David Lynch : un voyage au cœur de l’inconscient humain

Ce genre de feu, il est très difficile de l’éteindre. Les tendres rameaux brûlent les premiers. Puis le vent se lève, et toute bonté est alors en péril.

Twin Peaks : Fire Walk With Me

Surnommé le « premier surréaliste populaire » par Pauline Kael, David Lynch est certainement le réalisateur américain le plus influent de ces 20 à 30 dernières années. Il est ce qui se rapproche le plus d’un artiste dans le monde du cinéma réussissant à conjuguer film divertissant et création d’un univers qui lui est totalement personnel. Si la plupart de ces œuvres ont pour particularité de déstabiliser et de déranger le public, il n’en reste pas moins que David Lynch est paradoxalement un cinéaste très accessible notamment pour les néophytes qui souhaiteraient en découvrir davantage sur le cinéma. À titre personnel, il est également (avec Stanley Kubrick) un de mes cinéastes préférés.

Jeunesse

David Lynch naît le 20 janvier 1946 dans l’État du Montana. À ses débuts, en raison des multiples mutations de ses parents, la vie de Lynch est une vie d’itinérance, ce qui ne lui pose aucun problème. Très tôt, il s’intéresse à la peinture et au dessin. En 1964, il intègre la School of the Museum of Fine Arts at Tufts à Boston. Il la quittera finalement au bout d’un an, estimant qu’il n’était pas du tout inspiré par l’endroit. Finalement, il finit par rejoindre l’Académie des Beaux-Arts de Philadelphie la préférant largement à la précédente. C’est à partir de 1968 qu’il commence sa carrière de réalisateur avec des courts-métrages comme The Alphabet ou The Grandmother.

Pourquoi s’est-il intéressé au cinéma ? Lynch est peintre de formation. Sa première intention n’a jamais été de devenir réalisateur. Il considère qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre la peinture et le cinéma, à une exception près : le cinéma prend en compte le temps. Un tableau ou une photographie n’est qu’une représentation fixe à un moment donné. Le cinéma est toujours en mouvement. Il peut réussir à s’étirer sur plusieurs minutes voire plusieurs heures. Lynch avait envie de voir ses peintures bouger, ce n’est d’ailleurs pas étonnant si son premier court-métrage, The Alphabet a surtout été fait en animation.

Carrière

La carrière de Lynch en tant que réalisateur de longs-métrages commence à partir d’Eraserhead, probablement son film le plus difficile à regarder. Il s’intéresse d’abord à un cinéma de monstres qu’il perpétuera avec Elephant Man en 1980. Le film Dune peut être considéré comme une parenthèse dans sa filmographie. Sans pour autant être un mauvais film, il n’est pas à la hauteur du reste de sa filmographie. Il continue sa carrière avec la réalisation d’un de ses chefs-d’œuvre, Blue Velvet. Il constitue la matrice de ce qui fera après, le style auquel on identifie habituellement Lynch : codes du film noir, éléments du cinéma fantastique et expérimental, la femme fatale, histoire de sexe et de drogue… Le cinéma lynchien naît véritablement à partir de ce moment. Les thèmes et le style de Lynch se retrouveront après dans Twin Peaks (la série et le film), Lost Highway, Mulholland Drive et Inland Empire.

Influences artistiques

Il faut maintenant aborder ses différentes influences artistiques. Comme il a été dit précédemment, Lynch se destinait d’abord à une carrière de peintre. Il puise son inspiration de plusieurs références picturales, à commencer par Francis Bacon. La peinture de Bacon se caractérise essentiellement par un visuel particulièrement effrayant et dérangeant, elle ne laisse jamais indifférent le visiteur. C’est un artiste qui ne va pas hésiter à travers ses œuvres à explorer la nature humaine et notamment ses parts les plus sombres de son âme.

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Francis Bacon, Portrait of Georges Dyer in a mirror, 1968 (détail)

On peut aussi citer l’influence d’Edward Hopper. Hopper a la particularité de peindre les petites villes américaines provinciales et conservatrices. Il peint une Amérique très idéalisée et colorée, mais qui en réalité cache de terribles mystères et où le bonheur des habitants travestit les tragédies derrière les façades. Enfin, l’influence du surréalisme dans le cinéma de David Lynch est importante. Il s’est beaucoup inspiré de la peinture surréaliste, notamment de René Magritte. Plusieurs scènes de ses films font allusion au peintre belge.

Il s’est aussi beaucoup inspiré du cinéma expressionniste. Apparu dans les années 1920 à la fin de la Première Guerre Mondiale, l’expressionnisme a énormément marqué le cinéma notamment dans le domaine du film noir et du cinéma d’épouvante. C’est un mouvement qui propose une vision sombre et torturée de l’humanité. Les thèmes explorés sont la peur, l’angoisse, la folie. Les personnages sont effrayants, bizarres. Ils ne semblent pas venir du même monde que le nôtre. Les expressionnistes ont aussi pour particularité de très exagérer l’expressivité des visages. Dans les films de David Lynch, il n’est pas rare de voir ses personnages grimacer. Il faut aussi noter qu’à l’instar des surréalistes, les expressionnistes estiment que l’art doit être le reflet du monde intérieur de son créateur. Ce qui signifie qu’il n’est pas question de montrer la réalité. Tout élément de l’œuvre devra servir pour présenter un univers étrange où le spectateur se sentira déstabilisé, désorienté.

Le Cabinet du docteur Caligari, Robert Wiene, 1920

Pour ce qui est des influences cinématographiques, David Lynch a surtout puisé son inspiration dans le cinéma européen notamment celui de Federico Fellini et de Jacques Tati.

