Pourquoi The White Lotus est la meilleure série de l’année (pour l’instant)

The White Lotus, c’est la petite série estivale d’HBO qui s’avère être une excellente surprise, sans doute même la meilleure série de ce cru 2021. Créée par Mike White, déjà à l’œuvre dans l’excellente Enlightened d’HBO il y a dix ans tout pile, The White Lotus porte le nom de l’hôtel théâtre de l’action. On y suit toute une galerie de riches vacanciers qui viennent profiter du soleil de Hawaï ainsi que le personnel dudit hôtel qui se plie en quatre pour la clientèle. Du côté des clients, il y a les Mossbacher, dont la mère est patronne dans la tech, le père inquiet pour ses testicules et les enfants en quête de sens. Il y a Tanya, la sexagénaire hors-sol venue répandre les cendres de sa mère qu’elle haïssait. Et il y a Shane et Rachel, deux jeunes mariés en lune de miel. Pour chacun d’entre eux, les vacances vont prendre un tour très inattendu.

Personne ne peut vous préparer pour cette scène…

Dès le départ, la satire est féroce et sans pitié. Chaque personnage révèle ses propres névroses, dans un ballet habilement mis en scène. Mike White réussit l’exploit de construire des personnages à la fois risibles et complexes. Il se moque allègrement d’eux sans oublier de leur apporter une profondeur bienvenue par instant. Tout cela étant rendu possible par l’écriture au cordeau de la série qui ne laisse rien au hasard et prend le temps de développer chacun de ses personnages sur six petits épisodes seulement, le temps de mettre à nu leurs travers pour montrer à quel point ils ne feront que retomber dedans. La série explore les dynamiques de pouvoir à l’aune de notre époque, où des convictions morales nouvelles entrent en conflit avec d’anciennes ambitions plus matérielles, où les figures masculines sont renouvelées et nos conceptions chamboulées. Surtout, elle se moque passablement de la clientèle aisée de l’hôtel et met en parallèle le ridicule de leurs problématiques et la solennité qu’il leur accorde.

Mike White réussit un brassage habile de tout un tas de motifs, de la culture woke via le personnage de Paula et par extension celui d’Olivia, au mouvement #MeToo et son impact sur des hommes que l’on pourrait croire intelligents. La série se moque tous azimuts de cette clientèle insouciante, néo-colonialiste sans même y prêter attention, qui applaudit les spectacles hawaïens sans se demander pourquoi ce n’est aujourd’hui plus qu’un spectacle. Une jeune mariée réfléchit à sa place en tant que femme dans un couple où elle se sent désormais comme un objet. Une vieille riche se sert des autres pour aller mieux sans estimer devoir donner quoi que ce soit en retour. Une mère de famille se déconnecte de ses proches au profit de réunions zoom. Finalement, Mike White met en scène tous les conflits actuels, de races, de genre et de classes, dans chassé-croisé hypnotique dont la tension monte crescendo au fil des épisodes, jusqu’à l’inévitable mort annoncée dès le premier épisode. La série réussit brillamment le pari risqué du changement de ton permanent, du contemplatif au choquant, du rire aux larmes en l’espace de deux scènes.

Une écriture minutieuse et acérée servie par un casting impeccable et intelligemment composé. De Connie Britton à la trop rare Jennifer Coolidge, en pensant par Alexandra Daddario, l’hilarant Murray Bartlett et Sydney Sweeney et son potentiel comique insoupçonné, tous les rôles ont ici été castés à la perfection. Une performance collective réellement impressionnante, mise en valeur comme il se doit par la réalisation léchée du showrunner américain. Dans The White Lotus, l’enfer ressemble au paradis, et les paysages hawaïens sublimes ne font que souligner les faux-semblants et la tension permanente qui habitent la série. Une respiration pourtant bienvenue dans une série souvent suffocante, portée par une bande originale exceptionnelle, essentiellement composée de chants hawaïens et de musique traditionnelle, qui participe à l’ambiance étrange qui règne au White Lotus.

The White Lotus est donc l’une des séries les plus réussies de cette année, en cela qu’elle allie finesse et intelligence d’écriture, réalisation totalement maîtrisée, photographie à couper le souffle, casting au diapason et bande originale réussie. Six épisodes percutants, hilarants, parfaitement découpés, pour une montée en puissance inexorable jusqu’au final terrible et cynique. N’hésitez plus, prenez vos billets pour Hawaï.

Mathias Chouvier

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