We Are Who We Are : Pâle copie d’Euphoria ?

Fruit d’une coproduction entre HBO et la chaîne italienne Sky, We are who we are, abrégé WAWWA par Guadagnino au début des épisodes, raconte l’histoire d’une bande d’adolescents qui ont la particularité de vivre dans une base militaire américaine en Italie. Leur vie est chamboulée par l’arrivée d’un petit nouveau, Fraser, incarné par l’insupportable gamin de Ça (celui dont la mère est obèse), décoloré pour l’occasion, Jack Dylan Grazer. Lui et ses deux mères déménagent en Italie quand l’une d’elles, Sarah, interprétée par Chloë Sevigny, est nommée commandante de la base. Fraser a d’abord du mal à s’intégrer, puis se rapproche de Cate (Caitlin), campée avec fraîcheur par la débutante Jordan Kristine Seamón. Tout ce petit monde évolue dans le cadre hyper strict de la base militaire, tentant par tous les moyens de transgresser ses règles pour s’échapper d’un environnement qui les étouffe. Chacun à leur manière – par la religion, l’alcool, la musique, le sexe – les ados tentent ce qu’ils peuvent pour fuir un climat aussi réconfortant qu’oppressant.

La série abord aussi très frontalement les questions d’identité de genre et de sexualité, sans toutefois creuser la psychologie des personnages qui la vivent, mais plutôt en se laissant porter par le flot intense des sentiments. La série fait le choix intelligent et audacieux de ne pas intellectualiser ce que vivent les personnages, mais plutôt d’en être le discret témoin. Ainsi, aucune explication ne sera fournie sur le comportement clairement excessif de Fraser, qui insulte copieusement sa mère et se conduit la plus tard du temps comme un enfant sans cœur mais paradoxalement hyper sensible. Le personnage, interprété tout en nuance par Jack Dylan Grazer, constitue le sujet d’étude le plus intéressant de la série. Les autres personnages traversent aussi diverses crises, toutes exacerbées par le contexte militaire, qui les oblige à côtoyer la mort prématurément. Face à cet aperçu de l’enfer, il faut s’entraider pour ne pas sombrer.

We Are Who We Are': Série da HBO destrincha as dores do amadurecer | VEJA

Si beaucoup l’ont comparé à Euphoria, dont nous vous parlions ici, les deux séries n’ont finalement pas grand-chose en commun excepté leur sujet de départ. Les deux séries abordent de manière complètement opposée les thématiques de l’identité adolescente. Alors qu’Euphoria propose une plongée acerbe dans une jeunesse en perdition, WAWWA adopte une posture plus réflexive, posant plus de questions qu’elle n’apporte de réponse. La série de Guadagnino peut sembler plus monotone, voire routinière, mais elle propose en fait un voyage plus apaisé que celui d’Euphoria, dans un contexte inconnu du grand public et franchement fascinant.

La série vaut surtout pour la réalisation reconnaissable entre mille du cinéaste italien. De ce point de vue, WAWWA est l’antithèse absolue d’Euphoria. Là où la série de Zendaya brillait de mille feux, éclairée aux néons et bardée de paillettes, We Are Who We Are épouse avec magie le style pastel de Guadagnino, flamboyant à sa façon, qui semble terne mais qui se révèle dans la pâleur. Sa mise en scène, très marquée, se fait d’autant plus présente que le cinéaste a réalisé lui-même chacun des huit épisodes. Son style, fait de plans fixes sur des objets banals et de trouvailles stylistiques, sert de façon admirable cette intrigue quasi inexistante mais pourtant passionnante. S’il faisait déjà mouche dans Call me by your name et Suspiria, le réalisateur perfectionne encore un peu plus son style et parvient à l’étirer sur toute une saison sans pour autant devenir indigeste, un piège que n’avait pas réussi à éviter Refn dans sa série. Guadagnino exploite au maximum les possibilités de son cadre et de ses décors naturels, faisant par exemple une utilisation tout à fait remarquable du vent. La série montre enfin une autre image de l’Italie, plus terne, peut-être moins idéalisée mais aussi plus crédible, presque mélancolique, dans le but de refléter l’état d’esprit des personnages contraints de vivre dans un pays qui n’est pas le leur.

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La série peut aussi compter sur un casting solide, surtout du côté des ados avec Grazer et Seamón qui forment un duo incroyablement complice, mais aussi du côté des adultes avec une Chloë Sevigny en grande forme et Kid Cudi, surprenant dans le rôle d’un général ultra protecteur. We Are Who We Are, c’est enfin cette BO, composée pour moitié de morceaux existants et de morceaux originaux. En engageant Devonté Hynes, plus connu sous le nom de Blood Orange et déjà l’origine des BO de Palo Alto et Queen & Slim, Guadagnino s’assure une bande originale digne de celle d’Euphoria, composée elle par Labrinth. Sur ce point, les deux séries se ressemblent, même si la différence se fait entendre. La BO de WAWWA est plus apaisée, plus contemplative. Elle se promène, entre Radiohead, Prince et des artistes italiens connus tels que Raf, et sublime la fibre définitivement mélancolique de la série.

WAWWA est donc une auscultation minitieuse et touchante de l’adolescence, qui ressemble fortement à Euphoria sur le papier mais s’en éloigne dans l’exécution et la mise en forme, toutes deux très marquées par le style Guadagnino, éblouissant mais terne, renversant mais rassurant, adepte de l’économie de plan mais minutieux dans l’exécution. Sans doute l’une des plus belles réussites sérielles de cette année 2020.

Mathias Chouvier

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