Mostra de Venise 2021 : Le bilan de nos membres

Madres paralelas de Pedro Almodovar

Avec “Madres paralelas”, Almodóvar ouvre la Mostra de Venise en majesté

Max : 8/10

Almodovar ouvre la Mostra avec un film d’une grande délicatesse, qui traite avec intelligence le thème de la maternité. Les dialogues sont comme toujours impeccables, et la BO enivrante vient sublimer la remarquable performance (sa meilleure?) d’une Penelope Cruz réellement touchante. C’est une œuvre peu inventive mais si agréable, un très bon moment.

Dune de Denis Villeneuve

Dune - Film (2021) - SensCritique

Max : 8/10

Dune est une prouesse technique. Denis Villeneuve arrive encore à épater son public après son excellent Blade Runner, en recréant cette fois-ci avec perfection l’univers de Frank Hébert. La musique de Hans Zimmer vient sublimer la mise en scène grandiose et la force du casting légendaire de ce film hors-concours. Pourtant, tout est loin d’être parfait : Dune s’avère être un long prologue difficile à suivre et qui prend trop de temps à instaurer les bases d’une suite que l’on attend pendant plus de deux heures trente; il faudra patienter encore un moment…

Les promesses de Thomas Kruithof 

Les Promesses - film 2021 - AlloCiné

Max : 4/10

Malgré de bons dialogues, ce drame politique est en somme peu captivant , et les acteurs secondaires essaient honorablement d’élever la performance d’une Isabelle Huppert molle et insipide. Le film n’exploite pas vraiment son potentiel et devient de moins en moins intéressant, mais il a le mérite de l’être à quelques rares moments.

The Card counter de Paul Schrader

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Max : 7/10

Bonne surprise de Paul Schrader dont le film sélectionné est d’une grande intensité. Oscar Isaac délivre une performance pleine de nuances dans cette étude ingénieuse d’un personnage complexe, à travers des dialogues de qualité. Dommage tout de même que dans un film qui regorge d’idées, le scénariste décide de s’attarder sur des petits éléments secondaires, tandis que d’autres plus intéressants sont traités trop rapidement.

The Lost Daughter de Maggie Gyllenhaal 

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Max : 6/10

Maggie Gyllenhaal n’a pas totalement démérité sa place en sélection pour son premier film. La mise en scène est intéressante et la réalisatrice sait diriger ses acteurs talentueux, notamment Olivia Colman, toujours juste. Par contre, trop de flashbacks viennent rompre le rythme déjà lent de ce drame de plus de deux heures, qui n’est pas suffisamment captivant pour justifier cette durée.

Last Night in Soho d’Edgar Wright 

Max : 8/10

On ne voit pas le temps passer devant le nouveau film d’Edgar Wright. Le montage impressionnant apporte une grande énergie à ce thriller, brillant par sa mise en scène qui capture l’essence de la performance de ses deux actrices principales, sublime par ses décors et ses costumes qui recréent l’atmosphère de l’époque sans tomber dans le kitch. On ressent tout de même l’effet « too much » à certains moments : l’auteur a de très bonnes idées, mais il en surexploite certaines. C’est pourtant le genre de films qu’on aimerait voir plus souvent dans nos salles obscures…

Mathias : 8,5/10

Edgar Wright et moi avons toujours eu une relation en dents de scie. Plutôt fan de Shaun of the dead, pourfendeur de Scott Pilgrim et de l’immonde Baby Driver, autant dire que son retour au cinéma d’horreur était source d’attente autant que de crainte. Finalement, Wright relève le pari haut la main avec cet ingénieux film de genre, portrait croisé de deux jeunes femmes qui commence comme un conte de fée pour très vite basculer dans le cauchemar, et interroge notre fascination pour des époques que nous n’avons pas connues. Servi par la meilleure mise en scène de toute sa filmographie. Wright réussit la synthèse parfaite du beau et du bon dans Last Night in Soho, déclaration d’amour au célèbre quartier londonien autant qu’au cinéma de genre, ultra référencé (Suspiria, Répulsion et bien d’autres) et très habilement construit. Rajoutez à cela une BO incroyable et pour une fois justifiée, un duo Anya Taylor-Joy/Thomasin McKenzie au sommet et une photographie à couper le souffle, et vous obtenez le meilleur film d’Edgar Wright, tout simplement.

