Midnight Mass : Le cauchemar déconcertant de Mike Flanagan

Une île isolée, une tempête et une fièvre mystique… La nouvelle série de Mike Flanagan avait tout d’un cauchemar. Après nous avoir fait trembler avec The Haunting of Hill House, nous avoir fait pleurer avec Bly Manor, le retour à la série du nouveau grand nom de l’horreur était très attendu. Finalement, Midnight Mass (Sermons de minuit en VF) est une autre forme de cauchemar, un cauchemar intérieur sur le chemin de croix que chacun de nous doit emprunter. Un cauchemar donc, mais pas le cauchemar attendu. 

Dans Midnight Mass, on suit un jeune premier condamné pour homicide involontaire après avoir tué une jeune femme dans un accident de voiture. Après avoir purgé sa peine, il rentre sur son île natale, chez ses parents, en même temps qu’un nouveau prêtre, le Père Hill, venu pour remplacer le Père Pruitt parti en pèlerinage. A mesure que l’emprise du nouveau prêtre s’étend sur la petite communauté insulaire, les masques tombent et les révélations s’enchaînent jusqu’au final en forme d’apothéose sanglante et brutale. 

Midnight Mass est une série à combustion lente, très bavarde, qui ne parlera clairement pas à tout le monde. Mike Flanagan fait un pas de côté pour sortir de sa veine horrifique dans ce qui s’apparente à un conte philosophique teinté de fantastique. La série est surtout l’occasion d’une longue digression sur la foi, parfois un peu brouillonne mais qui a le mérite de véritablement détonner dans le paysage audiovisuel. Une sorte de variant bestial et sanglant de The Leftovers, qui déconcerte autant qu’il passionne. Flanagan met en scène une communauté fervente mais en proie à ses démons, où ceux qui vont recevoir l’expiation ne sont pas ceux qui l’auront le plus cherchée. Parabole du péché d’orgueil, Midnight Mass met en lumière le puritanisme de masse comme perversion ultime de l’âme, ou comment tout devient charitable du moment que l’on y croit vraiment. 

Comme toujours chez Mike Flanagan, la réalisation fait mouche. Le showrunner, qui réalise tous les épisodes, signe quelques plans qui vous hanteront longtemps après, et des séquences virtuoses, comme celle du plan séquence sur la plage. Midnight Mass ménage ses effets horrifiques pour nous concocter quelques séquences profondément marquantes, mais c’est encore dans les dialogues que Flanagan s’en sort le mieux. Il est très facile d’être agacé par les longues discussions qu’échangent les personnages, mais si l’on se prend au jeu, force est de constater que le réalisateur et scénariste fait preuve d’une foi sans limite en ses dialogues, ne se permettant pas même de les couper. Une prouesse rendue possible par des performances d’acteurs épatantes, des habitués du réalisateur (sa femme Kate Siegel, Samantha Sloyan, Annabeth Gish) aux petits nouveaux (le remarquable Zach Gilford mais surtout Hamish Linklater qui livre une prestation habitée dans le rôle du Père Paul). 

Midnight Mass est donc une série déconcertante, qui s’amuse à tromper le spectateur sur sa vraie nature. Est ce un essai sur la foi ou une critique du mysticisme ? Est-ce une série fantastique ou un cours de théologie ? La force de la série est qu’elle vous oblige à ne jamais trancher. En refusant de choisir son camp, Flanagan opère un mélange des genres déconcertant, visuellement sublime, et constamment surprenant. On adhère, ou on déteste. 

Disponible sur Netflix.

Mathias Chouvier

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