlent bien souvent quelconques, pas assez outranciers pour nous passionner, pas assez crédibles pour nous émouvoir. Gossip Girl se situe à mi-chemin entre le soap opera et le teen drama, dans un endroit où il ne fait pas bon rester. 

Enfin et surtout, certains personnages sont complètements ratés. Le gros point noir de cette première saison est sans conteste le soi-disant tombeur Obie, au centre d’un triangle amoureux qui peine à convaincre. L’acteur Eli Brown ne parvient jamais à insuffler ne serait-ce qu’une once de vie dans ce personnage sous-développé, insipide, pleurnichard et agaçant. Entre une écriture très faible et un acteur inexistant, on craint le pire pour l’avenir d’Obie. Il n’est malheureusement pas le seul à blâmer. Aki se révèle être un bi bien ennuyeux, Max est un accro au sexe pas très engageant et Luna une potiche, Zoya passe son temps à crier et Julien à se plaindre. Ceci dit, tâchons de nous rappeler que Gossip Girl première du nom souffrait elle aussi de ces mêmes défauts à ses débuts, puis la série avait su tirer de ces ébauches des personnages forts et en tant soit peu complexes. L’espoir est donc permis. 

En clair, Gossip Girl 2.0 est un reboot qui méritait certainement d’exister, ne serait-ce que pour faire oublier les nombreuses erreurs et omissions de la version précédente qui n’a jamais vraiment su vivre avec son temps. Derrière l’intention louable et les idées malignes, il faudra maintenant trouver une véritable narration permettant de donner de l’ampleur à l’intrigue, au risque sinon de collectionner les saisons interchangeables et insipides. La fin de la saison 1 laisse en tout cas présager une amélioration, attendue et espérée. Affaire à suivre. XOXO. 

Mathias Chouvier

Disponible sur HBO Max. Découvrez la bande-annonce ci-dessous :

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