The French Dispatch : absolument Wes Anderson

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Dernier né du méticuleux réalisateur texan, The French Dispatch est la sublimation d’un cinéma andersonien, sa quintessence surchargée. Wes Anderson s’y abandonne complètement et touche peut-être à la limite de son style maniaque.

Chapelet de récits rendant chacun un hommage posthume à un journalisme romantique, le long-métrage se dépouille des carcans de la narration pour se transformer en musée. Chaque spectateur aura sa salle favorite : la création d’une fresque monumentale par un peintre interné (Benicio del Toro) ayant pris comme muse sa propre geôlière (Léa Seydoux), l’histoire d’amour adolescent entre soixante-huitards (Timothée Chalamet, Lyna Khoudri) ou le polar sophistiqué impliquant cuisine, prise d’otage, luttes de gangs et bande dessinée belge (Mathieu Amalric, Steve Park). Le tout sous la narration conférencière (littéralement pour le premier sketch) du fleuron de la rédaction du French Dispatch (Tilda Swinton, Frances McDormand et Jeffrey Wright), supplément raffiné du Kansas Evening Sun, établi en Métropole par Arthur Howitzer Jr. (Bill Murray).

Anderson profite d’une structure scénaristique arborescente pour transformer chaque scène en la diapositive d’une longue exposition stylistique. Sur une histoire qui renonce à en être une, la mise en scène, brutale d’inventivité, flamboie. Les personnages, tous incarnés par des têtes d’affiche, ne restent que le temps d’un cadre méticuleusement découpé. Le réalisateur s’amuse, joue avec d’innombrables détails et techniques, alternant sans transition entre le noir et blanc, les décors grandeur nature, les maquettes, les intérieurs pastels, les extérieurs épurés, le stop-motion, le dessin animé. 

The French Dispatch est violent dans son rythme, dans l’effervescence créative d’un réalisateur qui, sans se départir de son univers, le pousse toujours un peu plus. The French Dispatch, dans sa myriade de détails, est l’œuvre d’un Wes Anderson désinhibé, furieux de sa création. Le film demanderait plusieurs visionnages pour épuiser l’entièreté de son génie artistique.

The French Dispatch est un musée. Parce que derrière les vitrines sublimes, Wes démontre une virtuosité taxidermiste, un rapport macabre au cinéma. Avec une précision d’orfèvre, le réalisateur texan tente de faire jaillir la vie, comme dans ce prologue où la ville fictive d’Ennui-sur-Blasé, toile de fond aux trois récits, s’anime aux aurores. Mais ce sont des automates qui glissent sur la photographie maniérée. Wes Anderson a construit une gigantesque maison de poupées dont les protagonistes de porcelaine manquent de substance. Un mausolée. Glacial malgré l’effusion. D’une certaine raideur malgré la virtuosité. 

Nous, on a adoré.

Timothée Wallut

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