La source principale et la plus évidente du travail du cinéaste américain est Fellini. Qu’a-t-il repris du cinéaste italien ? On peut d’abord retenir que Lynch comme Fellini ont chacun un goût pour les personnages étranges, une narration déconstruite, fragmentée et parfois circulaire, une absence de limite séparant le rêve et le cauchemar de la réalité, un intérêt pour les scènes de nuit…

Il y aussi l’influence du français Jacques Tati, le réalisateur des Vacances de monsieur Hulot, Playtime ou encore Mon oncle. Son cinéma est plus orienté vers la comédie, mais cela n’a pas empêché Lynch d’y puiser. Il s’est surtout inspiré de sa composition spatiale et de ses compositions sonores rendant une « simple scène en quelque chose étrangement fascinant ». Il aime aussi beaucoup la manière dont il filme la société et la nature humaine.

On a enfin l’influence du cinéma américain. Lynch fait très souvent référence à des oeuvres américaines qui l’ont beaucoup marqué notamment le film noir. La femme amnésique dans Mulholland Drive prend comme prénom Rita en référence à l’actrice Rita Hayworth, connue pour son interprétation dans Gilda. Laura Palmer est une référence à Laura, film noir réalisé par Otto Preminger. Le supérieur de Dale Cooper, Gordon Cole (incarné par David Lynch) est une référence à un personnage mineur de Boulevard du Crépuscule, film qui l’a par ailleurs beaucoup influencé pour Mulholland Drive.

Lynch doit beaucoup également au maître du suspense, Alfred Hitchcock. Il s’est notamment inspiré de ses figures féminines, de son film Fenêtre sur cour. On peut aussi noter l’influence de Sueurs Froides dans la plupart de ses œuvres notamment dans Lost Highway. Tous deux traitent de la question du double. Dans le film d’Hitchcock, c’est la figure de Madeleine Elster/Judy Barton qui intrigue le héros tandis que dans celui de Lynch, c’est la figure Renee Madison/Alice Wakefield qui va intriguer le spectateur.

Fenêtre sur cour, Alfred Hitchcock, 1954

Citons aussi comme influence littéraire l’écrivain de langue allemande Franz Kafka. Lynch avait d’ailleurs pensé faire une adaptation de la nouvelle La Métamorphose mais il a abandonné le projet. L’interprétation qui a souvent été faite de l’œuvre de Kafka est que ces histoires fonctionnaient selon la logique d’un rêve. Son premier film, Eraserhead, est sans doute son œuvre la plus kafkaïenne. Il a très souvent été comparé à la nouvelle de Kafka où Gregor Samsa se transforme en un énorme cancrelat. On retrouve à travers ces deux œuvres les thèmes de l’aliénation sociale et de la honte. On retrouve aussi la même atmosphère noire et inquiétante mais également le même type de héros, des individus qui savent que quelque chose se passe, qu’ils essayent de regarder les choses attentivement et qui tentent de comprendre en vain ce qui est en train de se dérouler.

Si cela peut vous donner envie de découvrir David Lynch, une étude a d’ailleurs été menée où on a fait découvrir à des étudiants la littérature de Kafka et le cinéma de Lynch. La conclusion de l’étude était que ceux qui avaient adoré l’écrivain de langue allemand apprécieront très certainement le cinéaste américain.

Thématiques

Commençons d’abord par planter le décor. Où se déroule normalement un film de Lynch ? Il se déroule essentiellement dans une petite bourgade américaine (Blue Velvet, Twin Peaks) ou dans la cité des anges, Hollywood (Mulholland Drive). Le choix des environnements n’est pas anodin puisqu’ils sont associés la plupart du temps avec the american way of life, le rêve américain. La présentation fait très carte postale surtout au début de Blue Velvet. Tout est lumineux. Les personnages sourient et sont contents. Le ciel est bleu. C’est un cadre de vie très confortable. Mais il ne fait que revêtir les apparences. Derrière ce modèle si parfait se cache une réalité plus sinistre et beaucoup plus sombre. Un homme arrosant sa pelouse est victime d’une attaque cérébrale. La caméra s’enfonce dans l’herbe de la pelouse. Que peut-on voir ? Des cafards. Derrière le travestissement des conventions sociales se cache un mal ancien. Lynch nous propose une plongée dans l’obscurité :

« Mon enfance, c’était des maisons élégantes, des rues bordées d’arbres, un laitier qui passe, des cabanes construites dans le jardin, des moteurs d’avions au loin, un ciel bleu, des clôtures en bois, des cerisiers. L’Amérique moyenne telle qu’on l’imagine. Mais sur le cerisier, il y a de la sève qui suinte. Du noir, du jaune, et des millions de fourmis rouges qui grouillent dessus. J’ai découvert que quand on regarde de près ce monde merveilleux, il y a toujours des fourmis rouges en dessous. Et, comme j’ai grandi dans ce monde parfait, tout le reste entrait en contraste. »

Ce sont des caractéristiques que l’on retrouvera très souvent dans son œuvre comme c’est le cas dans Twin Peaks : Fire walk with me. Le film raconte les derniers jours de Laura Palmer, une jeune lycéenne de 17 ans. Elle est belle, populaire, bénévole dans un service de repas à domicile. C’est la fille parfaite. Cependant, malgré cette situation, on se rend compte très vite des nombreux vices dont elle est victime : cocaïnomane, prostituée, adultère et violée par son père. C’est un personnage beaucoup plus sombre qui nous est finalement proposé.