Pierre : 8/10

Superbe surprise pour notre premier film de cette Mostra 2021 que Last Night in Soho. Après le nullissime Baby Driver, Edgar Wright semble en effet avoir repris des couleurs. Thomasin Mackenzie y campe Ellie, une jeune provinciale passionnée des sixties débarquant à Londres pour ses études supérieures. Mais elle commence rapidement à rêver de Sandy, jouée par Anya Taylor-Joy, une jeune fille ayant débarqué à Londres avec les mêmes rêves de grandeur dans les années soixante… Bien que pas toujours subtile, le film démystifie avec brio les swinging sixties, cette période soi-disant bénie pour tous les sexes. La mise en scène d’Edgar Wright est particulièrement inspirée lors des scènes de rêve, sans être aussi tape à l’œil que lors de certains de ses précédents films. Enfin la bande-originale d’époque est particulièrement savoureuse. Bref, un film très réussi.

Illusions perdues de Xavier Giannoli 

Mathias : 8/10

Adaptation impossible de l’un des monuments de la Comédie Humaine, Illusions perdues fait honneur à l’immense roman de Balzac, qui suit le parcours du jeune Lucien, un provincial débarquant dans la Capitale avec l’idée de devenir écrivain. Le film de Xavier Giannoli est une excellente surprise, merveille d’écriture et de réalisation, servi par un casting parfaitement composé et très impliqué (Benjamin Voisin, Jeanne Balibar, Cécile de France, Vincent Lacoste, Gérard Depardieu, Xavier Dolan, pour ne citer qu’eux). Critique de la presse, satire sociale, mais aussi film d’apprentissage, Illusions perdues résonne d’autant plus avec notre époque que ses thématiques restent très actuelles. Seuls points faibles : le début un peu trop mou et la voix off didactique mais nécessaire pour ne pas gâcher l’œuvre et fournir le contexte. Finalement, Giannoli réussit l’exploit de transcender Balzac sans jamais lui manquer de respect.

Pierre : 7/10

Le nouveau film de Xavier Giannoli est ambitieux. Il adapte le roman éponyme d’Honoré de Balzac, qui suit Lucien de Rupembré, un jeune provincial monté à Paris pour y suivre la baronne dont il est amoureux. Bien qu’un peu long à démarrer, le film est particulièrement réussi : tous les acteurs sont excellents (qu’il s’agisse entre autres, de Benjamin Voisin, Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Jeanne Balibar ou Gérard Depardieu) et la reconstitution d’époque est très réaliste. On notera aussi l’actualité de la satire de la presse, manipulée, manipulable et prête à tout pour faire de l’audience, que l’on pourrait également appliquer à certains médias contemporains.

Mona Lisa and the blood moon d’Ana Lily Amirpour

Max : 4/10

Si on pouvait s’attendre à un film créatif et divertissant, force est de constater qu’on a eu tout l’inverse. Le scénario grotesque n’exploite pas son potentiel, et présente des personnages inintéressants interprétés par des acteurs qui le sont tout autant. On peut toutefois noter quelques bonnes idées de mise en scène. Dommage.

Mathias : 6/10

Road trip déjanté à la Nouvelle-Orléans pour une évadée d’hôpital psychiatrique aux capacités impressionnantes, qui devient copine avec une strip-teaseuse et son fils. Après l’excellent A Girl walks home alone at night, Amirpour revient avec ce voyage complètement barré qui interroge sur la puissance du regard masculin et son renversement. Sans chercher à répondre aux questions qu’il pose, le film suit son cours débridé dans une course à la libération plutôt captivante. Le trio Kate Hudson – Craig Robinson – Jeon Jong-seo fonctionne à merveille, la BO rythme intelligemment le film, et la réalisatrice renverse habilement les stéréotypes du genre. Reste un concept sous-exploité et une fin plutôt frustrante alors qu’elle devrait être libératrice, donc un film en demi-teinte.

Pierre : 5/10

Préparez-vous, c’est chelou. Mona Lisa Lee s’échappe de l’hôpital psychiatrique dans lequel elle était interné grâce à des pouvoirs surnaturels sortis de nulle part, et l’on suit ses pérégrinations à la Nouvelle-Orléans auprès de dealers et strip-teaseuses. Malgré un rythme soutenu et une bande-originale électro des plus réjouissantes, le film nous a semblé bien creux, tant on a du mal à comprendre où la réalisatrice veut en venir. Sympa mais oubliable.

Sundown de Michel Franco

Mathias : 6,5/10

Une famille en vacances à Acapulco voit son séjour de rêve interrompu par un décès brutal. Voici le point de départ de cet étonnant drame familial, riche en rebondissements plus ou moins inattendus. Pas sans rappeler Snow Therapy de Ruben Ostlund, Sundown est un habile mélange des genres, porté par Charlotte Gainsbourg et un Tim Roth en grande forme. Formellement, la réalisation de Michel Franco force le respect tant il soigne ses cadres et ses plans. Toutefois, le film n’évite pas quelques longueurs, malgré sa durée d’1h30. Pas un grand film donc, mais un bon film assurément.

