Il faut qu’on parle de la saison 4 d’Élite

La bande-annonce nous l’avait promis il y a quelques semaines : la saison 4 d’Elite serait torride ou ne serait pas. Huit épisodes plus tard, on peut dire que nous n’avons pas été trompés sur la marchandise. Ceci dit, la course au sexe entamée par la série espagnole pose une question plus profonde : est-elle le reflet sincère de la nouvelle génération et par extension de ses attentes en termes de contenu, en clair, est-elle l’exacte transposition d’une hypersexualisation endémique, ou n’est elle qu’un grossier procédé d’écriture pour sauver les meubles d’une saison médiocre ? 

Pour rappel, Elite est une série de l’écurie Netflix, un drama espagnol qui raconte, à l’origine, l’arrivée de prolos dans le lycée le plus réputé d’Espagne, Las Encinas, après la destruction du leur. Chaque saison, une bande de lycéens devenus amis avec le temps se retrouve plus ou moins empêtrée dans une affaire criminelle (la mort de Marina en saison 1, celle de Polo plus tard etc.), et la saison fonctionne par flashback depuis la rentrée jusqu’au moment dudit crime. Cette saison, c’est Ari qui est retrouvée inconsciente dans l’eau alors que la fête bat son plein juste à côté. 

La saison 4, qui doit surmonter le départ de plusieurs personnages emblématiques dont Carla la Baronne, Lu et Nadia, introduit trois nouveaux personnages, les triplés maléfiques venus de Londres, Mencia, Patrick et la fameuse Ari donc, tous trois enfants du nouveau directeur de Las Encinas, Benjamin. S’en suit alors une intrigue alambiquée et plus ou moins intéressante teintée de prostitution adolescente, de triangles amoureux (notez bien le pluriel) et de concours de débat. 

Les petits nouveaux de cette saison (de gauche à droite) : Ari, Benjamin, Mencia et Patrick

Si Elite a toujours assumé son côté drama adolescent foncièrement vain et donc particulièrement addictif, c’est en revanche la première fois que l’intrigue est à ce point lassante et inintéressante. La série ne s’est jamais cachée d’user de recettes vieilles comme la télévision, que d’autres séries ont avant elle brillamment exploitées. Mais cette saison devait de plus relever le défi de renouveler une bonne partie de son casting, avec la perte de personnages très forts et appréciés de la fanbase. Les recettes doivent alors être adaptées, au risque sinon d’enrayer la mécanique.

C’est à ce point très précis du processus que le sexe intervient. Elite, et a fortiori ses créateurs, ne connaissent que deux recettes pour faire apprécier un nouveau personnage au public : l’alchimie par l’écriture, ou l’alchimie par le sexe. Bien décidée à ne pas creuser du côté de l’écriture, la série mise donc tout sur une hypersexualisation outrancière de ses nouveaux personnages ; l’une devient prostituée, l’autre se soûle pour se taper un pauvre, le dernier ne rate jamais un plan à trois. 

Le sexe a toujours eu une place importante dans la mécanique de la série espagnole, et qui peut le lui reprocher ? Le sexe fait vendre, surtout auprès d’un public adolescent, cible privilégiée de la série. Seulement voilà, auparavant le sexe était au service de personnages forts, auxquels les spectateurs étaient déjà attachés. Le trouple Christian/Carla/Polo intervient dans un contexte imprégné de tension sexuelle, alors qu’on sait déjà que Polo est attiré par Christian. Le passage à l’acte n’est que le résultat d’une attente légitime intelligemment suscitée par l’écriture. Autrement dit, le sexe n’est pas un procédé mais un résultat, espéré et attendu. Il en était de même de la relation incestueuse entre Valerio et Lu, qui intervient alors que la raison nous dit que c’est impossible.

Cersei et Jaime did it first

En saison 4, le sexe change de camp et devient un procédé purement marketing, vulgaire, gratuit et clinquant, destiné à fournir en GIF torrides toute une génération de twittos. Lorsque l’intrigue s’endort, on rajoute une scène de sexe. Autant vous dire qu’en saison 4, l’intrigue s’endort un nombre incalculable de fois. Patrick reste sans doute le meilleur exemple de ce cru, puisque ses seules scènes sont pour ainsi dire des scènes de sexe. Il est l’atout gay, musclé et hypersexualisé que l’on dégaine à chaque fois qu’une baisse de régime se fait sentir. Ses innombrables scènes de sexe avec Omar et/ou Ander ne font que pointer du doigt plus encore les faiblesses scénaristiques d’un drama qui savait autrefois divertir comme peu avant lui. En dehors de ces scènes-là, son personnage est inexistant car il n’est tout simplement pas développé. Il en va de même pour tous les personnages introduits cette saison, qui sont tous les acteurs de nombreuses scènes de sexe mais qui ne sont jamais qu’ébauchés. En saison 4, Elite transforme le sexe en bouche trou, sans mauvais jeu de mots, s’assurant ainsi une large couverture médiatique sans doute, mais négligeant au passage sa mission première dramatique. Les intrigues sont presque toutes ratées, quand elles ne sont pas totalement mises de côté (quid de la mésaventure du Prince ?), les nouveaux personnages sont délaissés et les liens tissés par le passé sont tous défaits dans une entreprise presque risible d’auto-sabordage.

Patrick, nu comme trop souvent

Alors non, Elite ne s’en sortira pas avec l’excuse traditionnelle consistant à dire que cette sexualisation n’est que le reflet d’une génération pour qui l’intimité ne signifie plus rien. Euphoria était sans doute le reflet fidèle de cette génération. Elite n’est qu’une série pour ados qui s’est égarée sur le chemin de l’écriture, un drame facile et prévisible qui ne sait plus comment se réinventer, ni comment survivre à la perte de ses stars, et qui pense s’en sortir avec la vulgarité la plus gratuite possible. La série espagnole a d’ores et déjà un pied dans la tombe grâce à cette quatrième salve d’épisodes, qui s’apparente plus au porno scénarisé qu’au plaisir coupable. Reste à savoir si la saison cinq l’y poussera définitivement. 

PS : Il n’existe aucun intérêt à imposer un uniforme si c’est pour que personne ne le porte convenablement. À bon entendeur.

Mathias Chouvier

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