Quand séance de cinéma devient séance chez le psy

            Couvre feu, confinement, télétravail et solitude, n’aurions-nous pas tous besoin de consulter un psy ? La série En Thérapie vous propose de vous installer confortablement (ou pas d’ailleurs) dans le divan du docteur Dayan et de suivre le parcours de cinq de ses patients. En quoi cela vous concerne ? me direz vous. Et bien à en croire le succès de la série, en de nombreux points !

Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, le docteur Dayan reçoit ses patients et nous autorise à assister à cinq séances par semaine, suivant les parcours d’Ariane, Abel, Camille, Léonora et Damien selon son agenda. Jour 1: Ariane lui avoue son amour non réciproque, jour 2: un flic lui ordonne de le soigner, jour 3: une adolescente suicidaire lui crie que tout va bien, vraiment, jour 4: un couple le prend à parti de ses disputes incessantes. Arrivé au quatrième épisode, le spectateur pensera que décidément, l’agressivité est le dénominateur commun de tout patient. Aussi nous sommes très rassurés de voir le psychiatre consulter à son tour. Cette représentation archétypale peut agacer et laisser perplexe au début mais les personnages sont tous attachant à leur manière et on se lie volontiers à ces personnalités brisées.

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La série a connu un grand succès et critiques comme spectateurs, nombreux sont ceux à s’être posé la question de la crédibilité. Est-ce crédible d’aller consulter un psychanalyste plutôt qu’un psychologue au XXIe siècle ? D’avoir recours à Freud et Lacan pour expliquer à ses patients que de toute façon, leur névrose vient de la négligence de leur père et de l’amour sur protecteur de leur mère et qu’ils ne font que rejouer leurs propres échecs ?

En Thérapie n’est pas réaliste au sens où elle dépeint le cercle très fermé qu’est le monde de la psychanalyse. Elle montre les limites de cette science avec des patients et un praticien qui doutent, mais qui essaient de mettre en mots leur mal-être. D’ailleurs il est assez plaisant de se prêter au jeu de l’interprétation et nous sommes aussi témoins de réussites, d’évolutions même si la méthode d’analyse semble parfois caricaturale. La série ralentit un peu à mi chemin et est assez longue (35 épisodes en 2021, nous ne sommes pas habitués) mais rend compte du long processus de guérison, du besoin de décortiquer les scènes de notre vie pour les comprendre.

L’analyse passe par des dialogues très littéraires, et parfois le spectateur est comme coupé dans des élans d’émotion pure par des répliques trop écrites ou trop savantes pour sonner justes. Mais ces artifices, encadrés par des plans serrés, permettent de mettre en place une réelle expression des sentiments, Tous les patients ne sont sûrement pas si réticents à la thérapie, mais qui veut entendre les vérités d’un psy ? La théâtralité des personnages peut également détonner, mais tout le monde se met en scène quand il s’agit de se raconter. Les artifices de la série sont donc vite pardonnés et le spectateur enchainera vite les consultations pour savoir ce qui s’est passé dans la semaine de nos protagonistes. La série ne tombe pas pour autant pas dans le voyeurisme, nous ne sommes pas un troisième personnage mais réellement impliqués dans chaque épisode.

Le tout est servi par un jeu d’acteur brillant, notamment par le duo bouleversant qu’incarnent Clémence Poésy et Pio Marmaï. Ça crie, ça pleure, les personnages jonglent entre répliques cinglantes et longues tirades, entre l’intimité de la confidence et la violence des querelles: la catharsis est plutôt réussie. De ce coté, Toledano et Nakache parviennent avec succès à sortir de leur registre habituel.

En somme cette série permet, par le prisme des bouleversements et des questionnements post attentats, de se pencher sur la vie, la famille, le deuil, le couple. Le je est un nous et il consulte au nom de tous. Ainsi, il ne faut pas chercher si la série est réussie au sens où elle retranscrirait correctement une séance de psychothérapie, mais plutôt si le sujet, à savoir : la nature humaine, est bien traité. Il ne s’agit pas d’une série reportage mais bien de choix originaux qui réussissent assez bien à dépeindre les problématiques d’une époque.

Mathilde Mégret

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