Pierre : 6/10

Charlotte Gainsbourg (Alice) et Tim Roth (Neil) en vacances sous le soleil d’Acapulco ça fait rêver, non ? Oui, OK, pas trop, mais ça a suffit à nous donner envie de voir Sundown, nouveau long-métrage de Michel Franco. Suite au décès de sa mère, Alice doit rentrer à Londres en catastrophe. Mais Neil ne la suit pas : prétextant un oubli de passeport, il reste seul à Acapulco, où il passe ses journées sur la plage à ne rien faire. On ne veut pas en dire plus, on risquerait de dévoiler trop de choses, mais le film dresse le joli portrait d’un homme confronté à la mort. S’il est un poil fade par moments, il mérite toutefois le détour.

La Scuola Cattolica de Stefano Mordini

Mathias : 7/10

Dans une école catholique pour garçons réputée des beaux quartiers de Rome, la fin de l’année approche, alors que ce que les italiens appelleront le Massacre de Circé se prépare. De cette affaire qui provoqua une onde de choc en Italie, Mordini tire un film plutôt scolaire sur la forme, très intense sur le fond. Une violence graphique continue sur les trente dernières minutes assez difficile à supporter mais foncièrement justifiée pour rendre compte du calvaire enduré par ces deux jeunes femmes, torturées et violées pendant plus de 36h. Si vous ne connaissez rien à l’affaire, vous apprécierez probablement le film. Quand on sait que le réalisateur a retiré le contexte politique de l’affaire (les trois agresseurs étaient des militants néo fascistes), on a plus de mal à comprendre certains choix et l’on remarque certains trous dans la narration (pourquoi Andrea était-il en prison ?). Malgré tout, La Scuola Cattolica reste un film maîtrisé.

Pierre : 6/10

En competition officielle, ce long-métrage italien de Stefano Mordini narre le massacre de Circeo, terrible fait divers italien, du point de vue d’un personnage imaginaire. En 1975, trois jeunes hommes issus d’une école privée catholique romaine ont violé et torturé deux jeunes femmes, dont l’une jusqu’à la mort. Le film critique cette bourgeoisie italienne qui se croit tout permis. Malgré une éducation supposée stricte dans l’un des plus prestigieux lycées italiens, il ne lui est imposée aucune limite puisque les parents font échapper leurs enfants aux sanctions qui leur sont imposées pour les prémices de leurs comportements déviants à coup de donations faites à l’école. Toutefois, le film occulte presque complètement l’engagement fasciste des trois meurtriers, qui permettrait de nuancer bien plus son portrait à charge de la bourgeoisie romaine. Enfin, la structure du film faite de retours en arrière complique quelquefois la compréhension du film.

L’Événement d’Audrey Diwan

Mathias : 8/10

De l’excellent roman autobiographique d’Annie Ernaux, Audrey Diwan tire un film fort et suffocant sur l’avortement, à une époque pas si lointaine où celui-ci était encore illégal. C’est l’histoire d’Annie qui devient ici Anne, enceinte et déterminée à avorter pour continuer ses études de lettres. Anamaria Vartolomei incarne avec brio le personnage principal, dans un film âpre, jamais complaisant, qui met en scène une jeune femme sûre d’elle et foncièrement libre. Audrey Diwan réalise un film fort et beau, à la mise en scène inspirée, s’appuyant sur de solides seconds rôles tels que l’immense Sandrine Bonnaire ou Pio Marmaï. Un film choc encore et toujours nécessaire, alors que le Texas vient de réduire à néant ou presque les possibilités d’avortement.

Pierre : 9/10

Cette adaptation du roman éponyme autobiographique d’Annie Ernaux, c’est assurément l’un des meilleurs films de cette Mostra 2021. Annie, jeune étudiante en lettre au début des années 60 tombe enceinte. Elle fait alors face au dilemme de toute une génération de femmes : se marier et devenir femme au foyer ou avorter. Annie choisit la seconde voie, sauf qu’à cette époque, l’avortement est illégal en France. Elle va donc devoir lutter contre ses amis, essayant de la dissuader, ses camarades de promotion, qui la prennent pour une traînée et les médecins qui refusent de l’aider à enfreindre la loi, pour ne pas « renoncer à sa vie. » Le portrait de cette étudiante courage est brillant. Il serait sage de le faire voir à tous ceux qui militent encore contre l’avortement, pour leur rappeler les conséquences d’une telle position sur la vie des premières concernées. Pour couronner le tout, Anamaria Vartolomei est solaire dans le rôle titre, probablement la naissance d’une future grande actrice. Un chef-d’œuvre.

