Lee Pace ou la voie impériale vers la reconnaissance

Lecture 4 min.

Ovni de la planète cinéma mais visage vu par tant dans des productions hollywoodiennes à gros budget (Twilight, Les Gardiens de la galaxie…), Lee Pace s’est fait une place des plus particulières ces dernières années. Il a acquis, au fil de ses participations dans des productions remarquées, bien que parfois confidentielles, une notoriété se liant au culte underground

C’est cependant dans une production bien moins underground qu’il revient aujourd’hui en portant la nouvelle série Foundation d’Apple TV, reprise des livres d’Isaac Asimov. 

Acteur aux mille visages, Lee Pace a su se réinventer de nombreuses fois dans sa carrière. Cette dernière commence au théâtre où il joue dans une troupe avant d’intégrer la prestigieuse Julliard School. Grâce à sa formation classique et à son expérience grandissante dans le théâtre, il se tourne rapidement vers le milieu audiovisuel en choisissant d’interpréter le rôle d’une femme transgenre dont un soldat tombe amoureux dans le film Soldier’s Girl

Il déclare lui-même que, malgré son excellente formation à Julliard, rien ne l’avait préparé à ce rôle mais qu’il y retrouve les raisons de son amour pour l’art dramatique : la possibilité de jouer des rôles compliquées et importants ainsi que celle de faire évoluer les perspectives. 

Avec un premier pied dans le monde audiovisuel, Lee Pace va de recommandations en recommandations. Il n’a jamais vraiment atteint une reconnaissance populaire mais il est spécifiquement demandé par des auteurs de renom à l’instar de Bryan Fuller (créateur des séries Hannibal et American Gods) lui offrant son premier rôle principal dans Pushing Daisies, série policière comique dans laquelle Lee Pace incarne un pâtissier pouvant ramener les morts à la vie. Peter Jackson lui confie le rôle de Thranduil, roi des elfes dans la trilogie du Hobbit.

À travers les choix de carrière de Lee Pace, se retrouve une dualité entre grosses productions et projets plus discrets, lui permettant d’aborder des rôles plus complexes. Il faut aborder deux de ces projets méritant amplement une attention toute particulière avant de revenir sur son rôle le plus récent. 

The Fall (2008)

Tourné pendant 4 ans dans plus d’une vingtaine de pays et autofinancé par son réalisateur Tarsem Singh, The Fall est une mise en abîme de narration et une véritable déclaration d’amour enluminée au cinéma. Le film raconte la convalescence d’une petite fille dans un hôpital à Los Angeles en 1920 qui se lie d’amitié avec un cascadeur. Celui-ci, pour la distraire, lui décrit un conte aux personnages fantasques vivant dans des pays aux décors majestueux.

S’éloignant de toute production existante par son excès assumé, The Fall adopte une structure plutôt convenue pour transporter son spectateur. Le film contient une âme si forte, des couleurs vibrantes, des décors imposants et un Lee Pace d’une justesse inspirée, et transpire de bonnes intentions. Œuvre décrite comme méritant d’être vue simplement parce qu’elle existe, ce conte fantasmé tel un rêve fiévreux par son réalisateur transporte et inonde de couleurs en sublimant des paysages grandioses. 

Halt and catch fire (2014-2017)

Série confidentielle si ce n’est occulte de la chaîne AMC (celle qui a diffusé Breaking bad, The Walking Dead et biens d’autres), Halt and Catch Fire est devenue au fil du temps une étape sérielle acclamée par de nombreux amateurs. Véritable série d’époques, la méconnaissance de cette série réside peut-être paradoxalement dans son sujet : le milieu informatique des années 1980. Néanmoins elle n’a de désuet que la technologie et plonge pendant quatre saisons et deux décennies dans un monde de progrès, d’ambition, de pouvoir et de créativité. 

Halt and Catch fire s’attache surtout à Joe, un visionnaire ambitieux qui va parasiter une entreprise familiale établie pour développer ses propres projets, entraînant avec lui un ingénieur et une développeuse afin de façonner les premiers ordinateurs personnels. 

Bien que ne déployant rien de très original à première vue, le véritable intérêt de la série réside dans les performances puissantes et habitées des acteurs à commencer par Lee Pace. Tout en ambition et alternant au fil des saisons entre un décideur arrogant et une troublante représentation des magnats de la technologie des années 1990, l’acteur déploie l’entièreté d’un talent sous-estimé.

Au fil des saisons, l’œuvre mue et se développe pour créer une perle sérielle cachée. Bien plus qu’une ode geek, les personnages complexes et détestablement attachants sont sublimés par une réalisation sobre et marquante et une atmosphère juste laissant un étrange goût de nostalgie non vécue.

Foundation (2021) : impérial Lee Pace 

Épopée futuriste dernière-née des séries d’Apple TV, Foundation adapte la série de livres d’Isaac Asimov, principalement connu pour avoir théorisé les lois robotiques.

Dans un régime impérial régnant sur la galaxie toute entière, un professeur de statistiques (Jared Harris) dévoile une théorie prédisant la chute inévitable de l’Empire, de la civilisation avec lui et la disparition quasi-complète des connaissances acquises. Néanmoins il prétend pouvoir raccourcir la durée de la période sombre suivant cette chute de trente mille ans à seulement un millénaire en échange de ressources pour développer une colonie de scientifiques et de savants, garants du savoir commun. 

À travers une esthétique colorée et majestueuse construite dans un univers cohérent bien que complexe, la série aborde des thèmes allant de la transmission de connaissances à l’obscurantisme religieux. Foundation livre une fresque grandiose alliant machinations politiques et jeux de pouvoir bien que perdant un peu de sa substance en embrassant un monde abondant et en délaissant quelque peu les relations entre les personnages. 

Jared Harris y retrouve son costume de sceptique, passant ainsi de savant explorant Tchernobyl dans la mini-série éponyme à mathématicien ennemi d’un régime autocratique. 

Et malgré un avis évidemment biaisé matérialisé par cet article, la performance de Lee Pace apporte au personnage de l’Empereur une complexité bienvenue, utilisant le prisme d’un empereur tricéphale pour aborder des sujets aussi variés que l’héritage culturel et l’identité. 

Foundation, déjà renouvelée pour une deuxième saison, sera peut-être enfin l’occasion pour Lee Pace d’accéder à une célébrité amplement méritée. Et pourquoi pas lui permettre d’apparaître dans plus de contenu (il est permis d’espérer). 

Maximilien Ruda

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s