La première chose que vous verrez aux premiers abords dans ses films est tout un tas de clichés, des scènes et des personnages vus et revus, totalement éculés à travers le cinéma. Mais progressivement, vous vous apercevrez que c’est l’arbre qui cache la forêt. Il se les approprie ainsi pour mieux dénoncer. Dénoncer quoi ? La société américaine.

Prenons un exemple avec la série Twin Peaks, qui a eu beaucoup de succès au moment de sa diffusion. Elle réussit à s’attirer les louanges des spectateurs. Ce qui est amusant avec Lynch, et c’est probablement une des clés de sa popularité, c’est qu’il s’approprie des codes que tout le monde connaît, que tout le monde a vu ou entendu parler. Son cinéma paraît très banal et ordinaire. Dans le cas de Twin Peaks, il emprunte surtout au soap opera. Vous connaissez ces séries comme Plus belle la vie, Les feux de l’amour ou encore Amour, gloire et beauté. Le soap opera est un descendant du mélodrame. Il se caractérise notamment par un nombre important de personnages, qui se connaissent tous, la complexité des relations familiales ou amoureuses, des secrets et des mystères dont la révélation amène à des retournements de situation. Les films et les séries pour jeunes empruntent eux aussi pas mal de ces codes. Twin Peaks utilise ces caractéristiques, notamment les histoires d’amour, mais on s’aperçoit qu’elles n’intéressent pas spécialement Lynch. Elles sont certes présentes mais c’est surtout une manière pour lui de mieux aborder son univers sombre. C’est aussi pour lui une façon de se servir de ces codes afin de dénoncer les travers d’une société où l’apparence primerait sur le bien-être et la sérénité.

Par ailleurs, ce n’est pas par hasard que le lieu de prédilection du cinéaste est la maison. La maison, c’est l’apparence proposée au monde extérieur. C’est ce que nous souhaitons montrer. Mais derrière ces apparences se cachent le conflit, les problèmes conjugaux, les disputes familiales. L’intérieur montre un aspect beaucoup plus terne, plus sombre de la vie. Lynch dénonce l’omniprésence du sexe, de la violence, du désir et de la frustration, mais qui ne sont pas dévoilés au grand jour. Ils sont toujours cachés, dissimulés à la vue de tous dans un monde souterrain du notre.

Maintenant que le décor est planté, intéressons-nous au personnage principal. Qu’est-ce que le héros lynchien? C’est souvent un personnage mal à l’aise. Il est prisonnier des diktats de la société. Il souhaiterait échapper à une condition qui lui est insupportable. Dans Eraserhead, Henry Spencer vit dans un monde des plus oppressants. Lui-même ne semble pas se porter comme un charme. Il est timide et parle peu. Dans Lost Highway, on sent que la relation de Fred avec son épouse est assez gênante. On n’a pas l’impression qu’ils sont mariés et encore moins amoureux. Et enfin, dans Mulholland Drive, Diane espérait devenir une grande actrice à Hollywood mais n’y parvient pas. Sa vie est misérable autant sur le plan social, économique et sexuel. Un évènement inattendu va conduire ce personnage à passer dans un autre monde, le plus souvent lié à une femme.

Dorothy Vallens dans Blue Velvet

La figure féminine est emblématique du cinéma lynchien. Elle emprunte à deux types de femmes au cinéma : la femme fatale – fortement récurrente dans les films noirs – sombre, vénéneuse, forte, mais également la femme hitchockienne, objet de désir et de mystère pour le héros. On retrouve donc à travers ses films une importante gamme de personnages féminins : Laura Palmer, Dorothy Vallens, Renee Madison/Alice Wakefield ou encore Rita. Ce sont des personnages qui la plupart du temps ont des problèmes. Elles sont prisonnières, exploitées sexuellement par des hommes. Mais, en même temps, elles sont indiscernables, indéchiffrables, mystérieuses. Difficile pour les personnages principaux de les aider. Pourtant, ils décident de venir à son secours et de découvrir une sombre vérité. Dans Mulholland Drive, Betty Elms fait la connaissance de Rita, une femme amnésique suite à un accident de voiture. Dans la série Twin Peaks, l’agent de la CIA Dale Cooper doit résoudre quant à lui le meurtre de Laura Palmer. Cette rencontre va profondément bouleverser la vie du héros et l’amener à explorer un nouveau monde dont il ignorait l’existence.

Un univers onirique

Quel est-ce monde ? C’est une exploration de l’inconscient humain. Ce n’est pas pour rien si l’élément qui va perturber la vie de Jeffrey dans Blue Velvet est un oreille, un orifice menant directement vers l’esprit. Lynch est très attaché à la thématique du rêve et des cauchemars. Cette aventure est à mettre en parallèle avec deux œuvres très importantes: Le Magicien d’Oz et Alice au pays des merveilles. Les héros voyagent dans un nouvel univers, différent du nôtre. 

Deux éléments vont renforcer ce côté “voyage onirique” dans le cinéma de Lynch: La route et la nuit. Deux choses qui réapparaissent très fréquemment dans ces films. La route représente l’exploration, l’excursion. Par ailleurs, la plupart des titres de films sont des routes (ex: Mulholland Drive, Lost Highway). La nuit renforce quant à lui le côté rêve/cauchemar des œuvres. Déjà parce que la nuit est le moment de la journée où nous dormons, mais aussi parce qu’elle symbolise l’incertitude, ce qui est dissimulé, difficile de savoir ce qui se cache dans les ténèbres. Ainsi donc, on se retrouve avec plusieurs de ce type de scène comme par exemple la scène de début et de fin dans Lost Highway.