Ma nuit d’Antoinette Boulat 

Mathias : 2/10

Que dire sur ce film qui ne lui accorderait pas plus d’attention qu’il n’en mérite ? Le plus surprenant reste encore que des gens aient trouvé un quelconque intérêt à ce script. Ma Nuit raconte l’histoire d’une jeune fille qui a perdu sa sœur et déambule une nuit entière dans Paris. Écrit par une collégienne, réalisé par une lycéenne, le fim est d’une nullité confondante, un gloubi-boulga de répliques affligeantes de platitude quand elles ne sont pas totalement clichées. Des acteurs de téléfilm à la mise en scène insipide, il n’y a rien à sauver si ce n’est peut-être l’alchimie entre les deux acteurs principaux. Dommage que le seul point positif du film ne soit pas de leur fait.

Pierre : 5/10

Premier film d’Antoinette Boulat, Ma Nuit est présenté en compétition Orizzonti à la Mostra 2021. Il suit la balade de Marion, jeune fille morose dans Paris la nuit, notamment lors de sa rencontre avec Alex. Le long-métrage rappelle joliment combien une belle rencontre peut s’avérer salvatrice pour quelqu’un en pleine dégringolade et a le mérite de filmer un Paris nocturne que l’on n’a pas l’impression d’avoir déjà vu dans tous les films se situant dans le même décor. En revanche, le scénario est à revoir : les dialogues sont d’un vide abyssal et les raisons du mal-être de Marion ne sont qu’à peine effleurées. Enfin, les acteurs peinent vraiment à convaincre. Bof, donc.

Qui rido io de Mario Martone 

Mathias : 6/10

Biopic sur la vie d’Eduardo Scarpetta, grand auteur de théâtre italien, Qui rido io est un film destiné avant tout au public italien. Les non-initiés (comme moi) rateront la plupart des références et la rapidité des dialogues ne facilite pas vraiment la compréhension des passages de pure comédie. Plutôt académique sur la forme, le film peut cependant s’appuyer sur la prestation remarquable de Toni Servillo, qui n’aurait pas volé une Coupe Volpi.

Pierre : 5/10

Reflection de Valentyn Vasyanovych

Mathias : 6/10

Film ukrainien qui explore les plaies encore béantes de la guerre russo-ukrainienne de 2014, Reflection est une œuvre atypique, composée de plans fixes très soignés mais nécessairement très lents. On y suit un médecin ukrainien enlevé au front puis son retour auprès de sa famille. Un film intelligent sur le traumatisme, à la mise en scène implacable avec quelques scènes d’une rare violence. Ceci dit, le film s’éternise quelque peu et opère des choix narratifs discutables où la symbolique plutôt grossière ne convainc pas forcément (cf l’incinération de l’oiseau).

Pierre : 4/10

2h10 de film, 25 plans et 3 mouvements de caméra à tout casser. J’espère que vous aimez les plans fixes parce que le film de Valentyn Vasyanovich sur la guerre russio-ukrainienne en use. Mais surtout en abuse. Si la première partie est réussie et plutôt virtuose (notamment la séquence d’introduction au paintball et la scène d’interrogatoire puis de torture), on s’ennuie vite ferme. Une fois le personnage principal revenu chez lui du camp où il était retenu prisonnier, on le voit en plan fixe gravant ses vinyles, nettoyant ses vitres, dînant avec sa fille ou assistant à la crémation d’un pigeon (oui oui). Chacun de ces plans dure 10 minutes ou plus et n’apporte strictement rien, pas même un pseudo-message sur la difficulté de réinsertion d’un soldat que certains ont cru y voir. Dommage.

Halloween Kills de David Gordon Green

Max : 4/10

Le film est une suite de clichés répétitifs, dont le manque total d’utilité et l’absence de propos sont épatants. Jamie Lee Curtis, qui élevait le niveau du volet précédent, est cette fois-ci quasi absente, tout comme l’intérêt qu’on porte aux autres personnages de ce slasher ridicule. Pourtant, quelques bonnes scènes divertissantes sauvent le film de la noyade, en espérant que le prochain ne fasse pas couler la Saga.

