Eiffel : faux biopic, vrai navet

Découvrez l’histoire du monument le plus célèbre de Paris dans ce vrai-faux biopic qui ressemble à s’y méprendre à un clip de promotion de l’Office de tourisme de Paris, capitale de l’amour. Lorgnant sans vergogne du côté de Titanic, Eiffel n’en a ni le souffle épique, ni le gigantisme, ni le charme, ni le réalisateur. Mis en scène par Martin Bourboulon, qui avait décidément le nom de l’emploi, le film est un énorme raté.

Eiffel raconte la genèse de la Tour Eiffel, et l’histoire d’amour parallèle entre Gustave Eiffel et une certaine Adrienne, qui lui aurait inspiré le monument. Alors que l’ingénieur veut se concentrer sur le métro pour l’Exposition universelle, une simple remarque de son ancienne bien aimée retrouvée par hasard suffit à le faire changer d’avis. « Il faut voir plus grand, plus audacieux », dit-elle. Il est vrai que c’est convaincant. Nous voilà donc embarqués dans une drôle de parade nuptiale qui consiste à construire une tour gigantesque au bord de la Seine pour reconquérir une ex. Soit.

Et puis voilà, c’est à peu près tout ce qu’Eiffel raconte. Narrativement, c’est très pauvre. Le film est totalement dépourvu d’enjeux. Jamais la construction de la Tour ne semble poser problème, et pour un chantier de cette ampleur, c’est quand même fort de café. Gustave résout tous les problèmes en un claquement de doigts, quand ils ne se résolvent pas d’eux-mêmes (cette grève qui commence au milieu et dont l’issue n’est littéralement jamais montrée ou même expliquée). Le film se contente de raconter une histoire d’amour aussi mielleuse que convenue, dont l’issue nous apparaît dès la première scène, histoire de tuer tout suspens. La construction de la Tour, véritablement secondaire, ne sert qu’à montrer où est passé tout le budget de ce film ampoulé. Car oui, la reconstitution est assez somptueuse, dommage qu’elle soit totalement accessoire. 

Eiffel est un drame romantique sur fond d’urbanisme, sans aucune ambition ni frisson. Pas d’aventure, beaucoup de regards langoureux, un soupçon de trahison et une issue prévisible et franchement frustrante. Le film est une déception à tous les égards ou presque. Des seconds rôles insipides et monolithiques (la fille de Gustave, le mari d’Adrienne) aux séquences franchement gênantes (quand le mari d’Adrienne abandonne Gustave sur la route ?), Eiffel est une mécanique qui ne prend jamais. 

Le tout n’est pas arrangé par la réalisation carte postale de Martin Bourboulon, même s’il signe quelques plans plutôt soignés. Le problème étant que tous les belles séquences sont totalement artificielles, de doux intermèdes publicitaires au milieu d’un film sans saveur. Ne parlons même pas d’Emma Mackey qui ne prend pas une ride alors que près de trente ans s’écoulent et que Romain Duris, lui, termine en grand-père. La temporalité du film est un non-sens absolu, Mackey incarnant tour à tour une adolescente et une trentenaire.

Ne parlons pas non plus des ficelles scénaristiques énormes, de l’écart d’âge gênant entre les deux acteurs, ni du travestissement outrancier de la réalité. Ne parlons pas enfin du dernier plan (dix bonnes secondes), qui nous fait bien comprendre que la Tour fut inspirée par le A du prénom Adrienne, suivi d’un carton qui nous apprend que la Tour Eiffel a la forme d’un A, au cas où le dernier plan n’ait pas suffi…

Eiffel est donc un sous-sous-produit de Titanic qui ne trouve jamais l’équilibre parfait entre amour et aventure du film de Cameron. A vrai dire, il ne s’en approche même pas. Le film de Martin Bourboulon est un assemblage maladroit de scènes plus ou moins bien faites, qui hésite constamment entre biopic et film à l’eau de rose, pour finir par n’être aucun des deux. On se fiche de ce couple voué à l’échec, on se fiche de la Tour Eiffel, on ne frissonne pas, on ne vibre pas, pire encore on n’apprend rien. Bref, on s’ennuie devant cette production pharaonique qui n’a jamais les moyens de ses ambitions, la faute à un script lacunaire et ridicule. Et l’on ne peut s’empêcher de sortir en se disant : « Tout ça pour ça ». 

Mathias Chouvier

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