On a très souvent voulu tenter de comprendre les différentes histoires au sein de ses films. Une des particularités du cinéma de Lynch est de proposer une narration le plus souvent déconstruite et même parfois circulaire (Lost Highway, Mulholland Drive) un peu à l’image d’un ruban de moebius. Il ne s’est jamais intéressé à la construction d’un récit cohérent ou qui faisait sens. Pour mieux comprendre sa logique, tournons nous vers le surréalisme. Les surréalistes se fichent éperdument de la cohérence et du sens quand il est question d’écriture.

Pour les surréalistes, l’art ne doit pas exprimer le réel. Il doit surtout sortir des conventions sociales et artistiques, s’extirper de toute rationalité. Ils font appel à un certain nombre de procédés comme l’hypnose ou l’écriture automatique dans le but de faire émerger des éléments issus de leur inconscient. Le but du surréalisme, selon André Breton serait « d’exprimer le fonctionnement réel de la pensée ». Les surréalistes croient en la puissance de l’inconscient, du rêve et du jeu désintéressé de la pensée. C’est un mouvement artistique très révolutionnaire. Ils sont persuadés qu’il existe un lien étroit entre le monde psychique et la réalité. Pour reprendre une citation de Breton : « transformer le monde a dit Marx; changer la vie dit Rimbaud; ces mots d’ordre pour nous n’en font qu’un ». Ils estiment donc que l’art doit permettre d’ouvrir à de nouveaux horizons, développer l’esprit. Pour Lynch, l’intérêt est plus de développer l’imagination, la pensée humaine, que de donner une signification établie à ces œuvres. C’est au spectateur de donner une interprétation à ses films. C’est aussi pour cela qu’il ne faut pas prendre tout ce que j’écris comme étant la seule signification possible de la filmographie de Lynch. Il en existe une infinité.

Plusieurs raisons conduisent le héros à pénétrer dans cet univers onirique. La première raison est que le rêve est une forme d’évasion. La réalité dégoûte le personnage. Il va donc préférer la quitter, s’enfuir dans un autre monde. Ce qui est le cas notamment dans le premier film de Lynch, Eraserhead. La famille est très souvent au cœur des problèmes dans son cinéma. Herbert Spencer est écrasé par les responsabilités. Il est père d’un enfant prématuré. Il n’accepte pas sa nouvelle situation. Son épouse quitte le foyer. Plutôt que de se soumettre à ses responsabilités parentales, il va à la place fuir dans un univers totalement fantasmagorique. Dans Lost Highway, Fred Madison est condamné à mort pour avoir assassiné son épouse Renée. Il va à la place choisir une nouvelle vie, celle de Pete Dayton, un homme jeune et sexuellement actif qui va entretenir une relation avec Alice Wakefield (la sosie de Renée). Et enfin le dernier exemple est Mulholland Drive. Naomi Watts incarne une jeune femme débarquant à Los Angeles. Elle espère devenir une grande star hollywoodienne. Sa situation devient très compliquée. Elle n’arrive pas à décrocher de grands rôles pouvant faire décoller sa carrière. Elle décide, tout comme les deux précédents, de fuir la réalité à travers un univers onirique. Sa vie est bien sûr plus idéalisée. Elle réussit à attirer l’attention des producteurs et des réalisateurs de cinéma.

Le rêve peut aussi être un moyen pour le héros d’accéder à une vérité cachée. L’inconscient nous amène à découvrir de nouvelles choses, des indices pouvant nous amener à la réussite du voyage. Dans la série Twin Peaks, l’agent du FBI Dale Cooper a la particularité de faire d’étranges rêves qui l’amène dans la “Black Lodge”. Grâce à ce don, il réussit à faire avancer l’enquête sur l’assassinat de Laura Palmer. On retrouve également ce genre de rêves dans le film Dune.

Cette exploration de l’inconscient peut être aussi considérée comme une sorte de voyage initiatique. La plupart du temps, les personnages de David Lynch sont très jeunes. Jeffrey Beaumont dans Blue Velvet est étudiant à l’université tandis que Laura Palmer dans Twin Peaks: fire walk with me étudie au lycée. Comme on l’a évoqué précédemment, les héros lynchiens ne sont pas des rebelles. Leur vie n’a rien de particulièrement palpitant. Ils sont pour la plupart du temps naïfs et innocents. Ce voyage dans ce monde souterrain peut donc être interprété comme étant la période entre l’enfance et l’âge adulte où justement la personne transgresse les normes de la société pour y découvrir tout ce dont il ignorait  et dont on avait essayé de leur cacher. C’est la découverte des expériences sexuelles, de la violence et de la cruauté de la vie, des premières responsabilités. En fait, on y retrouve toute sorte de choses auxquels les jeunes à l’adolescence sont très souvent confrontés: la frustration, l’anxiété et le mal-être les amenant parfois à la drogue et au sexe et à toute sorte de pratiques excessives. Dans Twin Peaks: Fire walk with me, Le personnage de Laura Palmer se prostitue et consomme régulièrement de la drogue. Dans Blue Velvet, Jeffrey n’est pas présenté au début comme quelqu’un de sexuellement atypique. Il entretient pourtant des relations sexuelles sadomasochiste avec une femme qui pourrait très bien être sa mère vu la différence d’âge entre les deux. Il y a d’ailleurs dans la relation que partagent Jeffrey, Dorothy et Frank tout une métaphore du complexe d’Œdipe. Jeffrey étant jeune fantasme ce que l’on pourrait supposer être sa mère. Frank joue quant à lui le rôle paternel qui d’après la psychanalyse freudienne, une personnalité menaçant et autoritaire aux yeux de l’enfant. Il incombe donc au héros de se libérer de la tutelle de ses parents et de vivre une véritable histoire d’amour avec Sandy.