Mathias : 6/10

Après l’honorable suite d’Halloween sorti en 2018, David Gordon Green poursuit sa trilogie avec Halloween Kills, volet ultra sanglant et franchement brutal. L’annonce d’une trilogie en amont de la sortie du film tue quelque peu le suspens dans l’œuf, Halloween Kills n’étant alors destiné qu’à être un plat de résistance avant Halloween Ends. De ce fait, Jamie Lee Curtis est très peu présente et le reste ressemble fort à du remplissage. Ceci dit, le film a le mérite de resserrer sa narration sur une nuit sauvage, où la foule se fait aussi violente que le célèbre tueur au couteau. Une boucherie qui tente d’élever son propos sans vraiment y parvenir, mais ne boudons pas notre plaisir : Halloween Kills reste un divertissement à la hauteur.

Pierre : 5/10

Suite directe du remake de 2018, Halloween Kills met encore et toujours Michael Myers aux prises avec Laurie Strode. Et plus largement encore, avec tout Haddonfield. Comme le précédent, le film ne révolutionne ni le slasher ni même le mythe du tueur au masque le plus connu d’Hollywood (désolé Jason Voorhes). Mais il reste toutefois un honnête divertissement d’horreur avec quelques fulgurances de mise en scène (on pense surtout à la séquence de meurtre floue, en arrière-plan) et une ébauche de message sur l’effet de foule et son caractère parfois monstrueux. Mais les gros sabots hollywoodiens obligeant un des personnages principaux à expliquer ce message n’apportent rien et exaspèrent plutôt.

The Last Duel de Ridley Scott

Max : 7/10

The Last Duel est un spectacle intense, un petit exploit dans un genre surexploité où la ligne du kitch peut être franchie facilement. Ridley Scott réussit son pari, il dirige cette œuvre avec une grande énergie, partagée par ses acteurs qui se fondent avec talent dans la peau des personnages qu’ils incarnent. Pourtant, malgré une structure narrative intéressante, le film manque tout de même d’originalité et souffre de quelques inconsistances.

Mathias : 7/10

Retour en forme pour le vétéran du cinéma, qui prouve qu’il n’a rien perdu de sa vigueur avec cette épopée médiévale sur fond de viol. Ceux qui s’attendent à un vrai film d’action seront probablement déçus, tant The Last Duel tient plus du drame qu’autre chose. Dans ce film, une noble accuse un autre homme de l’avoir violée, précipitant ainsi le destin de son mari qui doit affronter en duel l’accusé. En adoptant une structure narrative intelligente, Ridley Scott parvient à donner une vraie dimension sociétale à son film, tout en ne négligeant pas l’action et la narration. Ainsi, après deux heures d’enquête qui auraient pu être épurées, le film livre ses trente dernières minutes de pur stress pour une fin en apothéose. Et si The Last Duel est loin d’être parfait, il peut compter sur la vigueur de son cinéaste et les prestations d’Adam Driver, Matt Damon et Jodie Comer pour offrir tout de même un spectacle intelligent et plaisant.

Pierre : 7/10

Rashomon dans la France moyenâgeuse. Voilà qui serait un bon résumé de The Last Duel, le dernier né de Ridley Scott. Il met au prises Jean de Carrouges (Matt Damon) et Jacques Le Gris (Adam Driver) autour du dernier duel judiciaire français, après que le premier ait accusé le second d’avoir violé sa femme (les femmes étant à l’époque considérées comme une propriété de leur mari, seul celui-ci pouvait agir en justice dans un tel cas). Mais ne vous laissez pas berner par son titre, le long-métrage dissèque surtout les circonstances qui ont conduit à ce duel qui n’occupe que les quinze dernières minutes du film. On suit d’abord la vérité selon Jean de Carrouges, puis la vérité selon Jacques Le Gris et enfin la vérité selon Marguerite de Carrouges. Jouant habilement de petits détails perçus différemment par chacun des trois personnages principaux, il moque les deux personnages principaux masculins qui, en fait des gentlemen qu’ils sont convaincus d’être, ne sont que des goujats finis ne voyant en Marguerite qu’une femme capable d’enfanter ou une conquête de plus. Joli sous-texte donc pour un film qui fait mouche.

Freaks Out de Gabriele Mainetti 

Mathias : 7/10

Après une lecture rapide du synopsis, nous nous attendions à un drame de 2h20 sur la déportation. Surprise totale dès les premières minutes du film puisque Freaks Out est en fait une version hyper sanglante des Quatre Fantastiques remixée à la sauce Seconde Guerre Mondiale en Italie. A mille lieues de ce à quoi nous nous attendions, Freaks Out est un genre de film de super-héros, totalement burlesque, violent et imprévisible. Sans doute que le film ne méritait pas une telle note vu les incohérences et les facilités dans le script. Ceci dit, Freaks Out offre un spectacle de haut vol et une fin en apothéose, le tout servi par des CGI qui n’ont vraiment rien à envier à Marvel. Une surprise totale.

