Promising young woman : Une réinvention féminine et féministe du rape and revenge

Promising Young Woman, que l’on attendait dans les salles depuis quelques temps déjà, avait fait parler de lui au point de décrocher plusieurs nominations aux Oscars, et de repartir avec celui de meilleur scénario original. Une réinvention du rape and revenge, écrit et réalisé par Emerald Fennell, la Camilla Parker Bowles de The Crown, avec Carey Mulligan dans le rôle titre… le film avait de quoi intriguer. Le pari est franchement réussi, tant la jeune réalisatrice parvient à renouveler un genre que l’on croyait à jamais destiné aux controverses et au Direct to DVD. 

Le rape and revenge est un genre largement controversé, mais aussi assez codifié, dont le film le plus emblématique serait sans doute I spit on your grave, et sa ribambelles de suites et remakes aussi improbables que ratés. Mais on peut aussi citer films plus réussis comme La Dernière Maison sur la gauche, et plus décalés comme Teeth, l’histoire d’une fille qui découvre que son vagin a des dents. I spit on your grave raconte de façon très voire trop terre à terre l’histoire d’une jeune écrivaine violée par plusieurs hommes et laissée pour morte, qui va mettre en place une vengeance aussi méthodique que brutale. Un film assez difficile à regarder, ultra violent, qui illustre cependant à merveille l’effet cathartique recherché dans le rape and revenge. La brutalité du viol enjoint le spectateur à se réjouir de la violence infligée par la suite aux agresseurs, un procédé vieux comme le monde ici appliqué aux violences sexuelles.

Fennell prend le parti de réinventer le genre, et le simple fait que ce soit une femme participe déjà à cette révolution. En effet, le rape and revenge est un genre qui avait été jusqu’ici majoritairement exploité par des hommes. Fennell y apporte un point de vue féminin, réinventant le regard dès la toute première scène qui parodie sans vergogne le male gaze très souvent à l’œuvre lors des scènes en boîte de nuit. Cette séquence d’introduction dévoile déjà toute l’ambition du film, renverser les codes, sans subtilité peut-être, mais avec humour, dérision et une forme de brio. Le film parvient à éviter les éternels clichés de la femme hystérique, autant que ceux de la femme calculatrice et froide pour construire un personnage tout simplement humain, hanté par un traumatisme, qui comprend qu’elle n’en sortira jamais et décide d’aller jusqu’au bout d’une quête qu’elle sait perdue d’avance. En évitant aussi une violence très graphique que l’on pouvait présager, Emerald Fennell signe un film brillant, retorse, jamais là où vous l’attendez. Elle se permet au passage d’écorner sérieusement le comportement des hommes en général avec les femmes. Surtout, Fennell qui signe aussi le scénario n’oublie pas d’apporter une légèreté franchement bienvenue à son script, en signant quelques passages à se tordre de rire (la scène du repas chez les parents de Cassandra) au milieu d’un océan de violence et de consternation. Un Oscar franchement mérité pour ce script tout en équilibre, capable de construire des personnages aussi nuancés que représentatifs. Un Oscar qu’aurait aussi mérité Carey Mulligan, tant elle semble à son aise dans ce rôle décalé et subtil.

La jeune réalisatrice n’a rien à envier non plus aux hommes en termes de cinématographie puisqu’elle propose un film élégant, à la réalisation aussi soignée que pensée pour servir le propos du long métrage. Fennell se permet même certaines références bienvenues, au cinéma ou à la culture populaire, qui soulignent aussi la grande cinéphilie de cette réalisatrice à surveiller de très près. En s’appropriant l’imagerie masculine mais aussi religieuse, Fennell casse les codes du rape and revenge pour lui donner une véritable dimension politique et contestataire, au-delà de la simple catharsis attendue. Rajoutez à tout cela une bande originale composée avec soin, une réinvention savoureuse de certains grands morceaux (Toxic de Britney Spears que l’on entendait déjà dans la bande-annonce) mais aussi et surtout une Carey Mulligan méconnaissable et fabuleuse dans ce rôle à contre-emploi de ses précédentes prestations, et vous obtenez Promising Young Woman, le film parfait pour retourner au cinéma, rafraîchissant, violent, extrêmement drôle et terriblement d’actualité. 

Mathias Chouvier

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