En réalité, il faudrait davantage considérer Blue Velvet et Twin Peaks: Fire walk with me comme étant les deux faces d’une même pièce. Si Jeffrey dans le premier film parvient à accepter ce mal présent dans notre société et réussit à remporter la victoire des épreuves qu’il a enduré, ce n’est pas le cas de Laura Palmer. Twin Peaks: Fire walk with me est davantage un échec. Elle ne parvient pas à se libérer de cette spirale infernale. Sa souffrance et sa vie de débauche l’amène à sa destruction, la mort du personnage.

Le héros lynchien souhaite se libérer de sa misérable condition humaine. Il voyage dans un nouvel univers. Il fait souvent la rencontre d’une femme qui va la pousser à cette exploration de différentes manières. Sans le meurtre de son épouse, Fred ne se serait jamais construit une nouvelle vie intérieure dans Lost Highway.

Ces découvertes vont l’amener à faire la rencontre de personnages étranges. Lynch apporte un intérêt tout particulier aux personnages secondaires assez inoubliables. On se souvient de l’Homme-Mystère dans Lost Highway, de l’homme venu d’un autre endroit et du manchot dans Twin Peaks, on se rappelle également de la dame dans le radiateur dans Eraserhead. Ce type de rencontre a surtout pour but d’installer une ambiance, un climat. Elle ne laisse pas indifférent le spectateur. C’est une manière pour Lynch de marquer une rupture avec le monde réel. Nous ne sommes pas dans la réalité, nous divaguons dans un autre état, un univers où les règles sont celles d’un rêve. Les personnages s’expriment bizarrement, se comportent étrangement, ont des agissements qui défient toute logique rationnelle. Ce sont toujours ce genre de scènes qui m’a le plus marqué.

Pour vous donner mon avis personnel, j’ai commencé Lynch avec Elephant Man et Dune, sans doute ses deux films les plus académiques. Il y a quelques années, je me suis décidé à regarder le reste de sa filmographie. J’ai d’abord vu Twin Peaks: Fire walk with me et il y a une scène en particulier qui m’a complètement emballé : la scène avec l’agent Phillip Jeffries incarné à l’écran par David Bowie. Je ne comprenais plus rien à ce qui se passait à l’écran. Il y avait chez lui une volonté de faire autre chose, un autre cinéma. Un cinéma qui ne se veut pas compréhensif. Autre scène que je pourrai vous évoquez, il y a également celle dans Blue Velvet. C’est la scène où Franck emmène Jeffrey et Dorothy rencontrer Ben. Ce dernier se met à chanter en playback la chanson “In dreams” (vous aurez remarqué que la chanson colle avec le cinéma de Lynch) de Roy Orbison.

Mais derrière ces histoires de lutte entre le bien et le mal se cache une réalité plus sordide. Ses films sont un reflet de la société. Parler de David Lynch revient à parler de la société et de l’humanité toute entière.

Lynch est un réalisateur de dualité. Tout est dédoublé. Les personnages souffrent de troubles dissociatifs de l’identité, on voit le bien affronter le mal, le beau contre le laid, la lumière contre l’obscurité. Laura Palmer est la jeune fille modèle mais en même temps la prostituée. Il existe deux mondes. Celui que l’on souhaite montrer, la société des apparences. Au début, tout est cliché et stéréotype, que ce soit le début de Blue Velvet ou le personnage de Laura Palmer. Et il y a l’autre monde, un univers souterrain dissimulé et caché. Il s’agit du monde de la saleté, du grotesque, de la laideur. Nous préférons la travestir car elle nous fait peur, elle nous fait honte. L’image est plus importante que tout le reste. Tout est faux et superficiel.

Lynch est très critique du cinéma hollywoodien, créateur de spectacles et d’images par excellence.

[Attention : les paragraphes suivants contiennent des spoilers]

Comment se finit la saison 2 de la série Twin Peaks? Le Doppelganger de Cooper brise le miroir de sa chambre d’hôtel. On voit dans le miroir le reflet de BOB, le méchant de la série. La saison 2 a été mal comprise par les téléspectateurs. L’agent Dale Cooper, c’est le chevalier servant. Il part sauver sa demoiselle en détresse, Annie Blackburn, enlevée. On s’attend dans tout conte de fée à la victoire du héros sur les forces du mal. Finalement, il échouera. Il se retrouve piégé dans la Black Lodge. Bob et son double maléfique parviennent à s’enfuir de la dimension parallèle. Ainsi donc, le coupable du meurtre de Laura Palmer triomphe de sa lutte contre le personnage principal. Les spectateurs ont été choqués par la fin de la série. La scène du miroir explique de manière symbolique quelles ont été les intentions de Lynch sur son œuvre. Sous ses apparences de ville calme et puritaine, Lynch va briser cette image pour y déceler le mal qui ronge l’Amérique profonde. De la même manière que le doppelganger de Cooper brise le miroir, Lynch brise les images mensongères véhiculées au sein de notre communauté.