Pierre : 4/10

Ce que l’on peut dire c’est que Freaks Out est surprenant. On s’attendait à un film un peu arty sur le cirque. Notre surprise fut donc grande en découvrant un ersatz des quatre fantastiques en Italie sous le Troisième Reich. Ce second film de Gabriele Mainetti (remarqué pour On l’appelle Jeeg Robot) est assez clivant. Si certains ont aimé ce mélange foutraque et baroque de super pouvoirs, blagues potaches et déluge d’effets spéciaux, on est pour notre part restés plus circonspects. Le scénario est rempli de trous d’air, les personnages aussi attachants qu’un coin de meuble et la mise en scène globalement inintéressante (mise à part la jolie scène d’introduction). Mais on doit reconnaître un certain côté jouissif au film.

Captain Volkonogov escaped de Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov 

Mathias : 6/10

La Russie fait son mea culpa dans ce film qui met en scène un capitaine de l’Armée rouge qui cherche désespérément une âme charitable prête à lui pardonner ses erreurs avant de mourir, par peur de ne jamais aller au Paradis. Un film intelligent et captivant par certains moments, qui met en lumière les hommes derrière l’horreur de la Révolution bolchevik. Porté par la performance remarquable de Youri Borissov, le film tourne quand même rapidement en rond, rattrapé par son intrigue vouée à se répéter. Trente minutes de moins auraient pu en faire un vrai film coup de poing. Ceci dit, la réalisation particulièrement aboutie sauve parfois le tout de l’ennui.

Pierre : 6/10

Dans les années 30 en URSS, le capitaine Volkonogov est chargé de torturer des innocents qui pourraient « peut-être un jour se retourner contre le régime » pour leur faire avouer des crimes inventés. Découvrant un jour parmi ceux-ci l’un de ses anciens collègues, il devine ses jours comptés et décide de s’enfuir. Et essaye d’obtenir le pardon de proches de ses victimes pour sauver son âme. Presque film d’espionnage, la première partie du film est très réussie : la reconstitution historique fonctionne et l’acteur principal et la mise en scène servent merveilleusement son rythme soutenu. La deuxième, durant laquelle il cherche à obtenir un pardon pour sauver son âme est plus laborieuse et tourne même en rond sur la fin.

Les Choses humaines d’Yvan Attal 

Mathias : 8/10

Adaptation du roman éponyme de Karine Tuil, Les Choses humaines raconte l’histoire d’un fils de bonne famille, étudiant à Stanford, qui est accusé de viol par la fille de son beau-père. Yvan Attal adapte ce roman difficile et assez peu cinématographique avec brio, parvenant à conserver le mystère sur la vérité sans jamais patauger dans la fameuse zone grise, tout en instillant un suspens qui vous prend aux tripes. Musique utilisée avec parcimonie, réalisation soignée (on pense au plan séquence des plaidoiries), Les Choses humaines est une vraie réussite, servie par un casting à la hauteur de l’enjeu. Seul point faible, et pas des moindres : la prestation navrante de Ben Attal, fils du réalisateur, dans le rôle principal.  

Pierre : 8/10

Décidément, la Mostra 2021 est l’année des films français ! Présenté en hors-competition, le nouveau film d’Yvan Attal est une adaptation du roman éponyme de Karine Tuil. Alexandre, brillant étudiant à Stanford fils du plus connu des journalistes français et d’une essayiste et féministe radicale est accusé de viol par Mila, la fille du petit ami de sa mère. La première partie du film se passe la veille et le jour où la plainte est déposée, et la deuxième se passe trente mois plus tard, lors du procès pour viol d’Alexandre. Le montage du film est très réussi, gardant les scènes de la soirée au cours de laquelle se serait passé le viol pour la deuxième partie du film, en petites touches successives, au fur et à mesure que le procès avance et que les témoins défilent. Si la mise en scène est classique durant le reste du film, on ne peut que noter le superbe plan séquence virevoltant dans la salle d’audience lors du plaidoyer des avocats. Et les acteurs sont presque tous formidables : Pierre Arditi en journaliste qui essaye de faire jouer ses relations, Charlotte Gainsbourg en mère renonçant à ses convictions féministes pour défendre son fils, Suzanne Jouannet en victime souhaitant revanche ou Mathieu Kassovitz en père effondré. Surtout, Benjamin Lavernhe est bluffant en avocat d’Alexandre. Seul Ben Attal semble être en dessous du niveau des autres (peut-être parce que Papa réalise). Un superbe film qui cultive l’ambiguïté jusqu’à la dernière seconde. Sans spoiler, on aurait simplement préféré qu’il finisse trente seconde plus tôt.