Les images idéalisent la société, les relations entre les individus et la vie. Il reste néanmoins que sous ces apparences, nous remarquons très vite que la vie n’est pas tout rose. Les artistes sourient devant la caméra ou les photographes mais ont subi d’innombrables calvaires et atrocités. Si des stars américaines comme Marilyn Monroe sont aujourd’hui considérées comme des icônes de la société, il n’en reste pas moins qu’en grattant à la surface, on se rend vite compte que le succès n’a pu se faire sans souffrance. Il y a quelques années, j’ai vu un documentaire sur Arte qui revenait justement sur la question de la censure à Hollywood. On y apprenait beaucoup de choses, notamment sur la vie dépravée de certaines stars américaines. On évoquait la pédophilie de Charlie Chaplin, le viol et le meurtre de Virginia Rappe par Roscoe Arbuckle, un comédien très apprécié par les américains. Au moment du tournage Le Magicien d’Oz, l’actrice jouant le personnage de Dorothy, Judy Garland, a dû prendre certaines drogues afin de paraître plus jeune à l’écran, une véritable descente aux enfers pour l’actrice.

Vous pensez que ces scandales ont cessé d’exister? On a souvent interprété le cinéma de David Lynch notamment Mulholland Drive comme une prémonition de MeToo et de l’affaire Weinstein. Moins radical, Diane Selwyn rêvait d’une vie de star. Elle espérait en arrivant à Hollywood qu’elle réussirait. Elle devient finalement une déclassée de la société, pauvre et misérable.

Pour Lynch, la lumière et l’obscurité vont de paire. Le visage de Laura Palmer est devenu une image omniprésente tout le long de la série. Tout le monde parle d’elle à Twin Peaks, chose qui ne se serait jamais produite sans son abominable meurtre.

Ainsi donc le bien et le mal, la lumière et l’obscurité se font finalement écho. Il ne faut pas croire que cette société des apparences et de l’hypocrisie est uniquement présente dans la ville des anges. C’est une situation qui survient partout y compris les petites bourgades américaines insignifiantes. Il n’y a pas de division ou de séparation nette. Ce sont deux mondes interconnectés. Les ténèbres existent bel et bien. Il ne faut ni le nier ni le cacher.

Si Lynch attache autant d’importance pour les petites bourgades américaines, c’est aussi parce qu’elles sont l’incarnation d’une certaine idée de l’Amérique profonde. Vous connaissez cette Amérique qui a principalement voté pour Trump? Elles sont particulièrement réputées pour leur puritanisme et leurs comportements conservateurs. En d’autres termes, ce sont les parangons d’une morale stricte. On ne s’attend pas de leur part à des comportements déviants ou obscènes. Cela serait malheureusement tricher sur la réalité. Et Lynch montre bien qu’aucun endroit sur Terre ne peut échapper à l’emprise du mal et de l’obscurité. Après tout, Twin Peaks et Lumberton sont le reflet de ces petites villes comme il en existe tant d’autres dans le pays. L’image est peu reluisante. Elles sont impliquées dans des trafics de drogue et dans un marché de la prostitution.

Le cinéma de Lynch est un cinéma qui montre et pointe du doigt les problèmes de la société. Dans Lost Highway par exemple, la vie monotone de Fred est contrariée par l’apparition de l’Homme-Mystère. Il se rend compte très vite qu’il s’immisce dans sa vie privée pour le filmer. Il montre les problèmes de son couple. L’Homme-Mystère est une incarnation de David Lynch, réalisateur qui souhaite montrer lui aussi à travers son cinéma ces affabulations au sein de la société mais il ne donne jamais des explications à proprement parler. Il le fait toujours via des symboles que le spectateur devra interpréter.

Ce n’est pas pour rien si le voyeurisme est un thème très récurrent dans ses films. A la manière de Jeff Jeffries dans Fenêtre sur cour, Lynch scrute, à travers ses personnages, la vie privée des couples et des familles, découvre la noirceur de la nature humaine.

Mais la scène la plus explicite de son cinéma reste bien sûr la scène dans Twin Peaks: Fire walk with me où l’agent Chester Desmond retrouve son supérieur Gordon Cole incarné par David Lynch lui-même (et ce n’est pas un hasard) près d’un hangar. Celui-ci lui présente une femme vêtue d’une robe rouge. Elle se met à danser d’une façon très étrange. Cole rajoute à son subalterne qu’elle est la fille de la sœur de sa mère. Desmond comprend très vite qu’il s’agit en réalité d’un message à décrypter. La scène en question est très révélatrice car Lynch lui-même explique à travers son film comment il procède. Il présente quelque chose mais il ne donnera jamais d’explication. C’est au spectateur lui-même d’en trouver l’explication. Pourquoi utiliser tant de symbolisme dans ce film ? Peut-être tout simplement parce que les sujets traités par Lynch sont extrêmement graves. Ses films ont la particularité de déranger en pointant du doigt des sujets forts déplaisants. En voulant pousser son public à l’interprétation, Lynch espère probablement faire passer le message plus facilement.

A ce sujet, les films de David Lynch peuvent être comparés à une sorte de descente aux enfers à l’image de Dante dans son poème La Divine Comédie. Son voyage l’amène à explorer les ténèbres, à être témoin des vices et crimes de son espèce. Plus il s’enfonce, plus il découvre ce dont l’homme est capable, c’est-à-dire le pire qui soit. Il devient de plus en plus effrayant au fur et à mesure de sa descente.

Face à cette cruelle vérité et aux séquelles endurées pendant ce parcours, le risque serait finalement de rester pris au piège dans une spirale qui ne peut que conduire vers sa propre destruction. Il s’aperçoit que cette fuite dans cet arrière-monde n’était pas forcément la meilleure des solutions. Et c’est là toute la cruauté du cinéma lynchien. Le mal est présent partout que ce soit dans de grandes villes comme Los Angeles, dans des petites villes reculées comme Twin Peaks et même dans les rêves. Ce mal ne cesse de nous rattraper sans aucun répit. Comment l’homme peut-il se sauver ? Existe-t-il une possibilité de salut ?

Finalement, le héros lynchien est piégé. Le monde réel est hypocrite, superficiel, les responsabilités et les diktats de la société étouffent l’individu. Le rêve aurait pu être une échappatoire, un voyage exaltant. Il se transforme progressivement en cauchemar. Dans Eraserhead, Henry Spencer évolue dans un univers industriel, sale, grisâtre et morose. Son univers fantasmagorique est tout aussi glauque, comme si toute possibilité de se couper de la réalité était impossible. Le héros devra faire un choix décisif. Que doit-il faire ? Spencer tue sa progéniture et accepte de vivre dans le monde onirique. Diane Selwyn dans Mulholland Drive refuse de voir la réalité en face et engage un tueur à gage pour éliminer son amie. Elle se retrouve en proie à des hallucinations et se tire une balle dans la tête. Finalement, la frontière entre cauchemar et réalité est beaucoup plus floue qu’on ne l’imaginait.

Est-ce que Lynch est persuadé que l’être humain est condamné à s’auto-détruire ? Pas tellement. En réalité, il donne un moyen de justement parvenir à s’échapper de cette spirale destructrice. Elle est donnée par Sandy Williams dans Blue Velvet:

“J’ai fait un rêve. Le soir où nous sommes rencontrés. C’était un drame. Il y avait notre monde qui était plongé dans le noir parce qu’il n’y avait pas le moindre rouge-gorge. Les rouges-gorges symbolisent l’amour. Je voyais ces inquiétantes ténèbres qui persistaient très très longtemps. Et tout à coup, des milliers de rouges-gorges s’envolaient pour monter dans le ciel éclaboussant notre monde d’une lumière qui faisait renaître la vie. Et devant ce spectacle, je réalisais enfin que l’amour était cette lumière qui redonnait cette force à tous les êtres.”

La phrase peut paraître d’une très grande naïveté. Pourtant, elle fait sens dans le reste de son cinéma. Si Dante accepte de pénétrer dans les enfers, c’est pour suivre la demande de son amour de jeunesse, Béatrice. Béatrice est comme une lumière qui guide (par l’intermédiaire de Virgile) le héros dans la noirceur des profondeurs de la terre. De quelle façon apparaît pour la première fois Sandy dans Blue Velvet? Elle apparaît pour la première comme surgissant des ténèbres de la nuit. Il n’y a pas plus clair sur ce que cela signifie. Face à l’obscurité, face à l’adversité du monde, Sandy sera la lumière, le phare qui guidera le héros jusqu’à la fin de son parcours.

Malgré la noirceur et le pessimisme de son œuvre, David Lynch évoque très souvent à travers ses films le thème de l’amour et de l’importance des couples amoureux. Mais la plupart du temps, ils sont très souvent…dysfonctionnels. Les couples sont très rarement heureux. Dans Lost Highway, Fred soupçonne son épouse de le tromper. Dans Twin Peaks, Laura Palmer trompe son petit ami avec quelqu’un d’autre. Par ailleurs, elle se prostitue secrètement sans que ses copains le sachent. Vous aurez donc compris que s’il est question de relations amoureuses chez Lynch, il n’est pas rare que l’infidélité et le mensonge empoisonnent le couple, ne pouvant mener qu’à sa destruction et à la mort des personnages. Cela étant dit, le cas de Blue Velvet est particulier. Jeffrey entretient des rapports sexuels avec Dorothy Vallens. Cependant, au même moment, une relation se noue entre lui et Sandy. La relation persiste et ce même lorsque cette dernière apprend la vérité sur les relations de son petit ami avec Dorothy.

Par ailleurs, il n’y a aucune relation sexuelle entre eux deux tout le long du film, chose particulière pour un réalisateur chez qui le sexe est aussi présent. On ne parle pas d’un amour charnel. On parle de l’amour le plus pur qui soit, c’est-à-dire une union transcendant les corps. Seul l’amour peut donner suffisamment de puissance pour combattre les ténèbres et triompher.

La chose est assez rare dans le cinéma de Lynch. Cette relation entre deux âmes n’est pas basée sur de simples pulsions sexuelles comme c’est le cas dans d’autres de ses films, il s’agit d’un amour platonique.

De manière plus large, on pourrait dire que c’est l’amour en général qui peut sauver l’humain de ces périls. Dorothy Vallens s’accroche à l’idée de revoir son fils enlevé par Frank. C’est ce lien solide qui lui permet de résister aux épreuves et aux violences.

Malheureusement, les films de David Lynch ont très souvent tendance à mal se finir. Blue Velvet est une exception dans sa filmographie.

[fin des spoilers]

Héritage

David Lynch est selon moi probablement le réalisateur le plus important de ces 20/30 dernières années. Il a donc inspiré et inspire toujours des réalisateurs du monde entier.

Le film Blue Velvet pour commencer à changer radicalement la perception qu’ont les Américains des petites bourgades. Avec Lynch, elle est désormais rattachée à une région sombre, secrète qui derrière ses aspects très carte postale dissimule une noirceur telle que la violence, le sexe, les addictions ou encore le viol et l’inceste. Cette synthèse des petites villes américaines avec les codes du film noir inspireront le travail des frères Coen notamment avec Fargo, film aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma américain des années 90. On peut aussi évoquer son influence sur des séries comme Mad Men, Bates Motel ou encore The Fall. On peut aussi noter l’influence du travail de Lynch sur celui de Quentin Tarantino, le réalisateur de Pulp Fiction. Après tout, l’une des scènes les plus cultes de Reservoir Dogs, celle où on coupe l’oreille d’un policier, est une référence (absolument peu subtile) à l’oreille coupée de Blue Velvet.