America Latina des Frères D’innocenzo 

Mathias : 7/10

Un dentiste qui exerce à domicile découvre une jeune fille attachée dans sa cave. Cette découverte fait basculer sa vie de famille dans l’absurde, jusqu’à la fin inévitable du délire. Honnêtement, on n’a pas compris grand-chose. Si le film livre quelques clefs d’interprétation, il entretient aussi volontairement la confusion de sorte qu’à la fin, tout le monde avait une théorie différente. Ceci dit, peut-être qu’il ne fallait juste pas l’interpréter du tout, mais cela entraîne nécessairement une indécision frustrante. En revanche, les réalisateurs ont fait un travail remarquable de mise en scène, et Elio Garmano livre une prestation habitée dans le rôle-titre. Ne nous reste plus qu’à comprendre le film.

Pierre : 5/10

Un prothésiste dentaire italien vivant dans une maison digne de stars hollywoodiennes découvre un jour une jeune fille détenue dans sa cave et commence à douter de tout. Voilà le point de départ d’America Latina. C’est également à peu près son point d’arrivé. L’esthétique du film est léchée et quelques plans sont particulièrement remarquables. Mais son principal défaut réside dans son interprétation. Tout le monde semble en avoir une différente. On y a vu pour notre part une métaphore des problèmes que l’on a enfoui trop longtemps, d’autres une image de la part de féminité du personnage principal, d’autres encore ne pensent pas qu’il faille essayer de l’interpréter. En bref, un film tellement arty qu’il en perd le spectateur.

Leave no traces de Jan P. Matuszynski

Mathias : 7/10

Le meurtre d’un jeune étudiant aspirant poète par des policiers dans leur quartier général met le feu aux poudres entre la jeunesse et la milice civile en Roumanie, et déclenche un procès pour rétablir la vérité des faits. Un film choc et percutant sur la violence de la milice dans les années 80, qui vous coupe le souffle 2h40 durant. La mise en scène n’a pas grand-chose de remarquable, mais le film peut se targuer d’être redoutablement efficace et limpide dans son propos malgré un final forcément frustrant mais conforme à la réalité.

Pierre : 7/10

Ce film fleuve de 2h40 dissèque les exactions commises par le régime politique par le régime communiste polonais à travers l’une des plus célèbres : la mort de Grzegorz Przemyk après son passage à tabac par des policiers polonais. Sa mère, poétesse et opposante politique, se lance alors dans une longue bataille judiciaire avec le seul témoin oculaire de la scène pour faire condamner les policiers responsables. Très classique sur la forme malgré des cadres réussis, le film détaille avec brio tout l’arsenal de moyens illégaux employés par le gouvernement polonais pour empêcher cette affaire d’arriver jusqu’au procès. Glaçant.

Un autre monde de Stéphane Brizé 

Max : 6/10

Au centre du film, Vincent Lindon est encore d’une grande justesse, avec un jeu plein de nuances et un regard qui en dit beaucoup. Dommage que ça ne soit pas le cas du metteur en scène, qui filme de manière plutôt ennuyante des personnages ennuyés par les problèmes de leur vie. Il y a tout de même de l’idée, qui est certainement à prendre et à ne pas laisser.

Mathias : 8/10

Après avoir très moyennement apprécié En Guerre et La loi du marché, c’est à reculons que j’allais voir le dernier Brizé. Finalement, Un autre monde est un excellent film, porté par un Vincent Lindon toujours très juste, assisté de seconds rôles de choix tels que Sandrine Kiberlain et la très cynique Marie Drucker, véritablement épatante. Le film raconte l’histoire d’un patron d’usine qui lutte au sein d’un grand groupe pour imposer une autre ligne de conduite. Engagé mais nuancé, à l’image du personnage de Vincent Lindon, Un autre monde est une vraie réussite, un film anti-LinkedIn qui met à mal les discours préfabriqués par lesquels le capitaliste nous fait croire que rien d’autre que lui n’est possible.