Lynch a aussi beaucoup influencé le travail de Stanley Kubrick. Ce même Kubrick qui avait été une source d’inspiration. Son premier film, Eraserhead, a beaucoup influencé le film Shining. Il s’est surtout inspiré de l’usage du son et des images persistants créant un sentiment de terreur auprès du spectateur. Vous ne pensez toujours pas que Eraserhead a influencé Shining ? La scène de bain dans la salle 237 où Jack Torrance découvre une femme nue horriblement pourrie s’inspire de la scène où Henry Spencer découvre sa voisine dans les bras d’un autre homme.

Il y aussi bien sûr son dernier film, Eyes Wide Shut, sûrement son film le plus lynchien. On retrouve un certain nombre de caractéristiques comme la conflictualité au sein du couple ou de la cellule familiale, l’exploration des fantasmes et des désirs du personnage l’amenant tout droit vers un terrible danger, des scènes de nuit, la rencontre de personnages secondaires étranges renforçant le côté onirique.

On peut citer également l’influence du cinéma de Lynch sur Richard Kelly et David Robert Mitchell. Le premier est surtout connu pour avoir réalisé Donnie Darko. Pour le second, la parenté avec Lynch a été faite avec son troisième film, Under the Silver Lake qui se veut une exploration des méandres d’Hollywood de la même manière que Mulholland Drive. On peut aussi citer l’influence du travail de Lynch dans celui de Darren Aronofsky, le réalisateur de Pi, Requiem for a dream ou encore Black Swan, le dernier reprenant le thème des troubles de l’identité présent dans Mulholland Drive.

Pour ce qui est de Twin Peaks, elle a joué un rôle considérable dans la manière de faire des séries à la télévision. La séparation entre télévision et cinéma n’était plus aussi certaine. Une série télévisée pouvait tout autant égaler un film en matière de mise en scène. D’autant plus qu’il réussissait à proposer un univers riche et complexe, une écriture des personnages et de l’histoire qui inspireront grand nombre de scénaristes. On peut citer par exemple l’influence de Twin Peaks sur des séries comme X-Files, Lost et plus récemment Dark même s’ils ne réussissent pas à surpasser la qualité du matériau d’origine. On peut aussi citer l’influence de Twin Peaks sur la série Netflix… Riverdale.

Ce que je vous conseille de faire:

J’espère vous avoir donné envie de découvrir ou de redécouvrir le cinéma de David Lynch. Cette partie va surtout intéresser les néophytes, ceux qui n’ont jamais vu le moindre de ses films. Donc voici ce que je vous recommande de faire si vous voulez vous plonger dans son œuvre.

Pour commencer, je ne vous recommanderai pas son premier ni son dernier film, à savoir Eraserhead et Inland Empire. Si ces films sont certes excellents, il risquerait surtout de trop vous désorienter. Vous partiriez sur de mauvaises bases. Eraserhead est considéré comme une des œuvres les plus déstabilisantes de l’histoire du cinéma. Vous risqueriez plus de vous y infliger de la souffrance. Pour ce qui est de Inland Empire, il s’agit de la continuité de ce qu’a fait Lynch avec Lost Highway et Mulholland Drive mais poussé à ses extrémités.

En vérité, je vous conseille de commencer par Elephant Man et Blue Velvet. Le premier est ce qui se rapproche le plus des mélodrames hollywoodiens. Le film raconte l’histoire d’un médecin, le docteur Frederick Treves. Sa connaissance avec John Merrick, un homme souffrant d’étranges anomalies physiques, va l’amener à examiner son cas qu’il n’avait encore jamais vu. Probablement son film le plus conventionnel, il n’en reste pas moins qu’on retrouve la plupart des thèmes chers à Lynch.

Blue Velvet est lui aussi assez conventionnel. L’histoire est tout à fait compréhensible mais marque néanmoins le point de départ de ce qui fait l’essentiel de son cinéma. On retrouve l’enquête policière, la petite bourgade américaine, la femme fatale… Vous pouvez aussi commencer par regarder la série télévisée créée par David Lynch, Twin Peaks. Elle a très souvent été une porte d’entrée pour le grand public sur son cinéma.

Après si ce genre de films vous a plu, vous pouvez toujours continuer sur ce chemin et regarder Lost Highway et Mulholland Drive, considéré par certains critiques comme le film le plus important du XXIème siècle, ou encore Twin Peaks: fire walk with me qui est un préquel de la série du même nom.

Pour regarder ses films:

Blue Velvet:

https://vod.canalplus.com/cinema/blue-velvet/h/419899_40099?sc_openpartner=CNC

Elephant Man:

https://www.lacinetek.com/fr/film/elephant-man

Mulholland Drive:

https://www.lacinetek.com/fr/film/mulholland-drive

Lost Highway:

https://www.lacinetek.com/fr/film/lost-highway

Twin Peaks: Fire walk with me

https://www.lacinetek.com/fr/film/twin-peaks-fire-walk-with-me-vod

Eraserhead:

https://www.lacinetek.com/fr/film/eraserhead-vod

Une histoire vraie:

https://www.lacinetek.com/fr/film/une-histoire-vraie-david-lynch-vod

Vous pouvez jeter un oeil à la chaîne Youtube de David Lynch…il présente surtout la météo (ce n’est pas une blague):

https://www.youtube.com/channel/UCDLD_zxiuyh1IMasq9nbjrA

Si vous voulez voir le documentaire Arte revenant l’histoire de la censure à Hollywood:

Thibault Benjamin Choplet

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