Pierre : 8/10

Après La loi du marché et En Guerre qui nous avaient modérément emballé, nous sommes allés voir Un autre monde, le nouveau film de Stéphane Brizé, à reculons. Quelle erreur, le film est excellent et confirme le très haut niveau des films français présentés lors de cette Mostra 2021 (enfin ceux que l’on a vu). Philippe Lemesles, directeur d’une usine régionale d’une grande multinationale fabriquant des composants d’appareils électroménagers se retrouve pris en étau entre ses salariés et sa hiérarchie lorsque cette dernière lui demande de préparer un plan social pour licencier 10% de ses effectifs dans le plus grand secret tandis que les premiers, voyant le coup venir, lui demandent de promettre que cela n’arrivera pas. Le long-métrage est un portrait au vitriol des multinationales qui n’ont que rentabilité et dividendes comme mantra, où la langue de bois se manie comme nulle part ailleurs et où décideurs américains règnent en maîtres sur le monde. Il critique également en creux les conséquences du marché unique, mais surtout d’une société mondialisée. Puisque tout peut être fait moins cher à l’étranger, il faut absolument réduire les coûts pour rester compétitifs, même si l’entreprise est bénéficiaire et qu’il ne s’agit là que d’un moyen de plaire aux actionnaires en augmentant les dividendes. Vincent Lindon est exceptionnel en directeur d’usine perdant foi en l’entreprise pour laquelle il a sacrifié toute sa vie et dont la reconnaissance se limite à quelque belles paroles lors d’une conférence téléphonique. Beaucoup plus fin que les précédents films du metteur en scène, on ne regrettera que quelques images un peu facile (la marionnette en tête).

 

Scenes from a marriage de Hagai Levi (mini-série) 

Mathias : 8/10

Voir les cinq épisodes de la série à la suite me semblait être une épreuve insurmontable. Finalement, c’était peut-être le meilleur moyen de la voir. A l’image de la série d’Ingmar Bergman, dont cette version est un remake, Scenes from a marriage n’est que l’auscultation quasi clinique d’un couple et de ses dynamiques. Pourtant, cinq heures durant, on vibre pour ses personnages, on craint pour leur futur. Et si la question de l’opportunité de ce remake se pose (un couple hétérosexuel classique, même si la femme est celle qui gagne le plus cette fois-ci), force est de constater que la série s’avère passionnante et particulièrement bien écrite. Le gros point fort de la série est indéniablement le duo Jessica Chastain-Oscar Isaac, tant leur alchimie crève l’écran et irradie littéralement. Une prestation qui conduira sauf surprise ses deux interprètes jusqu’aux Emmy Awards.

La Main de dieu de Paolo Sorrentino 

Max : 9/10

C’est une œuvre profondément belle et poignante. Paolo Sorrentino réussit à nouveau l’exploit de nous présenter avec talent une panoplie de personnages parfaitement interprétés auxquels on s’intéresse, parmi lesquels le jeune acteur principal qui est une véritable révélation. Le film souffre légèrement de quelques lenteurs, mais la mise en scène irréprochable et l’enchaînement de scènes émouvantes font de ce métrage mon favori de la Mostra.

Mathias : 8/10

Le plus italien des réalisateurs italiens raconte son adolescence dans cette fable tragi-comique, en deux parties bien distinctes. La première est une merveille de comédie à l’italienne, parfaitement rythmée, extrêmement drôle, touchante et visuellement aboutie. La deuxième partie, plus lente, plus psychologique, aborde le deuil de façon intelligente et montre les prémices de la passion de Sorrentino pour le cinéma. La rupture de ton et de rythme est sans doute un peu trop brutale, mais l’ensemble reste foncièrement bon. D’autant qu’encore une fois, la mise en scène et l’identité visuelle du réalisateur font mouche.

Pierre : 7/10

Le nouveau film de Paolo Sorrentino est semi-autobiographique. Dans sa première partie, il suit l’adolescence du metteur en scène à Naples dans les années 80 entre le football, son père volage, sa mère attentionnée, sa tante qui l’obsède, ses premiers émois, son incertitude et Maradona. La deuxième partie évoque l’impact de la mort de ses parents sur sa vie, alors qu’il était toujours très jeune, et la difficulté qu’il a eu à avancer de nouveau après cet événement. Doté d’un casting très juste, on notera notamment Toni Servillo, Teresa Saponangelo et la révélation Filippo Scotti et d’une mise en scene virtuose, Paolo Sorrentino réalise un beau film sur le passage à l’âge adulte forcé par un événement traumatique. Un poil long peut-être.


Le Palmarès rêvé de Pierre :

Prix du meilleur jeune acteur : Filippo Scotti (La Main de Dieu)

Prix du meilleur acteur : Vincent Lindon (Un autre monde)

Prix de la meilleure actrice : Anamaria Vartolomei (L’Évènement)

Prix du scénario : Illusions Perdues

Prix de la mise en scène : Paolo Sorrentino (La Main de Dieu)

Prix du jury : Leave no Traces

Grand Prix : Un autre monde

Lion d’Or : L’Événement


Merci à nos envoyés spéciaux, Max Messegué, Pierre Barthélemy et Mathias Chouvier.

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